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Chesterton et la liberté offerte par Dieu

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Dieu a préféré nous traiter en gentilshommes plutôt qu’en marionnettes, estimait l'auteur, vu par les jeunes de sa génération comme une « espèce de libérateur chrétien ».

La surprise est une comédie écrite par Gilbert Keith Chesterton en 1932, mais qui fut laissée de côté avant sa révision et qui ne sera publiée que posthume, en 1952. Tout récemment traduite en italien pour la publication d’un recueil, l’œuvre est introduite par un commentaire de l’écrivain britannique Dorothy L. Sayers (1893-1957), qui rappelle combien Chesterton a été, pour les jeunes de sa génération, une « espèce de libérateur chrétien » : « Comme une bombe bénéfique explose à une époque de misère, il a brisé de nombreux vitraux de l’Église pour faire entrer des bouffées d’air frais, dans le tourbillon desquelles les feuilles mortes de la doctrine se sont mises à danser, avec toute l’énergie indécente de l’Acrobate de Notre-Dame ».
 
« Sans nul doute l’Église était, dans ses fondements, glorieuse et immuable comme toujours, mais au début du siècle, elle se présentait de façon, comment dire, malheureuse d’après ce qu’on pouvait en voir de l’extérieur et elle donnait l’impression à l’homme de rue qu’il n’y avait pas grand choix, en dehors d’une moralité complaisante protestante et une piété catholique plutôt affectée, observe Dorothy L. Sayers. Et dès lors que de nombreuses personnes malignes étaient affairées à miner les fondements à la fois de la piété et de la moralité, les chrétiens étaient communément considérés comme des vers à bois, qui en mastiquant dans l’ombre creusaient des galeries dans des poutres destinées à s’effondrer avec l’édifice tout entier ».
 
Il fut donc « stimulant de s’entendre dire que le christianisme n’était pas une chose ennuyeuse mais joyeuse, qu’il n’était pas quelque chose de rétrograde mais d’audacieux, qu’il n’était pas obtus mais au contraire sage et même sagace » ; « ce qui fut surtout revigorant était de voir le polémiste chrétien empoigner des armes offensives et non défensives. »
 
Dans la postface, Annalisa Teggi, traductrice de l’œuvre, souligne que La surprise que Chesterton nous met entre les mains est « l’acte d’amour surprenant qui est à l’origine de la Création et qui existe dans tout le paradoxe de l’éloignement : pour aimer quelque chose, je dois la voir dans son entièreté et donc l’éloigner de moi. Moins je possède une personne, plus je l’aime ».

Un simple marionnettiste le comprend, comme l’Auteur-protagoniste de l’œuvre de l’écrivain anglais, qui « connaît intimement toutes les marionnettes qu’il a construites, pourtant cette forme de connaissance ne lui suffit pas, il veut les voir "être" en dehors du récit qu’il a créé pour elles ».
 
Pour Teggi, « le parfait alter ego de cette comédie », à savoir le livre qu’il serait bon de lire avec cette œuvre théâtrale, est le Franckenstein de Mary Shelley, « le texte qui, plus qu’aucun autre, explore une idée de la Création comme étant un acte volontaire et égoïste ». Le docteur Victor Frankenstein, à la différence du marionnettiste-Auteur de La surprise, désire insuffler la vie à une créature humaine dans un but très clair et tout autre que généreux, en d’autres termes être vénéré en tant que son créateur et source de vie.

« Il serait possible d’attribuer cette même pensée à une divinité créatrice – suggère Teggi – : Dieu créa l’homme pour être aimé et honoré d’une espèce mortelle qui lui devait son existence. C’est plausible ; pourtant cette hypothèse se réduit à un projet mesquin et infiniment moins exaltant si on le compare à ce qui, au contraire, miroite dans le désir du marionnettiste-Auteur de Chesterton », qui affirme : « Ces gens méritent d’être en vie ; ils sont tout sauf vivants. Ils sont intelligents, compliqués, combattifs, brillants ; ils débordent de vie et pourtant ils ne sont pas vivants ».

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