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On a retrouvé la plus ancienne partition de musique sacrée polyphonique

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Datée du début du Xe siècle, elle est dédiée à saint Boniface, patron de l'Allemagne, selon l'université de Cambridge.

La musique sacrée caractéristique de l’Église catholique repose essentiellement sur deux piliers : le chant grégorien et le chant polyphonique. Concernant ce dernier, l’université de Cambridge a annoncé une étonnante découverte, voici à peine deux mois, relatée en détail par le portail New Liturgical Movement : il s’agit d’un fragment de manuscrit contenant la partition de musique polyphonique la plus ancienne connue à ce jour, datée du Xe siècle et dédiée à saint Boniface, patron de l’Allemagne. 
 
L’inscription a été écrite à la fin d’un manuscrit sur la vie de l’évêque de Reims Maternianus, et découverte par hasard par Giovanni Varelli, étudiant préparant un doctorat au St John’s College de l’université de Cambridge, alors qu’il faisait un stage à la British Library à Londres. Spécialiste en écriture de musique ancienne, Varelli a été frappé par la forme de notation inhabituelle de la musique, dans laquelle il a pu identifier deux voix différentes et complémentaires.
 

Un témoignage de la naissance de la polyphonie 

Selon l’analyse de Varelli, la courte antienne, en l’honneur de saint Boniface avec une voix d’accompagnement, a été écrite vers l’an 900, alors que la plus ancienne partition polyphonique à ce jour remonte à l’an 1000. Il existait des traités des années précédentes, qui ont été conservés, sur la façon de composer et d’interpréter la musique à plusieurs voix, mais aucune pièce musicale en tant que telle.
 
Ce morceau musical est resté inconnu sans doute du fait qu’il ait été écrit dans un système ancien incompréhensible aujourd’hui pour la majorité des lecteurs : « Quand j’ai essayé de déchiffrer la mélodie, j’ai réalisé que la musique écrite au-dessus était la même que celle définie par la notation utilisée pour le chant, raconte l’expert. Cette sorte de "diagramme" était donc un morceau à deux voix, basée sur l’antienne de saint Boniface ».

Le compositeur de cette musique ainsi que son appartenance monastique, reste un mystère. Une annotation dans le texte, se référant à la date de célébration d’une mémoire liturgique, suggère un rapport de l’auteur avec les monastères du nord-est d’Allemagne.
 
Autre surprise dans cette découverte est que ce premier morceau musical ne correspond pas aux normes énoncées dans les traités antérieurs connus. « Ce qui est intéressant ici, c’est que nous sommes devant la naissance de la musique polyphonique et que nous ne voyons pas ce à quoi nous nous attendions », a déclaré Varelli au service d’information de l’université de Cambridge. Au lieu de trouver un strict respect des paramètres établis, l’interprétation révèle que la musique était alors dans « un état de flux et de développement », suggérant la possibilité que les compositeurs, même à cette époque embryonnaire, expérimentaient et concevaient des règles plus comme un point de départ que comme des règles à suivre.
 
La musique écrite sur la pièce historique a été transcrite dans le système actuel et les étudiants en musique Quintin Beer et John Clapham l’ont interprétée (voir vidéo ci-dessus).
 
Adapté de l’espagnol par Élisabeth de Lavigne

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