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OPINION. Charlie Hebdo : Jeannette Bougrab, l’autre victime

© Frédéric de La Mure / MAEDI / CC

https://www.flickr.com/photos/francediplomatie/16077571269

Judikael Hirel - Publié le 19/01/15

Dans l'épreuve, il y a ce qui est digne, et le reste. La mise au pilori de la dernière compagne de Charb est un exemple de sectarisme et d'intolérance.

La liberté d’expression serait-elle à géométrie variable selon vos opinions politiques ? Bonne si l’on chante l’Internationale le poing levé à vos obsèques devant plusieurs ministres du gouvernement, interdite, niée si vous êtes une ancienne ministre d’un gouvernement de droite ?

L’assassinat de la rédaction de Charlie Hebdo ne manque pas, ne manquera hélas pas, de provoquer des dommages collatéraux. L’un d’entre eux est une femme, la dernière compagne de Charb, Jeannette Bougrab. Une femme en larmes face à l’exécution préméditée de celui qu’elle aimait. Oui, mais voilà, s’il ne saurait y avoir de limite à la liberté d’expression et aux caricatures, il semble y en avoir à la tolérance : même en 2015, une femme de droite a-t-elle le droit d’aimer un homme d’extrême gauche ? Les sentiments doivent-ils être encartés ? Pour certains, murés dans les dernières lueurs rougeoyantes d’une idéologie rétrograde, il est probable qu’amis et conjoints ne sauraient avoir des opinions politiques différentes, de même que l’on ne saurait réveillonner ensemble sans adhérer au même parti. Voilà une bien étrange définition de la démocratie, du progrès et du vivre ensemble, alors que le « Je Suis Charlie » est censé être devenu le nouveau symbole planétaire de la liberté d’expression…

Négationnisme amoureux

Mais on tombe dans l’ignoble quand la famille de Charb se fend d’un communiqué pour nier la relation entre le caricaturiste et l’ex-ministre. En effet, quelques jours à peine après le massacre, la famille de Stéphane Charbonnier a démenti auprès de l’AFP tout « engagement relationnel » entre elle et le responsable de Charlie Hebdo. « Nous démen­tons formel­le­ment l’en­ga­ge­ment rela­tion­nel de Charb avec Jean­nette Bougrab. La famille ne veut plus que Jean­nette Bougrab s’ex­prime au sujet de Charb dans les médias, de quelque manière que ce soit. » On connaissait la répudiation par voie de dépêche, voici que l’on invente le négationnisme amoureux ? Décidément, 70 ans après avoir vu le jour, l’AFP ne se grandit pas toujours en diffusant de telles nouvelles… Paradoxe amusant, c’est un « ils n’étaient pas mariés » qui sert à justifier a posteriori une telle posture. Soudain, quand l’invoquer est utile, le mariage redevient donc le symbole de la famille.

Après ses déclarations fortes, et étrangement peu reprises dans les médias sur l’antenne de BFMTV, C’est dans les colonnes du Figaro Magazine que Jeannette Bougrab a finalement choisi de se livrer : oui, la famille de Stéphane Charbonnier était moins tolérante que lui et « appréciait peu qu’un homme de gauche et une femme de droite puissent s’aimer ». L’amour pardonne tout, le communisme rien. Digne dans son chagrin, Jeannette Bougrab a finalement répondu au mensonge par l’amour : en dévoilant sa vie privée au grand jour, en publiant sur les réseaux sociaux une photo d’un trio heureux et amoureux : Charb, elle et sa fille. L’avoir obligée à faire cela est indigne. Les mêmes qui se font les chantres du respect de la vie privée ont jeté la sienne en pâture aux corbeaux de l’information, picorant leurs scoops sur les dépouilles du champ de bataille.

Il n’est parfois pas interdit de réagir, au nom de la dignité, de la liberté d’expression et de l’amour, quand des adorateurs de l’un des totalitarismes les plus meurtiers du XXe siècle osent tomber, par idéologie plus que par tristesse, dans un négationnisme amoureux indigne au lendemain même d’un drame national. Qu’une famille n’apprécie pas celui ou celle qui accompagne son enfant, cela est vieux comme le monde. Mais interdire à une femme amoureuse de parler, et même d’être et d’avoir été, l’amener à ne pas assister, par respect pour sa famille, aux obsèques de celui qu’elle aimait, c’est simple : ce n’est pas Charlie. Ou bien ça l’est trop.

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