Recevez la newsletter d'Aleteia chaque jour!
Démarrez la journée avec la newsletter d'Aleteia
Je m'abonne gratuitement !
Aleteia

Jean-Marc Potdevin : gagner sa vie sans perdre son âme

DR / CCN
Jean-Marc Potdevin  : Gagner sa vie sans perdre son âme
Partager

Invité du festival « Welcome To Paradise », le Net-entrepreneur chrétien est revenu sur les difficultés qu’il peut y avoir à concilier au quotidien foi et travail.

Jean-Marc Potdevin est de ceux qui ont forgé l’épopée du Web autour du changement de millénaire. À force de travail, il a mené en quatre ans son entreprise, Kelkoo, à un poids économique insoupçonné : Yahoo! en offre 500 millions, avec un poste de vice-président pour la zone Europe à la clé. Jean-Marc incarne alors un modèle de réussite : riche, le job de ses rêves, la famille qu’il voulait. Et pourtant, il n’est pas satisfait. Au point qu’il quitte son boulot, pour se consacrer au sport, puis à investir dans des projets, et rapidement sa vie reprend ce même rythme infernal dans lequel manque quelque chose.

Touché par la grâce

C’est alors qu’il décide de prendre le chemin de Compostelle. Sur la route, les coïncidences s’accumulent de manière suspecte, mettant Jean-Marc en face d’instants où il n’a pas été juste. L’indicible gêne lui est affichée avec insistance. Au Puy, il va finalement s’arrêter chez les Sœurs de Saint-Jean, et, ayant rejoint la chapelle presque par hasard, il fait l’expérience physique de Jésus. « Le Roi » lui permet d’entrevoir l’union d’amour dont il comble ses serviteurs, « regarde, ce sont mes créatures ». Pendant de longues minutes de pleine conscience, Jean-Marc Potdevin ressent une plénitude qu’il voudrait ne plus quitter. Depuis, il témoigne de sa foi et s’applique à vivre en vrai chrétien.

Le travail a une dimension objective et une dimension subjective

Auprès de la doctrine sociale de l’Église, il a découvert et creusé le sens subjectif du travail. En effet, on réduit trop souvent le travail à son sens objectif, à savoir rendre un service à la société, et en contrepartie gagner sa vie. En tant que co-créateurs du monde, nous avons une responsabilité dans son développement ; le sens subjectif n’est donc pas à négliger et une réflexion éthique est à mener sur le sujet.

Cependant, si certains emplois sont objectivement pervers, ils sont souvent plutôt neutres. Pour Jean-Marc, l’enjeu est alors de faire du travail un lieu d’accomplissement de la personne, qui développe la créativité, les relations, et où l’on puisse être vrai. D’après son expérience et ses lectures, il pointe quatre pathologies du succès, puis invite à l’unité intérieure, suggère des moyens pour y parvenir et les fruits à en espérer.

De la difficulté des riches d’accéder au Royaume des Cieux

Premier excès, la primauté de la possession : facilement, on peut se laisser entraîner dans une quête d’argent, de pouvoir, qui nous éloigne de notre propre bien ; « Cela ne sert à rien d’être l’homme le plus riche du cimetière ». Outre l’avoir, le « faire » peut détourner de l’être : l’activisme comme fuite de soi, comme divertissement infernal et incessant qui nous éloigne de notre intériorité. Troisième égarement de l’être, celui du paraître : on porte le masque du succès au lieu d’être soi, sous pression de ce que l’on croit devoir être. L’orgueil enfin, pousse à faire de soi sa propre source, à se complaire dans nos dits mérites, qui ne sont toujours que des dons reçus.

Faire l’unité intérieure

Pour éviter ces tentations et l’éclatement de la personne qu’elles entraînent, nous ne sommes pas seuls : l’unité intérieure est à rechercher autour de la personne du Christ. L’aspiration fondamentale de notre être est de « prier et contempler Dieu ». Cette aspiration correspond profondément à ce que nous sommes, elle respecte notre liberté et honore nos singularités. Elle doit toucher toute notre vie et non se cloisonner à certains lieux et moments. Il ne s’agit pas d’être chrétiens quand nous prions puis être indifférents le reste de la journée, mais comme dit saint Paul : « Soyez toujours joyeux, priez sans cesse, rendez grâces » (1 Thessaloniciens 5,16). Il ne s’agit pas non plus de négliger ses tâches quotidiennes, mais de les confier à Dieu, de placer la contemplation au cœur de l’action. Thérèse d’Avila, pourtant à vocation contemplative, s’est avérée d’une grande activité, et elle soutient dans ses écrits la nécessité à la fois de Marthe et de Marie, de la travailleuse et de la priante. C’est aussi dans quelques pages d’un manuel de vie carmélitaine,