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Indonésie. Exécuté sans sacrements malgré sa demande

© BAY ISMOYO / AFP
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Pour ses derniers instants, un Brésilien, de religion catholique, condamné à mort pour trafic de drogue et exécuté le 18 janvier, n’a pas eu accès à un prêtre, dénonce l’aumônier qui l’avait accompagné.

Parmi les six condamnés à mort exécutés le 18 janvier dernier se trouvait un ressortissant brésilien. Marco Archer Cardoso Moreira, 53 ans, avait été condamné à mort en 2004 pour avoir tenté d’introduire 13,4 kg de cocaïne en Indonésie. De religion catholique, il a été exécuté sans avoir eu accès à un prêtre, dénonce l’aumônier catholique qui accompagne des détenus des couloirs de la mort des prisons indonésiennes.

Le père Charles Burrows est un religieux irlandais, membre de la congrégation missionnaire des OMI (Oblats de Marie Immaculée). Missionnaire de longue date en Indonésie, connu sous le surnom de « Père Carolus », rattaché à une paroisse de Cilacap, dans la province de Java-Centre, il est aussi visiteur de prison et, à ce titre, accompagnait Marco Moreira lorsque celui-ci était détenu à la centrale de Pasir Putih.

L’autorisation d’assister le condamné refusée à l’aumônier

Quelques jours avant son exécution, le 18 janvier, Marco Moreira avait été transféré au pénitencier de Besi, prison de haute sécurité sur l’île de Nusakambangan, surnommée « l’Alcatraz d’Indonésie ». L’île jouxte la ville de Cilacap. Selon le père Burrows, le condamné a exprimé à l’aumônier catholique du pénitencier de Besi le désir d’être entendu et de recevoir les derniers sacrements de ses propres mains. La veille de l’exécution, le père Burrows a demandé à l’administration pénitentiaire la permission d’assister le condamné dans ses derniers instants, autorisation qui a été refusée au motif que seule l’administration judiciaire était en mesure d’autoriser une telle démarche de dernière minute.

Selon le père Burrows, qui s’est exprimé auprès de journalistes de l’AFP et de l’agence catholique Ucanews, les responsables de la prison ont exprimé leur regret de ne pouvoir accéder à la demande et expliqué qu’« il y avait déjà trois assistants religieux [auprès des condamnés à mort] : un bouddhiste, un musulman et un protestant ». « Je leur ai répondu que seul un prêtre catholique pouvait célébrer le sacrement demandé par le condamné », explique encore le missionnaire, qui précise que Marco Moreira a toutefois pu se confier au ministre protestant peu avant d’être attaché devant le peloton d’exécution qui l’a mis à mort. Le père Carolus confie encore que, selon les confidences d’autres détenus du couloir de la mort, Marco Moreira s’est débattu et a crié à l’aide lorsque les gardes l’ont extrait de sa cellule.

Le père Burrows a envoyé des courriers pour exprimer son indignation face à l’attitude de l’administration, courriers adressés à l’ambassade du Brésil à Djakarta, au tribunal local, à ses supérieurs des OMI, à son évêque, Mgr Julianus Kemo Sunarko, de Purwokerto, ainsi qu’à la Conférence des évêques catholiques d’Indonésie et au Saint-Siège.

Incident diplomatique entre le Brésil et l’Indonésie

L’ambassade du Brésil a rencontré le père Burrows, ses envoyés se disant « très déçus » quant au déni d’accès aux derniers sacrements. Le Brésil, qui fait partie des pays qui ont aboli la peine de mort, multiplie actuellement les pressions sur l’Indonésie, un deuxième de ses ressortissants, Rodriguo Gularte, 42 ans, condamné pour trafic de drogue, devant être exécuté sous peu. Le 20 février, la présidente Dilma Rousseff a refusé d’accepter les lettres de créances du nouvel ambassadeur indonésien à Brasilia.

À Djakarta, à la Commission Justice et Paix et pour la pastorale des migrants, le secrétaire de la commission, le père Paulus C. Siswantoko, rappelle l’opposition de l’Église à la peine capitale et déclare : « Tous les condamnés détenus dans les couloirs de la mort ont le droit d’être assisté dans leurs derniers instants par un ministre de leur propre religion ; dans le cas présent, Marco a clairement été victime d’une violation de ses droits fondamentaux dans les dernières minutes de sa vie. Il est très inquiétant que l’État ne puisse pas garantir les conditions [d’une assistance religieuse digne]. »

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