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Bienheureux Daniel Brottier, l’aumônier « verni » de la Grande Guerre

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"Quand ils me voyaient partir en avant d'eux, et les entraîner, c'était le plus beau sermon que je pouvais leur faire et j’étais sûr de les avoir tous à la messe le lendemain…"

Né en 1876, Daniel Brottier est réformé en 1901 pour des raisons de santé. Cela ne l’empêche pas pourtant, dès le 8 août 1914 et à pratiquement 38 ans, de s’inscrire comme candidat pour être aumônier volontaire. Quelques jours plus tard, il se rend sur le front qu’il ne quittera plus jusqu’à la fin de la guerre.

De tous les combats, il n’hésitait pas à courir en avant du gros des troupes, pour récupérer sous le feu un camarade blessé. Une bravoure qui forçait le respect, à tel point que ses chefs disaient de lui : « Âme magnifique où s’allient harmonieusement l’ardeur du soldat et le dévouement du prêtre. » Prêtre il l’était et pas des moindres :  chaque fois qu’il le pouvait, il célébrait les sacrements et n’hésitait pas à rappeler leurs devoirs de chrétiens à tous : « Demain c’est Pâques les enfants, je vous attends tous en confession ! ». Et tous y allaient en commençant par les officiers. Voici son témoignage :

« On m’appelait l’aumônier ‘verni’. Il est vrai que, souvent exposé, j’ai été préservé des pires dangers comme par miracle perpétuel. Mes habits ont été troués, déchirés, je n’ai jamais eu de vraies blessures. J’en étais devenu téméraire. J’ai fait en volontaire des missions périlleuses auprès des blessés et des mourants, empêchant les autres d’y aller parce qu’ils risquaient leur vie, tandis que j’étais sûr d’en revenir !

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C’est que le rôle de l’aumônier, d’infanterie surtout, requiert, s’il veut être à la hauteur de sa tâche, une abnégation et une bravoure surhumaines. Et non seulement cela, mais une force physique de beaucoup au-dessus de la moyenne. S’il fallait recommencer ce que j’ai fait à Verdun et dans la Somme, je ne pourrais plus. Je ne pourrais plus porter des blessés sur mon dos, demeurer des nuits et des journées entières dans les trous d’obus, sous des bombardements insensés, sourire et plaisanter lorsqu’on se sent abruti par le froid, par la fatigue, par le sommeil, par la peur. Non, voyez-vous, tout cela, c’est quelque chose de surhumain.

« Ce n’est pas par des phrases que l’on gagne les autres, mais bien par des actes »

Je sais bien, il eut des aumôniers qui se contentaient d’être les amis des officiers, qui fréquentaient leurs popotes, et qu’on ne voyait jamais là où ça tapait dur. Tout cela est humain hélas ! Mais voyez-vous, l’aumônier qui veut rester avec le poilu, qui veut vivre la vie du fantassin des premières lignes, partager son existence, ses privations, ses dangers, et bien, c’est celui-là qui est le véritable aumônier et non celui qui reste dans un l’hôpital de l’arrière… Car ce n’est pas par des phrases que l’on gagne les autres, mais bien par des actes.

Dans les tranchées, pendant les heures de repos, je ne parlais pas de religion avec mes hommes : j’essayais de les mettre à l’aise et en confiance. Avec cela, nous devenions camarades. Ensuite, quand l’heure sonnait pour l’assaut je partais le premier en tête et je les entendais murmurer : « Il n’a pas peur le curé ». Et bien, croyez-moi, quand ils me voyaient partir en avant d’eux, et les entrainer, c’était le plus beau sermon que je pouvais leur faire et j’étais sûr de les avoir tous à la messe le lendemain… »

Après la guerre, le père Brottier reprend l’association Apprentis d’Auteuil, dont la situation est catastrophique. Il va déployer tout son génie pour la sauver. Le père Brottier meurt le 28 février 1936 et laisse une œuvre immense. Il sera béatifié le 25 novembre 1984 par le pape Jean Paul II.

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