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Loi prostitution : les clients ne seront pas pénalisés

© VALERY HACHE / AFP
A prostitute waits for clients in a street of the French southeastern city of Nice, on September 5, 2015. AFP PHOTO / VALERY HACHE
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Le Sénat a refusé mercredi 14 octobre, en deuxième lecture, la pénalisation des clients de prostitués. Un débat législatif déconnecté de la réalité.

Le Sénat examinait mercredi 14 octobre, une proposition de loi de lutte contre la prostitution. L’une de ses mesures phares, la pénalisation des clients à une amende de 1 500 euros a été poliment déclinée. Par ailleurs, la suppression du délit de racolage a été approuvée et le blocage administratif – sans l’intervention du juge – de sites Internet de prostitution a été réintroduit. Enfin, la loi concernant la délivrance de titres de séjours aux personnes prostituées de nationalité étrangère a été adoucie : jusqu’à présent l’obtention d’un titre de séjour était conditionnée à la cessation de toute activité de prostitution. À présent, il suffira d’un « effort réel » de la personne qui souhaite sortir de cette activité, pour avoir le droit d’obtenir un titre de séjours.

« Sortir de la prostitution prend du temps »

Cette dernière disposition a été saluée par les associations qui viennent en aide aux personnes prostituées. Parmi elles, Aux Captifs la Libération, dont le directeur général Thierry des Lauriers souligne : « Selon notre expérience, personne ne quitte la prostitution du jour au lendemain. Le plus souvent, celui ou celle qui souhaite s’en sortir replonge plusieurs fois avant d’être tiré d’affaire ! »

Quant à la question de la pénalisation des clients, qui focalise l’attention médiatique, Thierry des Lauriers n’en fait pas un dogme. « Elle aurait une dimension positive, car elle rappellerait que la prostitution n’est pas bonne pour les personnes », détaille-t-il. Mais il souligne que l’obstacle principal que son association rencontre sur le terrain n’est pas l’absence de loi, mais plutôt leur manque d’application.

Manque de volonté politique

Le directeur général de l’association constate, par exemple, des cas de prostitutions de mineurs ou de personnages fragiles. Les clients de ces personnes tombent gravement sous le coup de la loi mais ils ne sont pas poursuivis. Plus profondément, le responsable explique qu’il ne faudrait pas perdre de vue que la prostitution est toujours une souffrance. À rebours d’une Esther Benbassa, sénatrice EE-LV qui demande « la reconnaissance de l’existence légitime du couple prostitutionnel fondé sur un libre accord », il assure : « Il faut l’admettre, on ne se prostitue pas de gaîté de cœur ! ».

Ceux qui font le trottoir sont des pauvres, étrangers pour 90% d’entre eux. Entre 10 et 15% d’entre eux sont des hommes. En revanche les clients sont tous des hommes, à très peu d’exceptions près. Ces statistiques démontrent, selon Thierry des Lauriers un « rapport de domination » entre celui qui a de l’argent, des papiers et celui, ou le plus souvent celle, qui en manque.

« Dans quelle promesse de bonheur élève-t-on nos enfants ? »

La banalisation de la sexualité tarifée se ressent jusque dans les collèges, constate Thierry des Lauriers : « Nous avons des alertes concernant des cas de prostitution de collégiens entre eux, contre de l’argent, un gadget ou un service ». Des pratiques qui interrogent l’éducation sexuelle des enfants. La question centrale, selon le directeur serait : « Dans quelle promesse de bonheur élève-t-on nos enfants ? Comment s’étonner, que le consumérisme s’introduise dans la sexualité, si l’argent est une fin et si l’éducation sexuelle se borne à une description biologique, mécanique, sans englober la personne ? ».

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