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OPINION. Mariage gay : après son “mea culpa”, l’Église d’Irlande doit rebondir

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© PAUL FAITH / AFP

IRELAND-GAY-MARRIAGE-VOTE A supporter holds a sign reading 'Thank You - You're All Invited to the Wedding' as he celebrates outside Dublin Castle following the result of the same-sex marriage referendum in Dublin on May 23, 2015. Ireland on Saturday became the first country in the world to approve gay marriage by popular vote as crowds cheered in Dublin in a spectacular setback for the once all-powerful Catholic Church. AFP PHOTO / PAUL FAITH

Philippe Oswald - publié le 27/05/15

Face aux 62% de "yes" au mariage homosexuel dans "l’Île des saints", l'Église a devant elle une tâche énorme, a reconnu l'archevêque de Dublin.

Comment diable est-il possible que la très catholique Irlande soit le premier pays du monde à adopter le mariage homosexuel au suffrage universel ? Et pas de justesse : 62% de "oui", c‘est un plébiscite ! Hélas, l’histoire de la jeune République irlandaise peut l’expliquer : cléricalisme identitaire d’abord face aux Anglais protestants (comme au Québec jadis ou comme en Pologne, face aux communistes téléguidés par Moscou); puis, la liberté conquise, position dominante, abus d’autorité… jusqu’aux abus sexuels dans certains pensionnats ; enfin, choc avec le libéralisme débridé dans lequel l’Irlande a cru trouver sa prospérité en faisant de son territoire une tête de pont vers l’Europe (et un paradis fiscal, actuellement contesté) pour les mastodontes américains : Apple, Microsoft,  Google, Facebook, Twitter, Uber…  

Que de bouleversements en quelques décennies ! Ils se sont concrétisés, lors de ce référendum, par la rupture entre les jeunes citadins et leurs aînés ruraux. Mgr Diarmuid Martin, archevêque de Dublin, en a fait le constat en forme de "mea culpa" après le verdict des urnes.  

Interviewé par la chaîne irlandaise RTE News, le prélat a reconnu l’énorme perte d’influence de l’Église auprès des jeunes : "Je crois vraiment que l’Église a besoin de faire un examen de réalité, pour voir les choses qui vont bien, et pour voir les domaines dans lesquels nous avons vraiment besoin de nous arrêter et de demander : est-ce que nous nous sommes complètement éloignés des jeunes ?".

"Les produits de nos écoles catholiques"

C’est en effet chez les jeunes citadins, Dublin en tête, que la mobilisation en faveur du "oui" a  fait la différence dans ce pays qui compte tout de même encore 30% de pratiquants (contre 4,5% en France). Ce "oui" est "écrasant", a commenté l’archevêque en concédant que les personnes homosexuelles pouvaient le ressentir comme "quelque chose qui est en train d’enrichir leur mode de vie"… Face à cette "révolution sociale" en marche depuis longtemps, a-t-il poursuivi, "peut-être que dans l’Église les gens n’ont pas été assez au clair dans la compréhension de ce qui se passait". Il se pourrait bien, en effet, que les clercs aient manqué… de clarté.  Le fait est, a reconnu l’évêque, que "la plupart de ces jeunes gens qui ont voté "oui" sont les produits de nos écoles catholiques".

Que leur a-t-on donc enseigné dans ces écoles et universités catholiques sur un sujet aussi fondamental que l’identité sexuelle et les finalités du mariage ? Quel témoignage chrétien, quelle éducation et quelle instruction ont-ils reçus afin qu’ils puissent enraciner ces vérités dans leur vie ? Mgr Martin a poursuivi : "C’est très clair : ce référendum est une affirmation des vues de la jeunesse, donc l’Église a une tâche énorme face à cela pour trouver le langage, pour être capable de parler aux jeunes, de leur apporter son message, pas seulement sur ce sujet, mais en général. Nous ne pourrons pas amorcer un renouveau en restant simplement dans le déni" (Radio Vatican).

Des maîtres… et des témoins

Assurément, il faut retrouver un langage audible et ce n’est pas une mince affaire. Trouver le bon langage, a précisé Mgr Martin, "cela ne signifie pas que nous renonçons à notre enseignement sur les valeurs fondamentales du mariage et de la famille. Cela ne signifie pas non plus que nous creusons des tranchées. Mais nous devons trouver un nouveau langage, qui soit fondamentalement le nôtre, qui parle aux gens, qui soit compréhensible, qui soit apprécié par les autres".

C’est sans doute l’occasion de se souvenir de la célèbre phrase de Paul VI à l’ONU : "L’homme contemporain écoute plus volontiers les témoins que les maîtres. Ou s’il écoute les maîtres, c’est parce qu’ils sont des témoins". En l’occurrence, ce dont nos sociétés ont le plus besoin, c’est d’hommes et de femmes osant dire la vérité sur l’enjeu humain et social de l’amour humain.

Du sang, de la sueur et des larmes…

Un jour de déprime, un ami m’a donné ce conseil salutaire : "Quand tu prends un coup de pied dans le derrière (le mot qu’il a employé était plus cru), capte l’énergie !". Passé le choc, il s’agit de sortir de l’accablement et de la repentance en remobilisant le camp des vaincus avec des accents churchilliens. C’est "du sang, de la sueur et des larmes" qui relèveront l’Église et la société irlandaise comme d’ailleurs l’ensemble de l’Occident : larmes du repentir, sueur du travail titanesque à accomplir, sang du martyre – en tout cas, témoignage courageux et enflammé de charité face aux petites ou plus grandes persécutions.

Larmes du repentir : ce qui a rendu l’Église d’Irlande sinon muette, du moins inaudible, spécialement sur tout sujet touchant à la sexualité, c’est le scandale de prêtres pédophiles parfois couverts par les autorités ecclésiastiques. Ces agressions auraient concerné sur plusieurs décennies 14 500 enfants. En 2009, après avoir reçu de Mgr Diarmuid Martin, archevêque de Dublin et du cardinal Seán Baptist Brady, archevêque d’Armagh, le rapport de la commission d’enquête irlandaise, le pape Benoît XVI avait fait savoir dans un communiqué qu’il partageait "l’indignation, la trahison et la honte ressentie par tant de fidèles", face à ces crimes "odieux" (Famille Chrétienne).

Sueur du travail à accomplir : en Irlande comme ailleurs, les catholiques n’ont que trop déserté le travail intellectuel et l’engagement politique en abandonnant à l’adversaire le champ culturel. Cet adversaire (appelons-le la gnose, cette tentation qui incite l’homme à se faire "la mesure de toute chose", autrement dit à prendre la place de Dieu) – s’en prend maintenant à l’identité humaine elle-même, dans son origine sexuée : "Homme et femme, Il les créa".

Sang du martyre : d’une façon ou d’une autre, le combat à mener prendra nécessairement la forme du martyre, même si celui-ci reste heureusement "non sanglant", car on peut y laisser sa réputation, son job et parfois déjà sa liberté. 

Option privilégiée… pour le business

Derrière le déni de la différence sexuelle, il y a l’option privilégiée… pour le business. Le mariage homosexuel, "c’est bon pour le business", avait commenté le patron de l’agence l’IDA pour le développement industriel en Irlande, en constatant que "les richissimes entreprises tentaculaires américaines qui emploient nombre d’Irlandais (…) ont pesé de tout leur poids en faveur de ce nouveau bond en avant sociétal". Et cela, sans aucun contrepoids politique et culturel, observe Pierre Jova dans Causeur : "Tous les partis politiques, des "conservateurs" du Fianna Fail aux nationalistes "rouges" du Sinn Fein, en passant par le libéral Fine Gael actuellement au pouvoir, soutenaient la mesure, relayés par les intellectuels, les artistes, les stars".

En amont, cela pose évidemment la question de l’éducation et de l’instruction. Les écoles et les universités irlandaises dans lesquelles ces politiques et ces intellectuels ont été formés méritaient-elles pleinement le nom de "catholiques" ? Revigorés par l’exemple de tant de chrétiens d’aujourd’hui qui donnent leur vie pour le Christ et la vérité, les catholiques laïcs de nos sociétés occidentales doivent réinvestir le terrain culturel et politique. Non seulement la hiérarchie d’hier ne les y a pas suffisamment incités, mais le cléricalisme, contre lequel se bat actuellement le pape François, a favorisé leur désertion de la vie sociale et politique.

Quand tout est à terre…

C’est l’ensemble de l’édifice qui est aujourd’hui ruiné, en Irlande et ailleurs en Europe, mais plus visiblement dans "l’Île des Saints" en raison de sa forte identité catholique et de son histoire récente (elle fêtera l’an prochain le centenaire de son indépendance). Mais c’est quand tout est à terre que la reconstruction peut repartir sur des bases saines. Le retrait volontaire du clergé irlandais avant ce référendum et l’implication de laïcs catholiques sur le modèle de la Manif pour tous française sont les signes d’une prise de conscience et du début d’une renaissance. Sur ce champ de ruines, place au souffle de l’Esprit qui renouvelle la face de la Terre !

Tags:
Homosexualité
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