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Témoignage : la Passion de saint Jean Paul II

Herman Valencia

Philippe Oswald - Publié le 22/10/14

Sans être un intime du saint pape, j’ai eu la grâce de l’approcher en diverses circonstances au long de ses presque 27 ans de règne. J’ai rencontré le « sportif de Dieu » et le serviteur souffrant.

 Avoir connu un saint, se souvenir de sa voix, de ses paroles, de son contact, c’est une grâce plus fréquente qu’on ne se l’imagine. Evidemment, quand celui-ci était un pape, et sans doute le plus célèbre des successeurs de saint Pierre, on risque moins de passer à côté.

Le « sportif de Dieu »
En cette première fête liturgique de saint Jean Paul II, canonisé par le pape François le 27 avril dernier, quels sont mes souvenirs les plus marquants ? Son élection, bien sûr, si surprenante, enthousiasmante, le premier pape slave, un polonais, un héros bravant le rideau de fer et lançant au monde entier : « N’ayez pas peur !», mais c’était devant la télévision… Ensuite, sans intermédiaire, sa première visite apostolique en France, du 30 mai au 2 juin 1980. Il était alors rayonnant de force et de santé, et le cardinal Marty l’avait présenté aux jeunes réunis au Parc des princes comme « le sportif de Dieu ». Privilège de journaliste, je le voyais de près pour la première fois à l’UNESCO : quelle prestance, quel éclat, quel rayonnement émanait de cet homme en blanc  qui nous consolait d’avoir perdu ses deux prédécesseurs de maladie au cours de l’été 1978. Un pape pouvait donc être jeune et en pleine forme !
Dynamisme, humour, joie communicative, prodigieuse aisance d’élocution dans de multiples langues, Jean Paul II entreprenait sa centaine de voyages en nous rendant la fierté d’être catholiques. Quel leader mondial pouvait rivaliser avec lui ? En outre, ce grand frère était un père, spécialement pour nous, jeunes familles, qui prenions tout à coup la première place dans l’Eglise quand nous l’entendions dire et redire que la nouvelle évangélisation passait par la famille, «route de l’Eglise». Si cela nous paraît aujourd’hui une évidence, c’est à Jean Paul II que nous le devons. Le coup de génie des JMJ amplifia ce bain de jouvence, suscitant chez les moins de trente ans d’innombrables vocations sacerdotales, religieuses, et familiales.

Le serviteur souffrant
Dix-sept ans plus tard, à Rome, après l’avoir suivi dans plusieurs de ses voyages, je lui étais présenté par le cardinal Lopez Trujillo à l’issue d’une rencontre du Conseil pontifical pour la famille (photo). Son dos puissant s’était voûté. Il accusait le poids de sa charge, aggravé par l’attentat de la place Saint-Pierre (13 mai 1981) et par diverses opérations chirurgicales. Mais ce qui m’a surtout marqué, c’est sa poigne ! Il m’a en effet empoigné le bras et ne l’a pas lâché pendant les quelques minutes de l’entretien. Dix-sept ans, de nouveau, ont passé, et je ressens encore cette étreinte … C’est flatteur, bien sûr, un pape qui vous traite en intime ! Mais j’ai compris ensuite, en le voyant marcher avec une canne, que Jean Paul II ressentait déjà en 1997 les vertiges et pertes d’équilibre de la maladie de Parkinson qui devait l’emporter huit ans plus tard. J’avais soutenu le pape…
 C’est un vieillard courbé que je devais revoir en tête à tête l’année suivante, puis, avec les journalistes, à l’occasion du jubilé de l’an 2000. Après le dos, la nuque s’était affaissée. Il fallait se pencher pour rencontrer son regard. Mais la lumière était là, mieux qu’intacte, intense, profonde, comme intériorisée.
Les Français ont pu être témoins de l’avant-dernier acte de la passion de Jean Paul II, huit mois avant sa mort, lors de son dernier voyage à Lourdes, le 15 août 2004, pour la fête de l’Assomption, en l’année du 150ème anniversaire de la promulgation du dogme de l’Immaculée Conception. J’écrivais alors dans Famille Chrétienne : « Le pèlerinage du vieux pape souffrant dans la Cité mariale restera dans l’histoire de l’Eglise et dans celle de la France comme un de ces actes d’héroïsme qu’inspire un  motif plus élevé que les considérations terrestres, un parce que supérieur à tous les pourquoi. La formidable énergie qu’il lui aura fallu déployer en luttant contre l’épuisement et contre la paralysie, est un acte de foi plus éloquent encore que ses prières et ses discours, auxquels ne manquaient pourtant ni la force, ni la gravité. Les médecins qui connaissent la maladie de Parkinson et les effets implacables de son évolution ont été saisis par la performance. »

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Pape Jean Paul II
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