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Irak, un an après : Pour les réfugiés qui trouvent du travail, la vie reprend son sens

DR / Diane de Fortanier
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Un an après la chute de Mossoul et Qaraqosh, à Erbil le travail permet à certains réfugiés de retrouver une dignité et de subvenir aux besoins de leurs familles.

"Ils se font à l’idée qu’ils ne rentreront sans doute pas chez eux avant longtemps", résume Michel Récipon, président du directoire de la Fondation Raoul Follereau, présent en Irak à l’occasion de l’inauguration de l’école saint-Irénée que sa fondation a co-financée au Kurdistan irakien. Et pourtant, le désespoir n’est pas forcément de mise, la vie s’est organisée et elle continue dans les camps pour les chrétiens de la plaine de Ninive.

Zina, sept mois plus tard

Aleteia avait rencontré Zina en décembre : elle était alors au plus bas. La jeune femme de 22 ans n’osait pas décrocher le téléphone lorsque sa meilleure amie musulmane l’appelait, par crainte qu’elle ne cherche à la géolocaliser pour le compte de l’État islamique. Le teint cireux et les yeux bordés de cernes, Zina était le visage même de la désespérance.

Sept mois plus tard, ce n’est plus la même jeune femme qui reçoit à nouveau Aleteia dans son mobile home du camp Ashti 1. Un sourire agrémente les mots de la chrétienne déplacée, qui raconte la suite de son histoire. Pendant quelques mois, elle a été employée et rémunérée par l’Unicef pour organiser des activités pour les enfants du camp où elle réside avec ses frères et ses parents. Elle a ainsi pu quitter quelques temps l’inaction qui lui pesait tant. Aujourd’hui, elle cherche un travail. Malheureusement, elle a dû quitter Mossoul juste avant ses partiels, si bien qu’elle n’a pas de diplôme. Et malgré son anglais presque parfait, ses allées et venues quotidiennes à Ankawa – la banlieue chrétienne d’Erbil – pour trouver un emploi sont infructueuses. Ses deux frères ont un travail, pour leur part. L’aîné a eu la chance de pouvoir conserver son emploi dans une compagnie pétrolière. Mis à part le fait qu’il vit dans 10 mètres carrés de mobile home, sa vie n’a pas changé : le chauffeur de son entreprise vient le chercher le matin et le ramène le soir. Il a même pu user de son influence pour faire embaucher son petit frère comme ouvrier dans la compagnie.

Menhem aussi, la cinquantaine bien entamée, a pu retrouver un travail dans la même chaîne de vente d’électroménager que celle pour laquelle il était concessionnaire à Qaraqosh : elle l’a embauché dans la franchise d’Ankawa. Ce qui lui permet de vivre avec ses sept enfants dans un relatif confort matériel à l’intérieur du mobile home d’Ashti.

Les commerces renaissent à l’intérieur même des camps

Ceux qui ont eu la chance de trouver un travail sont rares. La barrière de la langue est presque insurmontable pour les réfugiés chrétiens qui ne parlent que l’arabe dans un Kurdistan irakien où le kurde est la langue majoritaire. Lorsque le centre commercial Ankawa Mall, qui servait d’abri à des centaines de familles, a été vidé, celles-ci ont été relogées à Ashti, situé à une quarantaine de minutes à pied du centre-ville d’Ankawa. Par plus de 45°C à l’ombre au tout début de l’été, c’est plus qu’une promenade de santé… Mais à l’intérieur même du camp, des commerces se développent, montés par les déplacés avec ou sans l’aide des associations.

Certains comme Ayman ont même eu la chance de retrouver leur métier d’antan. Le jeune homme de 29 ans qui était boulanger à Qaraqosh fabrique à nouveau du pain avec un four similaire à celui qu’il possédait avant que l’organisation État islamique ne le force à abandonner son commerce florissant. Lorsqu’il est arrivé au camp, il s’est présenté devant les gérants et a déclaré qu’il savait faire le pain. Fin avril, lorsque l’association Fraternité en Irak a ouvert une boulangerie, il a été embauché avec quatre autres boulangers – dont son grand frère Wilson, qui est le chef de la boulangerie. Les cinq hommes ne chôment pas. Le premier mois, il recevait un salaire de 20 000 dinars irakiens par jour, soit environ 17 dollars. Le succès a été tel qu’il a été augmenté à 25 000 dinars dès le deuxième mois. "Je suis très heureux de pouvoir faire mon métier, et si je quitte l’Irak je ferai le même métier", déclare en souriant Ayman, tout en lançant habilement les pâtons sur la plaque tournante du four.

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