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Pourquoi les catholiques commémorent-ils les défunts ?

© Bernd Thaller CC
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La visite des cimetières pour commémorer les défunts et prier pour eux est une profonde expression d'un article du Credo : la communion des saints.

Après avoir célébré la solennité de tous les saints, l’Église invite le 2 novembre à commémorer tous les fidèles défunts, à tourner notre regard vers les nombreux visages qui nous ont précédés et qui ont conclu leur chemin terrestre. Au cours de l’Audience générale du 11 novembre 2011, le pape émérite Benoît XVI avait offert quelques pensées simples sur la mort, une réalité qui, pour les chrétiens, est illuminée par la Résurrection du Christ :

« Ces jours-ci, nous nous rendons au cimetière pour prier pour les personnes chères qui nous ont quittés, comme une visite que nous leur rendons pour leur exprimer, encore une fois, notre affection, pour les sentir encore proches de nous, nous souvenant ainsi, de cette manière, d’un article du Credo : dans la communion des saints, il y a un lien très étroit entre nous qui cheminons encore sur cette terre et tant de nos frères et sœurs qui ont déjà rejoint l’éternité.

Dieu s’est vraiment montré, il est devenu accessible, il a tant aimé le monde « qu’il a donné son Fils unique, afin que quiconque croit en lui ne se perde pas, mais ait la vie éternelle » (Jn 3,16), et dans l’acte suprême d’amour de la Croix, en s’immergeant dans l’abysse de la mort, il l’a vaincue, il est ressuscité et nous a aussi ouvert les portes de l’éternité. Le Christ nous soutient à travers la nuit de la mort qu’Il a lui-même traversée ; il est le Bon Pasteur, à la conduite duquel nous pouvons nous confier sans aucune peur, parce qu’il connaît bien la route, même à travers l’obscurité.

Chaque dimanche, en récitant le Credo, nous réaffirmons cette vérité. Et en nous rendant au cimetière pour prier avec affection et avec amour pour nos défunts, nous sommes invités, encore une fois, à renouveler avec courage et avec force notre foi dans la vie éternelle, et même à vivre avec cette grande espérance et à la témoigner au monde : derrière le présent, il n’y a pas le néant. Et justement, cette foi dans la vie éternelle donne au chrétien le courage d’aimer encore plus intensément notre terre et de travailler pour lui construire un avenir, pour lui donner une espérance véritable et sûre. »

Même si la culture d’aujourd’hui tend à éviter le thème de la mort, celle-ci reste une réalité humaine qui fait peur et exige une réponse.


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« Depuis toujours, l’homme s’est préoccupé de ses morts et a cherché à leur donner une sorte de seconde vie à travers l’attention, le soin, l’affection. D’une certaine manière, on veut conserver leur expérience de vie ; et paradoxalement, la manière dont ils ont vécu, ce qu’ils ont aimé, ce qu’ils ont redouté, ce qu’ils ont espéré et ce qu’ils ont détesté, nous le découvrons sur leurs tombes devant lesquelles les souvenirs se multiplient. Elles sont presque un miroir de leur monde.

Pourquoi en est-il ainsi ? Parce que, bien que la mort soit souvent un thème presque interdit dans notre société, et que l’on cherche continuellement à enlever de notre esprit la seule pensée de la mort, elle concerne chacun de nous, elle concerne l’homme de tout temps et de tout espace. Et devant ce mystère, nous tous, même inconsciemment, nous cherchons quelque chose qui nous invite à espérer, un signe qui nous donne une consolation, qui nous ouvre un quelconque horizon, qui nous offre encore un avenir. La route de la mort, en réalité, est un chemin d’espérance et parcourir nos cimetières, tout comme lire les inscriptions sur les tombes, c’est accomplir un chemin marqué par l’espérance de l’éternité.

Mais nous nous demandons : pourquoi éprouvons-nous de la peur face à la mort ? Pourquoi l’humanité, en grande partie, ne s’est-elle jamais résignée à croire qu’au-delà de celle-ci il n’y a pas que le néant ? Je dirais que les réponses sont multiples : nous avons peur face à la mort parce que nous avons peur du néant, de ce départ vers quelque chose que nous ne connaissons pas, qui nous est inconnu. Et alors, il y a en nous un sentiment de refus parce que nous ne pouvons pas accepter que tout ce qui a été réalisé de beau et de grand durant une existence tout entière, soit effacé à l’improviste, tombe dans l’abîme du néant. Par dessus tout, nous sentons que l’amour rappelle et demande l’éternité, et il n’est pas possible d’accepter qu’il soit détruit par la mort en un seul instant.


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De plus, nous avons peur face à la mort parce que, lorsque nous nous approchons de la fin de notre existence, nous avons le sentiment d’un jugement de nos actions, de la manière dont nous avons conduit notre vie, surtout des zones d’ombres qu’avec habileté nous savons souvent refouler ou que nous tentons d’éliminer de notre conscience. Je dirais que cette question du jugement est souvent à la base de l’attention de l’homme de tous les temps aux défunts, l’attention envers les personnes qui ont été importantes pour lui et qui ne sont plus à ses côtés sur le chemin de la vie terrestre. En un certain sens, les gestes d’affection, d’amour qui entourent le défunt sont une manière de le protéger, avec la conviction qu’ils ne restent pas sans effet sur le jugement. Tout cela, nous pouvons le saisir dans la majorité des cultures qui caractérisent l’histoire de l’homme.

Aujourd’hui, le monde est apparemment devenu plus rationnel, ou plus exactement, on tend à penser que chaque réalité doit être affrontée avec les critères de la science expérimentale et qu’il ne faut pas tant répondre par la foi à la grande question de la mort, mais en partant de connaissances expérimentales, empiriques. On ne se rend pas suffisamment compte que l’on finit ainsi par tomber dans des formes de spiritisme, dans la recherche d’un certain contact avec le monde au-delà de la mort, en imaginant presque qu’il existe une réalité qui, finalement, serait une copie de celle présente.

Le chrétien vit la mort dans l’espérance car si l’éternité n’existe pas, la vie dans ce monde n’a plus de sens.

« La solennité de la Toussaint et la commémoration de tous les fidèles défunts nous disent que seul celui qui peut reconnaître une grande espérance dans la mort peut aussi vivre une vie à partir de l’espérance. Si nous réduisons l’homme exclusivement à sa dimension horizontale, à ce que l’on peut percevoir de manière empirique, la vie même perd son sens profond. L’homme a besoin d’éternité, et tout autre espérance pour lui est trop brève, trop limitée. L’homme n’est explicable que s’il existe un Amour qui dépasse tout isolement, y compris celui de la mort, dans un tout qui transcende aussi l’espace et le temps. L’homme n’est explicable, il ne trouve son sens le plus profond, que si Dieu existe. Et nous savons que Dieu est sorti de son éloignement et s’est fait proche, il est entré dans notre vie et nous dit : « Je suis la résurrection. Qui croit en moi, même s’il meurt, vivra ; et quiconque vit et croit en moi ne mourra jamais » (Jn 11, 25-26).

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