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OPINION Tout terrorisme et tout islamisme

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Philippe Oswald - Publié le 14/01/15

Pour ne pas stigmatiser l’ensemble des musulmans après la semaine sanglante, Laurent Fabius préconise qu’on parle des « terroristes » en s’abstenant d’ajouter « islamistes ». Je ne trouve pas que ce soit une bonne idée.

Jusqu’où faut-il aller pour observer l’impératif vertueux du « pas d’amalgame » ? Dans la liste des exhortations gouvernementales à ne pas assimiler une poignée de fondamentalistes islamistes exaltés avec la majorité des musulmans de France et d’ailleurs, celle de Laurent Fabius, ministre des Affaires étrangères, a le mérite de la clarté : invité dimanche matin du Grand Rendez-vous Europe 1-iTélé-Le Monde, le ministre a carrément proposé de renoncer à qualifier les terroristes auxquels nous sommes confrontés.

Selon Laurent Fabius, « islamistes » est en trop : « terroristes » suffit. En effet, explique-t-il, « dès lors que vous utilisez le mot islam, vous favorisez une espèce de vision de continuité entre le musulman, qui pratique sa religion qui est une religion de paix, et puis quelque chose qui serait une certaine interprétation de la religion musulmane ».

C’est une idée chère à Laurent Fabius. Il l’avait déjà émise en septembre à l’Assemblée nationale en invitant tous ses collègues ministres et députés à se garder de l’expression « État islamique » pour lui préférer l’énigmatique mot « Daech » afin de ne pas mêler « l’islam, les islamistes et les musulmans » aux « égorgeurs de Daech ». Cette proposition simple, claire et nette, me laisse néanmoins perplexe.

L’islam est d’abord en guerre contre lui-même

Je m’étonne, pour commencer, que Laurent Fabius affirme comme allant de soi que l’islam est une « religion de paix ». On peut certes, fort heureusement, pratiquer l’islam paisiblement, mais cela n’en fait pas pour autant une religion de paix. Elle est souvent associée au symbole du  sabre qui orne l’emblême  du prétendu Etat islamique (ci-dessus) mais aussi le drapeau du pays de la Mecque, l’Arabie Saoudite. Ce n’est pas vraiment un message de paix. Le fait est que 80% des actes de terrorisme perpétrés aujourd’hui dans le monde le sont au nom de l’islam.

Le ministre des Affaires étrangères est bien placé pour savoir que l’islam est en guerre, et avant tout contre lui-même. C’est bien d’abord une guerre de religion entre sunnites et chiites (et leurs alliés alaouites) qui ensanglante le Moyen-Orient, en particulier la Syrie et l’Irak. L’Arabie saoudite, le Qatar, sans doute d’autres pays du Golfe, financent et arment les sunnites, tandis que l’Iran fait de même avec les chiites. C’est une impitoyable guerre de religion dont les minorités, chrétiens, yazidis, kurdes, alaouites, font les frais sans représenter pour autant l’ennemi principal des deux parties. Ils en sont les victimes collatérales.

Les « purs et durs » veulent éliminer les « modérés »

Cette guerre de religion frappe aussi à l’intérieur de chaque camp. Selon la machine infernale de tous les totalitarismes, bien connue depuis la Révolution française avec l’affrontement sans merci entre Jacobins et Girondins, puis dans la Révolution russe avec la lutte à mort entre Bolcheviks et Mencheviks, les « purs et durs » veulent éliminer les « modérés ». C’est particulièrement visible au sein de l’univers sunnite (auquel appartiennent 85% des musulmans du monde), au Nigéria, en Algérie, au Mali, en Libye, au Yemen et jusqu’au Pakistan, et d’ailleurs aussi en Irak et en Syrie où des tribus entières ont été exterminées parce que, quoique sunnites, elles refusaient de faire allégeance au prétendu État islamique en guerre contre la majorité chiite. Mais c’est vrai aussi entre les mouvements terroristes « État islamique », « Al-Qaïda » ou « Boko Haram », engagés dans une course à l’horreur, le plus « pur » étant celui qui se sera montré le plus féroce.

Cette guerre fratricide entre sunnites et chiites est vieille…comme l’islam ou presque, puisqu’elle remonte à la mort de Mahomet, en 632. Elle a pris un tour paroxystique quand la géopolitique contemporaine s’en est mêlée, avec la mise à feu et à sang que fut le démantèlement de l’Irak (merci, M. Bush !).

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Tags:
Islamterrorisme
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