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Autriche : la repentance des Eglises pour l’antisémitisme des années nazies

© Christian Diabl-CC

Philippe Oswald - Publié le 12/05/15

A l’occasion du 70e anniversaire de la fin de la guerre, les Eglises catholique et protestantes d’Autriche reconnaissent leur « responsabilité » et leur « complicité » dans l’antisémitisme.

« L’Eglise catholique doit reconnaître sa part de responsabilité dans l’émergence d’un climat de mépris et de haine » vis-à-vis des Juifs avant l’arrivée des nazis, a affirmé le cardinal-archevêque de Vienne Christoph Schönborn. Il a également évoqué « le manque de solidarité à l’égard de nos concitoyens de religion juive » pendant la Shoah. Le conseil des Eglises protestantes a de son côté exprimé sa "profonde honte" pour avoir été "complice" des actions dirigées contre les Juifs et d’autres groupes que l’on considérait "indignes de vivre". » (I24 news)

Le « système Mauthausen »

Le 70e anniversaire de la chute du Reich nazi a notamment été marqué en Autriche par la commémoration de la libération du camp de Mauthausen destiné aux « ennemis politiques incorrigibles » de l’ordre nazi où 100 000 prisonniers ont trouvé la mort. « Le camp s’est étendu à tel point que les historiens parlent de « système Mauthausen » : 49 camps satellites en Autriche et en Allemagne, autant d’usines où l’on était exploité jusqu’à la mort par épuisement. » (Le Monde)
Pays natal d’Hitler, l’Autriche fut certes victime de l’Anschluss, l’annexion par l’Allemagne nazie en mars 1938. Mais ce pays traumatisé par le démantèlement de l’Empire austro-hongrois en 1918, les troubles et la misère qui s’ensuivirent avec l’inflation et le chômage, se jeta dans les bras de son ancien ressortissant devenu chancelier du Reich (97,7% des votants approuvèrent l’Anschluss le 10 avril 1938).

Les martyrs chrétiens

Les oppositions au nazisme et à l’antisémitisme vinrent cependant presque exclusivement de chrétiens, catholiques et protestants, en Autriche comme en Allemagne. La plupart payèrent cette opposition de leur vie, comme le célèbre pasteur et théologien allemand Dietrich Bonhoeffer. En Autriche, citons quelques martyrs catholiques : le  bienheureux Jakob Gap, religieux de la Société de Marie béatifié par Jean-Paul II, le bienheureux Otto Neururer, curé de Goetzen (Tyrol), arrêté par la Gestapo dès décembre 1938, il mourut au camp de Buchenwald le 30 mai 1940 après deux jours d’agonie (ses bourreaux l’avaient suspendu par les pieds à une poutre !) ; la bienheureuse Maria Restituta Kafka, religieuse franciscaine de la Charité chrétienne condamnée à mort pour avoir refusé d’enlever les crucifix des chambres de l’hôpital dans lequel elle était infirmière ; les frères mineurs Johann Kapristan Pieller et Angelus Steinwender, fusillés le 15 avril 1945, quelques jours avant la fin de la guerre (cf. Andrea Riccardi, « Ils sont morts pour leur foi », Plon/Mame). Chez les laïcs, le martyr autrichien le plus connu est Franz Jägerstätter, simple paysan et père de famille, exécuté en 1943 comme objecteur de conscience et béatifié par le cardinal Shönborn en 2007 (cf. François de Lacoste Lareymondie, « Je refuse ! L’objection de conscience ultime résistance au mal », Editions de l’Emmanuel).

« Des initiatives sporadiques »

 Mais en Autriche comme en Allemagne, ces martyrs, plus nombreux qu’on le croit généralement (en Allemagne, dans la communauté catholique, 164 prêtres diocésains, 60 religieux, 4 religieuses, 118 laïcs ont été exécutés ou ont péri dans les camps nazis) furent peu ou pas soutenus par les autorités ecclésiastiques, à l’exception notable de grandes voix épiscopales comme celles de von Galen (Münster) ou de von Preysing (Berlin). Comme celui d’Autriche aujourd’hui, l’épiscopat allemand avait confessé ce manque de solidarité envers les Juifs dans une déclaration de 1995 : « Beaucoup se sont laissés prendre par l’idéologie du national-socialisme et sont restés indifférents devant les crimes perpétrés contre les biens et la vie des Juifs. D’autres ont favorisé ces crimes ou sont devenus eux-mêmes des criminels. (…) Aujourd’hui, le fait qu’il n’y ait eu que des initiatives sporadiques en faveur des Juifs persécutés, et qu’il y ait eu aucune protestation publique et expresse, même lors des pogroms de  novembre 1938, nous attriste profondément… » (Déclaration des évêques allemands, 24/01/1995).


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