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Fais ceci, dis cela : quand les catholiques règlent leurs comptes

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Le Sermon de la montagne par Carl Heinrich Bloch, 1890 © Public domain

Le Sermon de la montagne par Carl Heinrich Bloch, 1890 © Public domain

Dr Timothy P. O’Malley - publié le 31/10/15

Jésus Lui-même a été victime de ce réflexe humain de voir en l'autre un ennemi à éliminer, une voix à faire taire.

La virulence de certains commentaires au sujet du synode m’a soudain rendu particulièrement réceptif au commandement de Jésus : « Aime ton ennemi ».

« Vous avez entendu qu’il a été dit : Tu aimeras ton ami et tu haïras ton ennemi. Mais moi, je vous dis : aimez vos ennemis, bénissez ceux qui vous maudissent (…). En effet, si vous aimez ceux qui vous aiment, quelle récompense aurez-vous ? (…) Soyez donc parfaits, comme votre Père céleste est parfait » (Mathieu 5, 43-48).

Ce passage correspond très probablement à la ré-interprétation par Jésus de ce qui compose le Royaume de Dieu. On s’attend à ce que Dieu soulève Israël pour conquérir les Romains, pour imposer la justice de Dieu à l’oppresseur. Au lieu de cela, les Évangiles révèlent que pour être citoyen au Royaume de Dieu, il faut voir son ennemi comme un voisin et l’aimer tout comme le Père nous a aimé en premier, car nous sommes tous destinés à devenir des citoyens au Royaume de paix.

Rappelons-nous les paroles du Christ. Nos « ennemis » d’aujourd’hui sont des évêques allemands, le Pape, des éditorialistes du New York Times, des théologiens conservateurs ou libéraux, et toute personne perçue comme une menace pour l’épanouissement de l’Église. Mais ce n’est pas l’existence d’un désaccord qui pose problème. Il y en a eu d’autres à des moments critiques de la vie de l’Église, lors des Conciles de Jérusalem, de Nicée, de Chalcédoine et des deux premiers Conciles du Vatican (entre autres). Ils ont donné naissance à des dogmes, des doctrines et des pratiques pastorales totalement intégrés à l’identité catholique.

Le véritable problème est que ces désaccords sont autant d’occasions de critiquer l’autre, au lieu de présumer sa bonne volonté.

Aimer son ennemi ne signifie pas ignorer le désaccord, mais se rappeler que nous serons réunis dans la Ville de Dieu. En tant que théologien et éditorialiste, blogueur catholique, baptisé et ordonné, je dois m’exprimer pour ou contre certaines propositions, tout en voyant l’autre comme un voisin, un pèlerin qui cherche à rencontrer Dieu.

Pour être honnête, cela nécessite des efforts. Il est bien plus aisé d’imaginer un monde d’ennemis potentiels, qui conspirent tous contre moi. Il y a une sorte de plaisir à critiquer ou rejeter mon interlocuteur. Mais en continuant à considérer d’autres chrétiens comme des ennemis, nous renouvelons le cycle de violence que Jésus a combattu. Nous passons outre ce qu’Il a demandé de nous avant sa mort : « Je vous donne un commandement nouveau : aimez-vous les uns les autres. Comme je vous ai aimés (…). C’est à cela que tous reconnaîtront que vous êtes mes disciples : si vous avez de l’amour les uns pour les autres » (Jean 13, 34-35). Il est difficile d’aimer comme Jésus ; mais a-t-Il prétendu que ce serait facile ?

Compte tenu de l’importance de ce synode, il y aura d’autres débats. Or, en persistant à considérer ceux avec qui nous sommes en désaccord comme nos ennemis, nous ne proclamons pas la Bonne Nouvelle — alors que c’est là la principale vocation de l’Église. Ceux d’entre nous dont le métier implique qu’ils participent à ces discussions devraient se rappeler qu’aimer son ennemi signifie qu’il n’y a plus d’ennemi à haïr. Seulement de futurs citoyens de la Ville de Dieu.

Le Dr Timothy P. O’Malley est le directeur du Centre Notre-Dame pour la liturgie (Center for Liturgy) à l’Institute for Church Life et professeur associé à l’université Notre-Dame. Il est l’auteur de Liturgy and the New Evangelization: Practicing the Art of Self-Giving Love. Il écrit pour le blog du Center for Liturgy.

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