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Contre Daesh, une alliance possible entre Turcs et Kurdes ?

© Serhii Lohvyniuk / Shutterstock
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Après l’attentat de Suruç en début de semaine, les autorités turques sont mises face à une évidence : pour lutter contre l’État islamique la Turquie doit s’allier avec les Kurdes.

En Turquie, la zone de la frontière avec la Syrie est sous haute tension depuis lundi. Après avoir longtemps fermé les yeux sur les trafics en tout genre dans sa zone frontalière, de pétrole de contrebande de l’État islamique dans le sens Syrie-Turquie, et de candidats au djihad dans l’autre sens, Ankara est de plus en plus critiquée pour sa politique passive dans la région. Mais aujourd’hui, la crainte d’une contagion de la guerre en Syrie sur le sol turc prend de plus en plus forme.

Mercredi 22 juillet, des membres du PKK, le Parti des travailleurs du Kurdistan, ont tué deux policiers turcs à Ceylanpinar pour se venger de l’attentat de lundi à Suruç, qui avait été revendiqué par l’État islamique. Un jeune Turc de 20 ans avait tué 32 personnes dans cette ville qui fait face à Kobané en Syrie. Cet attentat met les autorités turques devant une évidence : pour lutter contre l’État islamique la Turquie doit s’allier avec les Kurdes, c’est ce que nous rappelle Samim Akgonül, spécialiste de la Turquie, professeur à l’université Marc Bloch de Strasbourg, interrogé par Olivier Bonnel sur Radio Vatican.

"Ankara a développé une paranoïa extraordinaire, explique le spécialiste : voir l’établissement, au Nord de la Syrie, donc à Kobané, d’un État autonome kurde. (…) Pendant des années, la Turquie s’est opposée farouchement à la création de la région autonome du Kurdistan du Nord de l’Irak, mais aujourd’hui c’est la seule et peut-être la meilleure alliée de la Turquie dans la région, au niveau commercial et politique."

Accepter la création d’une région autonome kurde

L’attentat de Suruç ce lundi 20 juillet a cependant changé la donne et offre des perspectives aux Kurdes turcs : cette attaque islamiste "peut être un tournant pour les Kurdes qui sont très remontés à l’égard du pouvoir, et peuvent saisir cette opportunité, cet événement comme un point de déclenchement d’une sorte de résistance" qui pourrait se faire dans la violence, prévient-il.

Pour l’universitaire, il est "impossible" aujourd’hui pour la Turquie de ne pas se positionner, ce "n’est plus tenable" : "Il est sans doute trop tard pour faire la paix avec le régime de Bachar el-Assad en Syrie, analyse-t-il, c’est beaucoup trop tard voire quasiment impossible. (…) La Turquie est maintenant forcée de toutes parts de faire la paix, de ne plus considérer la création d’une région autonome [kurde] au Nord de la Syrie comme quelque chose d’inacceptable qui menacerait l’existence même de la Turquie".

Un tournant dans la lutte contre Daesh

Samim Akgonül relève deux aspects : "La Turquie est d’une part accusée de, implicitement ou explicitement, soutenir matériellement ou idéologiquement Daesh. D’autre part, il y a quelque chose de beaucoup plus concret. On sait que tous ces militants venant d’Occident (…) pour rejoindre les rangs du Daesh doivent passer par la Turquie et par ses frontières. Il a fallu un événement, un acte aussi grave et aussi dramatique [que l’attentat de Suruç] pour qu’Ankara prenne enfin conscience qu’elle est en train de jouer avec le feu et qu’elle mette en application les mesures nécessaires pour qu’il y ait une politique nette et radicale à l’égard de ces groupes du Daesh qui sont en train de mettre toute la région à feu et à sang".