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Azincourt : un désastre à la française

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Philippe Oswald - Publié le 24/10/15

Impréparation et folle bravoure sur fond de profondes divisions : la catastrophique défaite d’Azincourt a 600 ans et nous dit quelque chose de très actuel sur notre caractère national.

Le 25 octobre 1415, dans la plaine d’Azincourt (Pas-de-Calais), la fine fleur des chevaliers français était fauchée par les archers anglais et achevée à coups de lance, d’épée, de hache ou à la dague. Quant aux prisonniers, beaucoup furent froidement exécutés sur ordre de Henry V, roi d’Angleterre. Seuls 1 500 d’entre eux qui présentaient une valeur marchande furent épargnés, tel le duc poète Charles d’Orléans qui devait rester otage en Angleterre pendant 25 ans. La noblesse française perdit à Azincourt 6 000 hommes, une saignée dont la chevalerie ne devait pas se relever (on peut retrouver sur la carte et le tableau de France 3 Nord-Pas-de-Calais l’origine des chevaliers français tombés à Azincourt).

Chevaliers contre archers : la fin d’une époque

Henry V commandait ses troupes en personne alors qu’il n’en était pas question pour le roi de France, Charles VI, frappé de folie depuis déjà treize ans. Débarqué sur la côte normande au mois d’août, l’Anglais remontait vers le nord, en piteux état après avoir pris difficilement, après deux mois de siège, Harfleur, près du Havre. Alors qu’il se hâtait de rejoindre Calais avec sa troupe de 9 000 hommes, il fut bloqué dans la plaine du hameau d’Azincourt par l’armée féodale fidèle au trône de France. Celle-ci alignait 12 000 hommes, selon l’historienne britannique Anne Curry, spécialiste d’Azincourt, qui estime très exagérée la disproportion des forces traditionnellement évoquée : 50 000 Français contre 10 000 Anglais !

Braves mais aussi bravaches, trop sûrs d’eux et recherchant l’exploit, les Français foncèrent sus à l’ennemi, sans aucune discipline, engoncés dans leurs lourdes armures, un équipement d’une autre époque. La pluie du matin avait transformé la plaine en champ de boue, entravant la charge des chevaux, tandis que le soleil qui lui avait succédé aveuglait les Français. Face à eux, bien placés en surplomb, 7 000 « snipers » : les terribles archers gallois capables de tirer chacun, grâce à leur arc long ou « long bow », une douzaine de flèches à la minute. Ils déclenchèrent un véritable tir de barrage. Ce fut un carnage. Les armes de poing achevèrent la boucherie. Le désastre d’Azincourt sonnait le glas de la guerre féodale (Cf. Comprendre Azincourt : les 5 erreurs fatales de la chevalerie française).

Du gouffre au miracle de la résurrection

Conséquence de la guerre intestine entre Armagnacs et Bourguignons qui déchirait le royaume depuis 1407, leur victoire à Azincourt permit aux Anglais de s’emparer de la Normandie. Cinq ans plus tard, le traité de Troyes (1420) désignait Henri V comme héritier du royaume de France après la mort de Charles VI. Ainsi allait se réaliser le vieux rêve des Plantagenêt d’unir sous une même couronne la France et l’Angleterre.

Mais neuf ans plus tard, une jeune Lorraine venait ranimer l’espérance du « gentil dauphin », fils de Charles VI, nommé par dérision « le roi de Bourges ». Après la longue série de défaites de Crécy (1346), Poitiers (1356) et Azincourt, « la Pucelle » ranimait l’espérance. La délivrance d’Orléans (8 mai 1429) et la victoire de Patay (18 juin 1429) furent suivies sans délai par la fulgurante chevauchée qui ouvrit la voie au sacre de Charles VII à Reims (17 juillet 1429). Une résurrection qui annonçait la libération de la France et la fin de la guerre de Cent Ans.

C’est une constante de notre histoire : pour se ressaisir, les Français attendent d’être au fond du gouffre, comptent sur un miracle… et finissent par être exaucés.

Voir le programme des commémorations des 600 ans de la bataille d’Azincourt, avec notamment la grande journée de commémorations du 25 octobre 2015 (France 3 Nord-Pas-de-Calais).

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