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« Ils approchent… Priez pour nous ! » : le père Jacques Mourad enlevé par les islamistes

© P.RAZZO / CIRIC
March 4th, 2014: Fr Paolo DALL'OGLIO, prior of the monastery of Mar Musa (Syria). St Ephrem ch. Paris (75) France.
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C’était l’ultime appel du père Jacques Mourad, successeur du père Paolo Dall’Oglio, enlevé hier par un commando de l’État islamique dans le monastère de Mar Elias.

Dans son dernier message, mercredi 20 mai, le père Mourad écrivait depuis le monastère de Mar Elias, situé à une centaine de kilomètres de Palmyre : "Les extrémistes de Daesh s’approchent de notre ville. À Palmyre, ils ont tué beaucoup de gens en leur coupant la tête. Priez pour nous, s’il vous plaît". Il a été enlevé ce jeudi 21 mai. "Beaucoup d’hommes en armes sont arrivés cet après-midi. Ils l’ont mis dans un véhicule et sont repartis. Ils ont aussi pris sa voiture et son ordinateur. Depuis, nous n’avons aucune nouvelle de lui", déplore au téléphone Marie-Rose, qui partageait au quotidien la vie de Mar Elias (Le Temps).

Après le père Paolo

L’assassinat du père Paolo par des djihadistes en 2013 avait suscité une vague d’indignation et d’incompréhension internationale. Parti négocier la libération de prisonniers syriens, il avait été abattu par ses interlocuteurs. Pourtant, le prêtre était connu pour ses positions anti-Bachar, et avait même été expulsé de Syrie avant d’y retourner clandestinement. Pour les Occidentaux, qui rêvaient d’une opposition démocratique au régime de Bachar el-Assad, le comportement des "libérateurs" de la Syrie se révélait décevant… Après sa mort, le père Jacques Mourad, prêtre syriaque, a pris sa succession à la tête du monastère de Mar Moussa.

Le père Mourad sur les traces de Paolo

Le père Jacques Mourad lui-même, malgré le destin tragique de son prédécesseur italien, n’a pas craint de se rendre auprès des djihadistes d’Al-Nosra, pour négocier la libération d’un jeune homme. Discutant avec l’armée syrienne et les djihadistes, il a obtenu que le centre-ville de Qaryatayn soit épargné par les combats. C’est un Syrien, et il a l’habitude de côtoyer les musulmans sunnites comme chiites, mais le développement de l’autoproclamé État islamique (EI) menace de rompre le fragile équilibre qui permettait la coexistence pacifique des Syriens. Il s’est constamment prononcé contre une intervention militaire extérieure en Syrie, voyant les résultats catastrophiques de ce type de solution en Irak. Il expliquait en 2013 : "La position juste signifie refuser toute forme de violence, faire taire les armes, ne pas dresser les gens les uns contre les autres, défendre et protéger les droits humains". 

Refus de partir, refus des armes

Refusant la fatalité de voir la Syrie se vider de ses chrétiens, il faisait son possible pour faire revivre le monastère et pour rapprocher les populations. Son monastère de Mar Moussa était devenu un refuge pour les exilés de toutes les religions pendant l’hiver. Avec l’association des Amis de Mar Moussa, il a lancé plusieurs appels aux dons pour obtenir des citernes d’eau, des générateurs électriques et des outils d’agriculture pour que les gens puissent rentrer chez eux, explique Nadia Braendle, qui œuvre depuis la Suisse dans cette association.

Fin de la reconstruction ?

Mais cette phase de reconstruction est gravement menacée par les nouveaux progrès de l’EI. Son succès fulgurant s’explique en grande partie en raison de "cellules dormantes". Des musulmans sunnites qui ne sont pas ouvertement pro-Daesh, mais qui basculent de son côté quand ils le peuvent. L’enlèvement du prêtre a peut-être été organisé par des groupes locaux, et non par l’armée de djihadistes qui s’est emparée de Palmyre : voyant les succès de l’EI, ces groupes lui prêtent allégeance et lui donnent des gages en participant à son œuvre de destruction. Cet aspect de la guerre civile est vécu avec une grande angoisse par les chrétiens. Dans certains cas, ce sont les gens qu’ils ont côtoyés toute leur vie, leurs voisins, qui changent de visage avec l’arrivée des colonnes de Daesh (Aleteia), et qui se mettent à brandir les drapeaux noirs du sinistre « califat » d’Al-Baghdadi !

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