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Marthe Robin : une rencontre purificatrice !

DR / Foyers de charité
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Parmi les nombreux visiteurs que Marthe a reçus pendant plus d’un demi-siècle dans la chambre où elle était alitée, le jeune Jacques Gauthier. Il se souvient.

Le 7 novembre 2014, le pape François autorisait la Congrégation pour la cause des saints à promulguer un décret reconnaissant l’héroïcité des vertus de Marthe Robin (1902-1981). Cette laïque stigmatisée, fondatrice des Foyers de Charité, est maintenant déclarée « vénérable », un pas important vers sa béatification (Aleteia).

« J’attendais avec fébrilité »

Je vous partage ma rencontre avec Marthe qui a eu lieu le 5 ou 6 septembre 1973, telle que je le relate dans mon carnet de jeûne chrétien, Se purifier pour renaître (Presses de la Renaissance). C’était sûrement un mercredi ou un jeudi, les seules journées où elle recevait les retraitants dans sa chambre.

Je m’étais inscrit à une retraite donnée par le père Finet au Foyer de Charité de Châteauneuf-de-Galaure (Drôme). Je vivais alors à l’Arche de Jean Vanier et j’étais attiré par la vie monastique. Je me souviens très bien de la maison toute simple où Marthe est née et où l’on entrait par la cuisine. Je n’entendais que le tic-tac de l’horloge et le ronronnement d’un chat. J’attendais avec fébrilité qu’un autre retraitant ait terminé sa visite qui ne durait normalement que trois minutes. Je passai enfin dans la chambre sombre de Marthe comme si je plongeais dans un bain du ciel. Je la devinais sur le lit, les pieds repliés sous son bassin. Je me disais qu’elle lisait probablement dans mon âme. Difficile de rester détendu lorsqu’on a vingt-et-un ans, qu’on est un jeune converti plein de fougue et de poésie, et que depuis des jours, on suit avec ferveur les enseignements du père Finet. Marthe se chargea de me couper les ailes et de me ramener sur terre assez brusquement.

Interrompu dans mon petit boniment

Je commençai tout de suite en la remerciant de souffrir pour la nouvelle Pentecôte d’Amour. Gaffe à ne pas faire, car Marthe avait horreur des compliments. Le père Finet nous avait avertis, mais je croyais bien faire malgré ma naïveté apparente et mon amour sincère de Jésus et de l’Église. Elle interrompit mon élan en me demandant d’où je venais. Nul besoin d’être voyante tant mon accent québécois me trahissait. Ça commençait mal. J’avais oublié de me présenter, trop occupé à jouer l’important et à lui faire plaisir par mon petit boniment. Lorsque je lui dis que j’étais à l’Arche pour quelques mois et que je venais du Québec, sa voix claire s’anima. D’une simplicité désarmante, elle me demanda des nouvelles de mon pays, de la température… J’étais désemparé. Je n’étais pas venu la rencontrer pour parler du beau temps et je savais que les minutes étaient comptées. Je lui posai « la » question qui me trottait dans la tête depuis des mois : « Est-ce que Jésus me veut à l’abbaye cistercienne d’Oka, près de Montréal ? ». Sa voix fraîche devint ferme, presque cassante : « Ce n’est pas à moi de dire quoi faire et de prendre des décisions, ma vocation, c’est de prier. Prions ensemble ». J’avais oublié que Marthe était avant tout une femme d’oraison et que la prière était la nourriture de sa vie.

De la colère aux larmes

Nous avons récité lentement un Notre Père, un Je vous salue Marie et, je pense, un Gloire soit au Père. Mais j’étais incapable de prier, parce que trop déçu et humilié. Mon ego en prenait un coup. Une agressivité monta en moi, mêlée d’une frustration. Je me sentais ridicule en priant, rempli de moi-même. Je sortis de la chambre complètement bouleversé, ne sachant pas ce qui m’arrivait. Je me sentais plus mêlé que lorsque j’étais entré. J’étais comme dans un tunnel noir. Il fallait que je trouve une issue. 

Je fondis en larmes à l’extérieur. Je pleurai de rage, comme un enfant abandonné de ses parents. J’étais désespéré. Je criai à Jésus : 

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