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Voyage en Turquie : les défis du pape François

© Lazhar Neftien

Radio Vatican - Publié le 28/11/14

Le Saint-Père se prépare à repartir ce vendredi matin pour la Turquie. Le journaliste et historien Sébastien de Courtois, spécialiste des minorités chrétiennes au Moyen-Orient, décrypte les pièges que le Pape devra éviter.

Deux voyages en l’espace d’une semaine : c’est un record dans l’histoire pontificale. À peine rentré de Strasbourg, le pape François se prépare à repartir vendredi matin pour la Turquie. Après Paul VI, Jean-Paul II et Benoît XVI, il sera le quatrième pape à visiter ce pays.

Le Saint-Père rencontrera pour la quatrième fois le patriarche œcuménique de Constantinople, Bartholomée, à l’occasion de la fête, le 30 novembre, de saint André, patron du christianisme oriental. Ce voyage aura donc une importante connotation œcuménique. Des rencontres protocolaires avec les autorités figurent également au programme ainsi qu’une grande messe samedi soir dans la cathédrale du Saint-Esprit à Istanbul, à laquelle participera la toute petite communauté catholique, une communauté très variée du point de vue des nationalités, des âges et des conditions sociales.

Mais quels sont les pièges que le Pape François devra éviter ? Romilda Ferrauto a posé la question à l’historien et journaliste français Sébastien de Courtois, spécialiste des minorités chrétiennes au Moyen-Orient et plus particulièrement en Turquie. Écouter cet entretien accordé à Radio Vatican

« Je crois d’abord qu’il ne faut pas forcément voir des pièges. On est dans une époque où il faut beaucoup de franchise et les questions de religion, les questions d’échanges internationaux et diplomatiques sont très importantes. Donc, je ne dirais pas forcément qu’il y a des pièges. Il y a peut-être des prudences parce que le monde turc est très particulier. L’islam turc étant très susceptible sur lui-même et ayant tendance un peu à se considérer au centre du monde musulman. Le gouvernement actuel a l’ambition d’exercer un leadership sur le monde musulman mais en fait, on se rend compte que ce n’est pas du tout le cas. Il faut éviter les erreurs de sémantique, les petites phrases qui peuvent blesser. Mais je ne pense pas que le pape François soit dans cet état d’esprit. Et de toute manière, tout ce qui concerne l’islam, surtout dans l’actualité, est à prendre, bien entendu, avec des pincettes.

Justement, le Pape arrive à un moment difficile, dans un contexte régional troublé qui a des conséquences aussi sur la Turquie, non seulement en ce qui concerne sa politique étrangère mais aussi et surtout, peut-être, en raison de l’afflux massif de réfugiés.
La question des réfugiés est une question très importante. Comme nous le savons, le pape François est très sensible à cette question et il n’est d’ailleurs pas impossible – c’est un peu de la politique fiction – qu’il fasse un geste dans ce sens-là car comme on le sait, la Turquie abrite plus de deux millions de réfugiés sur son sol. C’est énorme !

En ce qui concerne les Arméniens, la question reste extrêmement sensible, explosive même.
Certains commencent à dire que venir en Turquie l’année du centenaire, ce n’est pas approprié. Je ne le crois pas du tout parce que la société turque est en train d’évoluer elle-même sur ces questions-là. La parole s’est libérée des fondations, des associations. Des livres sortent par de grands journalistes turcs. Je pense au petit-fils de Djemal Pacha qui a été l’organisateur de ce génocide. Son petit-fils, Hasan Cemal, qui est un grand journaliste turc, vient de publier un livre qui s’appelle « le génocide arménien » en utilisant le mot « génocide » en langue turque. Ce n’est pas gagné mais ne fermons pas la porte sur tout et ne condamnons pas en avance !

Et l’affaire de Sainte-Sophie que le Pape visitera et que certains voudraient retransformer en mosquée, qu’en est-il exactement ? 
C’est un vieux serpent de mer de la politique intérieure turque. Ca ressort régulièrement au moment des élections. C’est un jeu très dangereux, c’est un symbole politique historique, spirituel très important. Istanbul ne serait rien sans Sainte-Sophie. Donc, je trouve que c’est très dangereux que les hommes politiques turcs jouent avec ce symbole. Et en même temps, il y a de véritables craintes. Il faut avoir peur parce qu’ils ont déjà fait une transformation de musées-églises en mosquées. Je pense à l’église de Saint-Sophie à Trébizonde, cette ville sur la Mer Noire où l’église est ouverte au culte musulman à certaines heures de la journée. On tire de manière très pudique des rideaux sur les fresques qui montrent des personnages de l’Ancien et du Nouveau Testament.

Sébastien de Courtois, vous êtes un spécialiste de la question. À votre avis, est-ce que les chrétiens ont encore un avenir dans cette région du monde ?
Un avenir très difficile. Pour la première fois, cet été, j’ai été bouleversé quand j’ai couvert l’exil des chrétiens de la plaine de Ninive. Pour la première fois, j’ai envisagé la fin possible des chrétiens en Orient et surtout en Mésopotamie qui est, pour le coup, le berceau depuis Antioche à Jérusalem, du christianisme oriental ; avec l’araméen, avec ces rituels qui sont issus de la vieille tradition syriaque. Donc, ils se retrouvent à Istanbul dans la misère noire, dans la détresse la plus totale. Et certains restent depuis 2008, c’est-à-dire depuis les premiers assassinats des chrétiens à Bagdad et à Mossoul. Aucun visa, aucune possibilité, pas d’argent, les filles qui se prostituent… C’est une détresse absolue ! »

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