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Une guerre mondiale contre l’État islamique ?

© Public Domain

Sylvain Dorient - Publié le 21/01/15

Alors que l’organisation terroriste réclame une rançon de 200 millions de dollars pour deux otages japonais, il a subi une première attaque au sol des forces canadiennes.

Le monde en guerre contre l’autoproclamé État islamique (EI) – ou Daesh ! L’affiche est alléchante et les événements récents semblent confirmer que la coalition internationale n’est pas un concept vide. Pourtant, l’action d’un contingent canadien ou une prise d’otages ne suffit pas à parler de guerre mondiale… Et les intérêts et les allégeances des pays alliés sont plus subtils qu’un « pour ou contre Daesh ».

L’État islamique en guerre contre le monde

La vision diffusée par la propagande de l’EI a le mérite de la clarté. Le 29 juin 2014, premier jour du ramadan, Abu Bakr al-Baghdadi se proclamait calife, commandant des musulmans du monde. « La légimité de tous les émirats, groupes, États et organisations est annulée par l’expansion de l’autorité du calife et l’arrivée de ses troupes », affirmait son porte-parole Abu Mohammed Al-Adnani. « Écoutez votre calife et obéissez-lui. Soutenez son État qui grandit chaque jour », ajoutait-il dans une déclaration enregistrée et diffusée sur Internet.

Les revendications du « calife » sont délirantes : l’empire qu’il convoite sur les cartes diffusées par son réseau couvre toutes les terres envahies pendant l’expansion de l’Islam au XIIIe siècle. Contre ce calife autoproclamé, une liste d’ennemis impressionnante : des États-Unis à l’Égypte en passant par l’Arabie saoudite et même la Suisse, près de 40 pays qui ont promis de lutter contre le soi-disant État islamique.

C’est ainsi que le Japon, qui a débloqué 200 millions de dollars pour la lutte contre l’EI doit maintenant faire face aux menaces d’exécution de deux de ses ressortissants. Les preneurs d’otages réclament la même somme que celle versée par le pays pour son soutien à la lutte : 200 millions de dollars. Rançon que le Japon refuse officiellement de payer. Le Canada, à son tour, semble entrer dans la lutte avec la déclaration, ce lundi 19 janvier 2015, du gouvernement canadien selon laquelle ses forces spéciales auraient affronté l’EI sur le théâtre irakien.

Oncle Sam, maître du jeu

Certes le « coup de main » des soldats canadiens a pu être apprécié sur place, mais il reste relativement dérisoire au regard des acteurs importants des guerres en Irak et en Syrie. L’armée irakienne régulière, soutenue par des milices chiites a empêché l’EI d’étendre son expansion vers l’est, tandis que les peshmergas kurdes en faisaient autant au nord. L’échec des djihadistes face aux Kurdes s’explique aussi par les frappes menées par l’armée de l’air américaine. Ces frappes ont à plusieurs reprises démontré leur efficacité pour arrêter une offensive en Irak. Même sans troupes au sol, les États-Unis ont les moyens d’influencer fortement le conflit en cours. Et les frappes aériennes ne sont que la partie visible de leur travail.

Une action diplomatique intense a probablement décidé du sort de Kobané. Cette ville stratégique, à la frontière de la Turquie et de la Syrie, se trouvait en grande difficulté au début du mois de septembre, non seulement à cause de l’offensive des djihadistes mais aussi parce que l’armée turque bloquait les renforts kurdes. En fait, alors même que le gouvernement turc affirmait souhaiter lutter contre l’organisation État islamique, il préférait bombarder les dissidents kurdes du PKK (le parti des travailleurs kurdes). Le pays a longtemps utilisé le prétexte de 49 de ses ressortissants détenus en otage par l’EI pour refuser de rejoindre la coalition internationale. Le 19 septembre ses otages lui ont été rendus par Daesh, contre toute logique stratégique « en échange de combattants djihadistes ». Par la suite, des renforts de peshmergas ont pu parvenir jusqu’à la ville de Kobané : difficile de ne pas deviner la puissance des services secrets américains derrière cet épisode !

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État islamique
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