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Pape François : « Un croyant ne peut parler de pauvreté et vivre comme un pharaon »

Le pape François lors de l'audience générale du mercredi 14 octobre 2015 ©Antoine Mekary - ALETEIA
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La pauvreté et les "richesses" de l’Église au cœur d’un nouvel entretien du Pape avec un journal néerlandais pour sans-abri.

« Le Pape des pauvres » ne plaisante pas avec la pauvreté, l’exclusion et le mépris social, et, ponctuellement, il revient sur cette spirale de malheur dont l’homme peine à sortir par « cupidité, égoïsme ou indifférence », dénonce-t-il dès qu’il en a l’occasion, au risque même de lasser ou d’être accusé d’en faire l’éloge alors même qu’il la condamne – comme on a pu lire récemment au gré des réseaux sociaux (Aleteia). La question lui a été posée, le 27 octobre dernier, par un journal néerlandais, Straatnews, une publication pour les sans-abris, qui en a profité aussi pour l’interroger sur les « richesses » de l’Église. À un moment où une nouvelle tempête financière vient de s’abattre sur le Vatican après une nouvelle fuite d’informations et documents confidentiels, cette interview du Pape, relayée par Radio Vatican, arrive à point nommé.

Le pape François reçoit les journalistes à Sainte-Marthe, comme pour les revues culturelles jésuites d’Europe et d’Amérique latine, en août 2013, et s’adressent – comme avec eux – à cœur ouvert : « Asseyez-vous, chers amis, leur dit-il en entrant dans la pièce où ceux-ci l’attendent, quel plaisir de vous recevoir ». Le Pape, chef spirituel de 1,2 milliard de catholiques dans le monde, rapportent les journalistes, donne l’impression d’un homme à la fois « calme et aimable, mais en même temps énergique et précis ». L’interview commence, et comme à chaque fois qu’on le lui demande, le souverain pontife commence par un bref récit de sa vie : lorsqu’il était enfant et jouait au ballon dans la cour en bas de chez lui à Buenos Aires, ses grands-parents et son entrée au séminaire.

Son premier engagement personnel

Son premier contact avec la pauvreté il l’a eu chez lui, avec une dame qui venait trois fois par semaine aider sa maman – mère de cinq enfants – à laver le linge. Une italienne, marié à un sicilien, mère de trois enfants. « Ils étaient très pauvres mais si bons ! », se souvient-il ému, lui-même de condition modeste, « juste de quoi finir le mois », dit-il de sa propre famille. Mais la pauvreté de cette femme est criante, le secoue. Il compare : « Nous, on ne pouvait pas s’acheter une voiture ou partir en vacances mais à elle, il lui manquait tellement de choses, des choses de premières nécessités ». Un jour, cette femme, qu’il a revue lorsqu’il est devenu archevêque de Buenos Aires – elle avait alors 90 ans et il l’accompagnera jusqu’à sa mort – lui offrit une médaille du Sacré Cœur de Jésus. Il l’a sur lui, complètement décolorée par le temps, et la montre aux journalistes. « Chaque jour, dit-il, je pense à elle et combien elle a souffert à cause de cette pauvreté », et « je pense à tous les autres qui ont souffert. Je la porte et je prie… ».

Son désir de vérité plus fort que la peur de lasser 

Le pape François restera un homme simple et attaché à la cause des pauvres dans ses moindres gestes et paroles au risque de lasser quelque média. « Quand un sujet n’est pas beau, que cela fait du mal d’en parler, on a tous la tentation un jour de dire « ça suffit, cette chose est pénible… oui je sens bien un peu de lassitude, mais ça ne me fait pas peur. Je dois continuer à dire les choses telles qu’elles sont, dire la vérité », répond-il. Parce qu’il le faut, et non parce que l’Église le lui demande, par pure solidarité chrétienne.

Parce qu’il le sent au fond de lui, « comme  un devoir et non un commandement », assure-t-il aux journalistes néerlandais, il le sent « en tant que personne ». Et rien de mieux, redira-t-il, que « le témoignage personnel » et le désir de « vérité » pour que cette aide et cette solidarité envers les sans-abris et les pauvres en général ne soient pas exploitées politiquement. Mais l’Église peut-elle avoir de l’influence en restant en dehors des groupes politiques ? Sur ce point, les deux tentations à fuir sont : parler de pauvreté ou de sans-abri tout en menant une vie de pharaon, et sceller des accords avec les gouvernements qui ne seraient pas clairs et transparents. Pour le Pape, le danger de la corruption n’est jamais très loin, « chez les politiques comme chez les religieux ».

Les « richesses » de l’Église

Sur les traces de Saint François d’Assise, qui a choisi la pauvreté radicale, « le Pape des pauvres » veut « une Église pauvre pour les pauvres ». Saint François a vendu ses biens jusqu’à ne plus rien posséder en ce monde, et lui, pape et évêque de Rome ? Ne subit-il pas des pressions pour vendre les trésors de l’Église. La question est tombée. Une question facile, répond-il aux journalistes néerlandais.

Ces trésors n’appartiennent pas à l’Église mais à l’humanité. Par exemple, explique-t-il, « si demain je dis que la Pietà de Michel Ange doit être vendue aux enchères, c’est impossible, car elle n’appartient pas à l’Église. En revanche, nous avons commencé à vendre des cadeaux et autres objets qui m’ont été offerts personnellement. Et les recettes de la vente vont directement à Mgr Krajewski, mon aumônier. Et puis, il y a les loteries et nous avons vendu toutes les voitures. Et les bénéfices sont allés aux pauvres ».

Mais la liste des biens que possède l’Église est longue : « Oui, si nous dressons une liste, on peut penser que l’Église est très riche », reconnaît le Pape, que « les biens de l’Église sont nombreux » mais ils servent à entretenir les structures de l’Église et tant d’activités dans les pays défavorisés : hôpitaux, écoles… Fin octobre, par exemple, le Pape a demandé d’envoyer au Congo 50 000 euros pour la construction de trois écoles.

Toujours prêcher pour les pauvres

Enfin, à la question des journalistes hollandais – « Saint-Père peut-on imaginer un monde sans pauvres ? » – le Pape a conclu : « Je le voudrais bien. Nous devons lutter pour cela. Mais je suis un croyant et je sais que le péché est toujours en nous. La cupidité humaine existe, le manque de solidarité, l’égoïsme qui crée les pauvres ». Le Pape a alors terminé l’entretien par une pensée spéciale pour « les enfants esclaves, victimes de travaux forcés, abusés sexuellement, victimes de trafic d’organes », pauvres victimes innocentes pour lesquels il demande de ne jamais cesser de lutter.

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