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Ces réfugiés syriens parqués en Turquie

© ARIS MESSINIS / AFP

TOPSHOTS Refugees and migrants arrive at the Greek island of Lesbos after crossing the Aegean sea from Turkey on October 1, 2015. UN Secretary-General Ban Ki-moon welcomed the European Union's decision to inject $1 billion to help countries overwhelmed by Syrian refugees, but said more must be done to relocate migrants. AFP PHOTO / ARIS MESSINIS

Sylvain Dorient - Publié le 08/10/15

TÉMOIGNAGE. Un réfugié chrétien a survécu au naufrage de son embarcation de fortune. Il raconte à Aleteia les conditions effroyables de sa détention.

« Nous avons des enfants à bord ! » L’appel désespéré lancé par les passagers depuis l’embarcation surchargée laisse les gardes-côtes turcs indifférents. À bord de leur vedette, ils naviguent en cercles concentriques de plus en plus serrés autour du ferry rouillé qui s’enfonce dans les eaux sombres de la mer Égée. Les réfugiés se jettent à l’eau. La houle soulevée par la vedette jette des paquets de mer à bord de l’embarcation où s’entassent 300 Syriens. Une détonation claque. « Nous ne savions pas si s’agissait d’un coup de semonce, témoigne Joseph, ou si les gardes-côte avaient tiré dans la coque du navire. »

Pour toute réponse aux réfugiés, l’œil morne d’une caméra qui les regarde lutter pour leur survie. Dans la cale, certains passagers pourtant équipés de gilets de sauvetages vont mourir noyés, plaqués au plafond par leur gangue de polystyrène orange, prisonniers. « Une trentaine d’entre nous y ont laissé la vie, estime Joseph, dont 13 enfants. Une famille entière est restée au fond. »

Un ballet de vautours

Quand la vedette s’arrête enfin de tourner en rond autour de bateau en perdition, celui-ci a disparu corps et bien. Les gardes côtes turc prennent en charge une partie des femmes et des enfants, mais la majorité des réfugiés reste dans l’eau, appelant à l’aide. « Je ne portais pas de gilet de sauvetage, explique Joseph. J’en ai trouvé un qui flottait dans l’eau, mais je l’ai donné à une petite fille. D’autres gardes-côtes sont arrivés, toujours équipés de caméras pour nous filmer. Ils se sont arrêtés à 200 ou 300 mètres de distance sans nous porter secours. Quand certains d’entre nous tentaient de les rejoindre à la nage, ils s’éloignaient. » On a fini par nous jeter des cordes, quand des avions se sont mis à nous survoler. « Ils devaient nous filmer eux aussi… »

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Les remous créés par le navire turc suffisent à submerger l’embarcation où s’entassent 300 Syriens. © Joseph pour Aleteia
Les remous créés par le navire turc suffisent à submerger l’embarcation où s’entassent 300 Syriens. (© Joseph)

Parqués comme des bêtes

Les réfugiés sont rassemblés et parqués comme du bétail sur un navire turc. « Nous sommes restés sur le pont pendant trois heures sous le soleil, sans savoir ce que les Turcs attendaient pour nous ramener à terre. » Conduits sans ménagement, on leur donne un peu de nourriture « mais pas assez pour tout le monde » et trop peu d’eau. On leur dit qu’ils vont être conduits à Mugla (Sud-Ouest de la Turquie), mais au cours du trajet en bus, ils réalisent qu’ils sont emmenés dans un camp. Les réfugiés tentent de résister en vain, et finissent leur voyage dans une véritable prison : caméras de surveillance, miradors, barrières, etc. Ils sont logés dans des caravanes, exposés aux rigueurs du climat montagneux. Au déjeuner comme au dîner, ils reçoivent du riz et du boulgour.

Une cour des miracles à huis clos

Leurs compagnons d’infortunes sont des vagabonds, des blessés de la guerre de Syrie et d’authentiques djihadistes ! Le jour de leur arrivée, les nouveaux venus apprennent qu’ils sont accusés de mendicité. On ne leur donne pas plus d’informations. Ils apprennent le décès au camp d’un jeune homme au cours de la nuit. Ses compagnons ont dû le sortir de sa cellule. Des observateurs des Nations Unies sont allés voir les prisonniers, mais n’ont rien pu promettre. « Nous travaillons sur un rapport », ont-ils seulement assuré.

Comment devient-on réfugié ?

Joseph utilise « le seul téléphone qui ait échappé au naufrage » à sa connaissance. Il a envoyé quelques photos de son épopée et souhaite naturellement que sa situation soit connue et partagée le plus largement possible, espérant un sursaut des autorités turques. Il ajoute : « Nous aurions tout d’abord besoin de vêtements chauds. Nous sommes dans les montagnes ici, il fait très froid la nuit ».

Accusé de mendicité en Turquie, Joseph avait avant la guerre une voie toute tracée en Syrie. Étudiant en mécanique, il était sur le point d’achever son cursus quand la guerre a frappé l’université. Travaillant un temps au Liban dans une équipe médicale, il a dû se rendre en Turquie pour tenter de retrouver du travail. Mission impossible, et il cherche depuis toutes les solutions possibles pour rejoindre l’Europe. Après plusieurs échecs à bord de zodiacs, il avait tenté sa chance dans ce bateau rouillé. Ses espoirs se sont brisés sur les murs de ce camp glacial.

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