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Reportage. À Damas, la vie l'emporte sur la guerre.

Arthur Herlin - Publié le 28/09/15

À défaut de retrouver la paix, la capitale syrienne s’organise tant bien que mal pour permettre à ses habitants de poursuivre leur quotidien.

Encore une dizaine de kilomètres à parcourir avant de rejoindre Damas qui se révèle déjà à nous depuis la colline que nous empruntons. La visibilité est parfaite et permet d’observer presque toute la ville : on peut aisément distinguer en son cœur, une immense fumée blanche. Il s’agit de l’ambassade de Russie qui vient d’être visée par un missile de Daech, certainement les conséquences de son récent engagement au côté de l’armée arabe syrienne. La lourde et immense fumée indique que l’explosif devait être particulièrement puissant. Des missiles comme celui-ci, Damas en reçoit une poignée par jour. Rien en comparaison de ce qui tombait sur elle il y a un an, à la même époque : « On recevait des obus toutes les cinq minutes, la vie était impossible ! », nous confie une damascène. Aujourd’hui  la capitale reste encore menacée : on distingue trois zones de combat situées dans sa banlieue nord, est et sud, respectivement occupée par le Jabhat al Nosra (front de la victoire) et le Jaysh al Islam (l’armée de l’islam). Depuis une dizaine de mois la ligne de front s’est stabilisée, mais il y a tout juste une semaine les deux factions terroristes ont coordonné une offensive, sans succès.

Damas en état de siège

Nous continuons notre route au rythme des check points qui se font plus fréquents à mesure que l’on pénètre dans la ville. Dès lors que l’on se trouve au cœur de Damas,  les militaires deviennent omniprésents. La défense de Damas est organisée en différents anneaux, à l’image d’une cible. Il faut traverser de multiples zones circulaires pour atteindre son cœur où sont situés les quartiers gouvernementaux, et zones résidentielles aisées. Ignorant les voies, jardins et bâtiments, des blocs de bétons armés ont été déployés pour matérialiser ces zones. Ces remparts de fortune ont dans le même temps permis de mettre un terme définitif aux attaques de véhicules suicides qui sévissaient fréquemment au cours de l’année 2011, début du conflit.  Si elles peuvent paraître précaires au premier abord, ce sont pourtant ces dispositions qui ont permis à la capitale syrienne de résister aux attaques des terroristes islamistes. C’est aussi grâce à elles que la vie suit son cours dans la capitale. Loin d’être accablés, les habitants poursuivent leurs habitudes : des mères viennent chercher leurs enfants à la sortie de l’école, le trafic reste dense et les syriens continuent de fréquenter les zones commerciales, restaurants… presque comme si de rien était.

Les apparences fragiles de la paix

Rien sur le visage des damascènes en effet ne pourraient laisser deviner l’état de guerre qu’ils subissent. Et pourtant, certains lieux clefs de la capitale rappellent à ses habitants qu’elle est bel et bien plongée dans un conflit sans merci. En premier lieu, l’hôpital national syrien, le plus important du pays, entièrement gratuit et réservé aux civils syriens venus des quatre coins du territoire.

Hopital national de Damas
© Arthur Herlin pour Aleteia

Chaque chambre est occupée mais les médecins, nombreux, ne semblent pas être débordés. Les patients sont soigneusement pris en charge et bénéficient d’une qualité de soin plus que correcte : le matériel est récent et les locaux sont aussi bien entretenus que dans les centre hospitaliers occidentaux. Seuls les maux des patients dénotent de nos hôpitaux : ici chacun est victime de l’extrême violence de l’Etat Islamique. Accompagné du directeur de l’hôpital et de quelques médecins, nous passons en revue plusieurs chambres. Dans l’une d’elle se trouve un petit garçon : sous sa ceinture, les reliefs des draps inexistants ne laissent pas place au doute, il a perdu ses jambes.

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© Arthur Herlin / Aleteia

Son père, présent le force à nous faire le V de la victoire, mais son visage décomposé révèle le traumatisme qu’il a vécu : Il y a moins d’un mois alors qu’il jouait dans sa ville natale de Raqqa, un camion citerne rempli d’essence et chargé d’explosif a explosé près de lui. Dans la chambre mitoyenne, un commerçant et son collègue sont alités, tous deux ont été pris en charge après avoir été surpris par une bombe incendiaire dans les quartiers avoisinants la banlieue de Douma au nord, où sont présents les terroristes de Jaysh Al Islam. Les deux hommes ont été brûlés au troisième degré, « Une fois guéri, je retournerai travailler dans mon magasin » affirme l’un d’eux. Il n’est en effet pas impossible que son commerce soit bientôt remis en état. C’est ainsi que survit la capitale : en réparant chaque façade, en reconstruisant chaque édifice démolit par les bombes. Le lendemain de cette visite, l’hôtel où logent quelques journalistes sera lui aussi frappé par une roquette laissant entrevoir un cratère d’un peu plus d’un mètre dans la façade, le jour suivant, ce même trou était déjà comblé, l’impact était comme effacé. Après quatre ans de guerre, c’est presque devenu un automatisme, un réflexe : gommer toute trace de conflit pour mieux offrir aux damascènes, les apparences fragiles de la paix.

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