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Koz : « Les jeunes découvrent la sexualité par le biais de pratiques toujours plus trash »

WEB ERWAN LE MORHEDEC BOOKS FRANCE You Tube

Capture d'écran / YouTube

Camille de Montgolfier - publié le 02/11/15 - mis à jour le 21/06/22

À l'occasion de la sortie de son livre "Koz toujours ça ira mieux demain", le célèbre blogueur catholique Erwan Le Morhedec s'est confié à Aleteia.

Erwan Le Morhedec, dit « Koz », est avocat d’affaires, catholique, marié et père de quatre enfants. Depuis dix ans (dont six d’anonymat), il jette un regard sur l’actualité depuis sa vigie : son blog Koztoujours. Il relit ses meilleures chroniques, mordantes ou bienveillantes, et revisite une dizaine d’événements récents qui ont profondément marqué leur temps dans Koz toujours ça ira mieux demain(Éditions du Cerf, 2015). Une série de billets enlevés sur l’actualité, croquée sans parti pris, avec lucidité : le web, la campagne de 2007, les migrants, la pornographie, Charlie Hebdo… Avec la foi chrétienne – qu’il ne cache pas – le soucis de la justice et de la vérité chevillés au corps, Erwan Le Morhedec entend bien nous prouver qu’un monde meilleur est possible.

Aleteia : Vous faites le constat d’une sexualité devenue sinistre sous l’effet de la pornographie devenue banale. Quelles difficultés les jeunes rencontrent-ils aujourd’hui dans l’appréhension de leur sexualité ?
Erwan Le Morhedec : Ces difficultés nouvelles découlent, de fait, de cette exposition à la pornographie. Au cours des dernières années, le porno est devenu accessible à tous, et jusqu’aux plus jeunes, à tout moment, par le seul moyen d’un smartphone. Là où, il y a encore 20 ans, il fallait avoir accès à Canal Plus, ce qui n’était pas forcément évident pour un jeune ado, ou à des cassettes vidéos, il suffit désormais d’une connexion 3G en tout lieu et à toute heure. Pour les plus jeunes, il est évident que les premières images auxquelles ils risquent d’être exposées peuvent les choquer durablement.

La découverte de la sexualité s’est toujours accompagnée de craintes de part et d’autre. Crainte de ne pas savoir, crainte de ne pas être à la hauteur. Or, aujourd’hui les jeunes découvrent la sexualité par le biais de pratiques toujours plus trash. Je souligne, dans mon livre, comme le discours commercial de cette industrie du porno traduit sans fard la réalité, que les interviews complaisantes de stars du porno et autres articles de presse « tendance » tentent de masquer : pour exister dans la masse du porno accessible en ligne, les sites doivent impérativement aller dans une sexualité toujours plus hard. L’un des acteurs du secteur évoquaient même dans Libération le fait que les sites qui lui rapportaient le plus étaient ses sites zoophiles, et c’était il y a bientôt dix ans.

Le résultat est à la fois que les garçons se croient obligés de reproduire ce qu’ils voient, voire se croient autorisés à le faire, sont susceptibles de croire qu’une fille qui refuse certaines pratiques est une fille qui fait des manières et, inversement, les filles peuvent craindre, en les refusant, de déplaire et d’être écartées. Cela induit une sexualité doublement violente, physiquement et psychologiquement. En outre, la tendance à la domination assez fréquente chez les hommes est totalement exacerbée dans ces films, dans lesquels les femmes ne sont là que pour assouvir les besoins des hommes. Lorsque les scènes ne sont pas explicitement violentes, le moins que l’on puisse dire est que la tendresse en est exclue. Cette sexualité anormale est en outre susceptible de créer des complexes ou des frustrations chez ceux qui ne comprendront pas pourquoi leur propre vie sexuelle n’est pas aussi débridée, pourquoi leur partenaire (ou leur conjoint) n’est pas comme dans les films.

Enfin, de nombreux travaux soulignent l’effet d’accoutumance, d’addiction qui, d’une part, peut conduire certains à une consommation effrénée de porno et à un véritable enfermement et, d’autre part, les conduit à de vraies incapacités physiologiques dans des situations sexuelles normales et hors d’une stimulation par des vidéos pornos.

Le pape François appelle à la joie quotidienne dans son exhortation apostolique Evangelii Gaudium. Comment entretenir cette joie dans un monde aussi morose et incertain que le nôtre paraît l’être ?
Les sondages soulignent de façon répétée que les Français se montrent majoritairement pessimistes pour le pays mais heureux à titre personnel. Je crois qu’il faut savoir accorder toute l’importance qu’il convient à ce bonheur personnel, aux bonheurs simples, qui n’est pas moins légitime. Le pape souligne dans cette exhortation comme le Christ lui-même a loué la beauté de la Création. Il faut savoir accueillir la beauté de la nature, celle d’un rayon de soleil dans la ville, d’un oiseau dans une haie, d’un passant qui vous croise en souriant à on ne sait quelle pensée. Il nous faut, bien sûr, prendre nos responsabilités dans le monde, mais ces temps-là sont indispensables pour nous permettre de le faire – ne serait-ce que pour savoir ce que nous voulons sauvegarder.

Il faut aussi savoir faire la part des choses dans la surinformation à laquelle nous sommes exposés. Nous passons notre temps à être soumis à des scandales, des injustices, des drames face auxquels nous sommes parfaitement impuissants qui nous impliquent malgré tout. Les sites d’information, contraints de faire du volume, nous bombardent de faits survenus dans des pays lointains de milliers de kilomètres, qui nous indignent ou nous attristent, mais auxquels nous serions bien incapables de changer quoi que ce soit même avec la meilleure volonté du monde. Il faut au minimum être conscients de cela et savoir, parfois, fermer nos fenêtres sur le monde extérieur – et notamment Internet et les smartphones – pour nous concentrer sur notre propre monde : nos proches, nos voisins, notre quartier.

Il faut encore éviter de cultiver le goût du déclin, ne pas écarter les infos positives, favorables. À titre d’exemple, un site comme sparknews.com, fondé par un Français, Christian de Boisredon, collecte les « infos de solution » : il témoigne que, s’il y a des problèmes, certains œuvrent aussi à trouver des solutions. Des journaux proposent aussi des pages spéciales sur des initiatives solidaires. À nous de savoir aussi leur accorder un peu de l’attention que nous apportons aux malheurs du monde. Il faut savoir aussi s’écarter des sites qui sont incapables de proposer de l’espoir, parce que cette vision est toute aussi fausse que l’est une vision angélique. Nombre de vos lecteurs ont chanté « même le plus noir nuage a toujours sa frange d’or », que ce soit au scoutisme ou lors des récentes manifestations : il s’agit de savoir s’ils le chantaient sans y croire ou si cela a un sens pour eux.

Enfin, spirituellement, nous devons cultiver l’abandon. Nous devons faire notre part et remettre le reste entre les mains du Père. J’aime beaucoup les références du Christ aux oiseaux du ciel. Dieu les nourrit, Il s’occupe d’eux (à tout le moins que les hommes ne l’en empêchent pas). L’une des lectures du jour récentes était assez belle en ce sens : « Est-ce que l’on ne vend pas cinq moineaux pour deux sous ? Or pas un seul n’est oublié au regard de Dieu. À plus forte raison les cheveux de votre tête sont tous comptés. Soyez sans crainte : vous valez plus qu’une multitude de moineaux » (Luc 12, 7). Je pense souvent à ces paroles quand l’inquiétude me prend. Ne cédons pas à l’idéologie de la maîtrise : nous ne pouvons pas tout maîtriser, alors sachons nous abandonner parfois.

Aleteia : Tout au long de votre livre vous parlez du combat à mener pour vivre en chrétien dans un monde dominé par l’argent et l’utilitarisme. « Dieu vomit les tièdes » (Ap. 3, 14), le chrétien peut-il accepter les compromis ?
Erwan Le Morhedec : Les indigestions de Dieu ne doivent pas être mises à toutes les sauces. Ce « Dieu vomit les tièdes » est instrumentalisé plus souvent qu’à son tour. J’aimerais bien que l’on me rappelle, si donc la question est celle de la température, de quel feu nous sommes appelés à brûler. Est-ce du feu de l’intransigeance ? Du courroux, de la colère ? Il me semble que l’Évangile nous parle bien plus de  cœurs  brûlant d’amour. Et  si  nous sommes appelés à une radicalité, c’est à celle-là : la radicalité de l’amour et du service de l’autre. Si nous pratiquions davantage cette radicalité-là (et je m’inclus bien évidemment dans le lot), nous aurions probablement moins souvent à déplorer de ne pas être entendus par le monde.

Plus concrètement, il n’y a évidemment par principe aucun compromis à faire avec l’utilitarisme, ni avec l’argent en tant que but en lui-même. Qui donc pourrait prôner les compromis avec l’argent ? Mais qui peut se targuer de ne jamais en faire ? « Va, vends tout ce que tu as et suis-moi » : combien peuvent se targuer de le faire véritablement ? Mais s’il est bien sûr grand et admirable de se fixer pour objectif une pauvreté évangélique, il faut aussi prendre garde à ne pas se fixer des objectifs si hauts qu’on les abandonne aussitôt. L’absence de compromis passe déjà par une relecture de nos comportements, de nos vies. Si nous nous posons déjà régulièrement la question de nos priorités, c’est déjà un grand pas de réalisé.

Au-delà de tout cela, il nous appartient de nous fixer d’autres buts, d’autres boussoles. Au lieu de l’utilitarisme, savoir se rendre utiles. À l’argent, opposer le bien commun. Plus je pense à la situation de notre société, plus il me semble évident que c’est bien ce sens du bien commun, contre la dilution de la société en aventures individuelles et solitaires, qui distingue le chrétien.

L’islam traverse une crise identitaire profonde. Comment réagir face à la violence qu’elle contient ?
Je ne suis pas un observateur suffisamment aguerri des sociétés musulmanes et de l’islam pour pouvoir déterminer si l’islam vit une telle crise. Il semble toutefois probable que les heurts que nous connaissons sont en bonne partie liés à la mondialisation, à la globalisation : de notre côté, nous nous inquiétons de la pénétration de l’islam mais, de leur côté, il y a aussi une angoisse devant le recul de leurs valeurs traditionnelles sous l’influence occidentale.

L’état de nos sociétés et institutions, le développement de nos économies ainsi que, peut-être, nos cultures différentes, nous conduisent à apporter des réponses différentes. Il est  vraisemblable  également que l’islam rende possible une réponse violente, quand la violence ne peut pas se prévaloir sérieusement du christianisme.

Mais il ne faut pas non plus idéaliser nos sociétés : l’influence du christianisme n’y a pas toujours été déterminante et, quoique de culture chrétienne, nous n’avons cessé de nous massacrer qu’assez récemment.

La violence terroriste ne peut qu’appeler à la vigilance, à la fermeté. Nous devons aussi en finir avec une certaine complaisance comme, à l’inverse, avec l’auto-dénigrement français. Mais nous devons aussi prendre garde à deux choses.

D’une part, nous ne devons pas, indirectement, avaliser la lecture la plus fondamentaliste du Coran : de façon très paradoxale, ceux qui réduisent l’islam à une religion intrinsèquement violente, qui affirment qu’un musulman qui ne prône pas l’éradication des chrétiens n’est pas un bon musulman au regard du Coran, ne font que valider les thèses des islamistes. Quels que soient les fondements de la violence dans les diverses sources de la religion musulmane, nous devons éviter de réduire l’islam à la violence – l’islam religion guerrière est une réalité vécue par certains musulmans, l’islam religion de paix est une réalité vécue par d’autres – et nous devons, dans notre propre intérêt, soutenir ceux des musulmans qui ont un propos responsable. Il est assez  désespérant  de voir comme certains s’appliquent à les mettre en porte-à-faux.

D’autre part, comme toujours dans une situation de tension voire de guerre, il faut prendre garde à ne pas perdre sa propre identité, son humanité. Prenons garde, dans la défense de la chrétienté que mettent en avant certains, à ne pas laisser le Christ sur le bord de la route.

Dans la crise des migrants, vous appelez à plus de charité. Cette charité doit-elle n’être qu’individuelle ou institutionnelle ?
On a vu surgir tout dernièrement cette dichotomie. Je serais curieux de savoir à qui nous la devons et si elle a vraiment un fondement chrétien. Je ne vois pas pourquoi un Etat devrait s’abstenir de faire preuve de charité, sauf à ce que certains confondent charité et angélisme ou naïveté, ce dont évidemment tout le monde entend se prémunir. La charité n’exclut pas davantage la responsabilité. La Bible comme l’Histoire nous donne nombre d’exemples de souverains dont la charité irriguait la pratique du pouvoir, et donc l’institutionnel et le politique. Il m’a semblé parfois – qu’on me détrompe – que ceux qui cultivaient cette distinction appelaient surtout à ce que les institutions fassent preuve d’une parfaite intransigeance et fermeture. Pour un peu, sous couvert de responsabilité, ils arriveraient à nous convaincre de remplacer nos cœurs de chair par des cœurs de pierre.

Il n’est en tout état de cause pas douteux que la charité individuelle doit exister. Un migrant est avant tout un frère avant d’être le cas échéant, au regard de la loi, un immigré en situation irrégulière. En tant que chrétien, il ne fait aucun doute que je dois soutenir ceux qui tendent la main à ces hommes et femmes déplacés. Il ne fait aucun doute que j’aurais dû être aux côtés de ceux qui, pour avoir rechargé les portables des migrants qui leur permettent de contacter leurs familles, ont été un temps poursuivis pour assistance au séjour irrégulier, et je me reproche d’ailleurs que cela n’ait pas été spontanément le cas. Cela ne préjuge en rien de la politique migratoire de la France. Le repas que nous donnerons à un migrant, la recharge de téléphone que nous réaliserons, ne changeront rien au fait qu’il soit éventuellement reconduit à la frontière. Mais il est évident que la main que je n’aurai pas tendue me sera comptée.

Koz toujours, ça ira mieux demain d’Erwan Le Morhedec. Cerf, septembre 2015, 19 euros.

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