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Le long voyage de Tesfai, 7 ans, seul parmi les migrants

EU / ECHO / Malini Morzaria

Isabelle Cousturié - Publié le 30/09/15

Il a fui son pays, l’Érythrée, sans ses parents. Comme lui, 100 000 autres enfants n’ont pas choisi de vivre ce calvaire. Il raconte…

Les images déchirantes de corps d’enfants rejetés par la mer sur les rives de l’Europe – gisant à l’arrière de camions franchissant les frontières, passés à travers des barbelés par des parents désespérés – défilent ponctuellement sur nos écrans de télévision et à la une de tous nos quotidiens. Derrière ces images, 2 millions d’enfants forcés à fuir leur pays, à cause de terribles conflits au Moyen-Orient, en Asie et en Afrique. D’après l’Unicef, au moins un quart des personnes cherchant refuge en Europe sont des enfants. Et aujourd’hui ils sont plus de 100 000 à attendre, seuls, un droit d’asile dans toute l’Europe.

Tous ces enfants n’ont pas choisi de vivre ce calvaire

Un de ces enfants s’appelle Tesfai, il a maintenant 15 ans mais n’en avait que 7 et demi lorsqu’il s’est enfui de son pays, l’Érythrée. Son voyage jusque dans le Tessin, un canton de Suisse, a duré huit ans. Huit années de calvaire qu’il n’a certainement pas choisi de vivre Il corriere del Ticino a recueilli son témoignage :

« J’avais 7 ans et demi quand je me suis enfui. Dans mon pays, l’Erythrée je n’avais pas la possibilité d’aller à l’école, c’est pour cette raison que je suis parti, j’aurais dû faire mon service militaire et renoncer à mon avenir, n’importe lequel. » Mais, comme si cela ne suffisait pas, le manque de liberté et l’esclavage militaire ne sont pas les seules raisons qui poussent à prendre la fuite. Aujourd’hui, dans le pays de Tesfai – dont le prénom signifie « espérance » dans sa langue locale – on fuit parce qu’on a faim et qu’on vit dans la misère, parce qu’on manque de tous les biens de première nécessité.

Et il n’est pas rare que ce soit les mères elles-mêmes qui poussent leurs enfants à partir, même les tout-petits, pour ne pas assister à leur enlèvement ou les voir mourir de faim. Avec tous ces départs, c’est toute une génération qui quitte le pays et avec elle l’espérance d’une révolte contre le régime d’Isaias Afewerki. Tesfai, pour rejoindre l’Europe, a traversé le désert, parcouru des kilomètres la peur au ventre, mais s’est fait une nouvelle famille chemin faisant. À l’arrivée, huit ans plus tard, dans un cri de soulagement, il confie : « C’est comme si je naissais une seconde fois ».

L’art de la débrouille

Ces huit années de voyage furent autant d’années de débrouille pour Tesfai, balloté d’une frontière à l’autre : au départ, il a essayé de rejoindre le pays de sa mère juste à la frontière avec l’Éthiopie, un parcours de deux ou trois heures de marche pour un adulte, pour lui il en a fallu sept. Passé la frontière, caché dans une caravane d’animaux, il a été attrapé par la police et placé dans un camp de réfugiés. Il y passera quatre années de sa jeune vie, comme relégué « à la périphérie de la vie », décrit-il, où pour manger chacun, adulte comme enfant, devait se débrouiller avec la farine, l’huile, le sucre, le sel et la farine qu’on lui donnait. Tesfai, pour arriver à acheter du pain, manger quelque chose, essayait de vendre ses rations.

En quatre ans, le jeune garçon en a rencontré des trafiquants, vus par les réfugiés comme leur seule porte de salut pour fuir le désespoir. À un premier trafiquant, qui le conduira jusqu’au Soudan, son oncle paiera pour lui 1 450 dollars. Puis nouveau départ un an plus tard, vers l’Égypte puis la Libye. Vingt-et-un jours de voyage dans le désert, entassés à 30 dans un vieux véhicule, au cours duquel cinq Érythréens et trois Soudanais ont perdu la vie après être restés 13 jours sans boire. « On nous mettait de l’essence dans l’eau pour nous empêcher de boire. (…) La nuit nous nous enterrions sous le sable pour ne pas mourir de froid », raconte Tesfai.

Aux mains des trafiquants jusqu’au naufrage

Tesfai passe d’un trafiquant à l’autre, ces derniers deviennent de plus en plus menaçants : « Où tu paies ou tu meurs et ils vendent tes organes ! ». La police s’en mêle, arrête les fuyards et les jette en prison. Tesfai y passera toute une année, subissant humiliations et mauvais traitements parce que chrétien.. Puis de nouveau le chantage, de la police cette fois-ci qui les remet à d’autres trafiquants moyennant argent. À chaque fois, Tesfai réussit à payer sa rançon « avec l’aide d’un oncle ». Jusqu’au moment de quitter les côtes libyennes et de réussir à embarquer à bord d’un bateau très rudimentaire qui, au beau milieu de la nuit, a commencé à prendre l’eau et s’est renversé ; 350 personnes étaient à bord, une mère a perdu son bébé. « J’entends encore ses hurlements désespérés ! », confie le jeune garçon à la journaliste.

Après tant de mésaventures, Tesfai est donc enfin en Europe, la Terre Promise, mais ses problèmes ne s’arrêtent pas là…

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