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Les « parents orphelins » à la recherche de leurs enfants jihadistes

© Al Furqan

Radio Vatican - Publié le 16/10/14

900 jeunes ont laissé derrière eux des familles éplorées et désemparées, qui s’unissent pour ramener de Syrie leurs enfants embrigadés par des groupes jihadistes.

 Ils s’appellent Adèle, Célia, Mohammed ou Rachel. Ils ont 14, 15, 16 ans, sont issus de familles chrétiennes, juives, musulmanes, ou athées, et ont un point commun : endoctrinés via internet, ils sont partis faire le jihad en Irak et en Syrie.

C’est ce combat que raconte Dounia Bouzar, anthropologue du fait religieux, dans son dernier ouvrage, « ils cherchent le paradis, ils ont trouvé l’enfer », aux éditions Epreuves. Un combat de longue haleine, une course contre la montre même, qui s’est parfois effectuée devant l’indifférence des autorités, comme elle l'explique à Manuella Affejee, de Radio Vatican :

Les familles chrétiennes, juives, athées ou même maghrébines allaient voir la police ou l’assistance sociale. Les gens prenaient cela à la légère en disant « Nous, on a bien fait des crises d’adolescence, on avait des périodes punk. C’est l’adolescence. » ou alors ils disaient aux parents « Votre enfant se converti. Acceptez que votre enfant change de religion. C’est la liberté. Laissez-le autonome ». Mais les parents étaient désespérés parce qu’ils savaient bien qu’arrêter l’école au nom de Dieu, arrêter la musique au nom de Dieu, arrêter la peinture au nom de Dieu et arrêter de voir ses anciens amis au nom de Dieu, ce n’était pas une conversion. Ils voyaient bien que l’enfant n’était plus lui-même mais ils sentaient très bien qu’ils étaient doublement seuls au monde. Quelqu’un leur a arraché leur enfant, un ennemi invisible. Et les autorités disaient que c’était juste un changement de religion, juste une crise d’adolescence. Ils pouvaient même dire parfois aux gens « Vous vous inquiétez de trop. Ne soyez pas des parents angoissés ». Donc, c’est allé très loin.

L’attitude est-elle la même aujourd’hui ? Le gouvernement et les autorités ont-ils pris la mesure, selon vous, de ce phénomène inquiétant ?
Dounia Bouzar : Alors, ça a changé. Je  raconte dans le livre comment ces familles vont voir le ministre de l’Intérieur, comment le ministre de l’Intérieur comprend la situation, comment il met en place ce fameux numéro vert en leur donnant des interlocuteurs où elles ont enfin un endroit pour appeler et déjà pour savoir si effectivement l’enfant est en danger ou pas, quand elles ont un doute. Est-ce que l’enfant veut faire son intéressant ? Est-ce que c’est une crise d’adolescence ? Est-ce qu’il se convertit ? Est-ce qu’il est embrigadé ? Donc, elles ont enfin des interlocuteurs. Et puis, elles peuvent demander à fermer les frontières en disant « C’est mon enfant, empêchez-le de sortir. Il est en danger ». Ca a quand même beaucoup évolué. Mais c’est finalement à la fois très rapide et très récent.

Selon vous, comment protéger les enfants ? Et de quels outils de prévention dispose-t-on aujourd’hui pour le faire ?
Dounia Bouzar : En communiquant sur les signes de rupture. On a aujourd’hui régulièrement quatre à cinq nouvelles familles qui nous appellent dans notre association. Les parents ont bien compris qu’avec un enfant qui se met en auto-exclusion, en exclusion des autres, on n’est pas dans le religieux. On a martelé le fait que « religion » vient de « religere », accueillir et le mot « secte » vient de couper et séparer. Dès lors que c’est par des autres, au nom du religieux, ce n’est plus de la religion et en mettant en avant cet indicateur d’alerte, je pense qu’on a énormément gagné en prévention. C’est-à-dire qu’avant les parents appelaient et c’était presque trop tard. Là, maintenant, les parents appellent dès qu’ils voient les premiers signes de rupture. Le problème qu’on a, c’est que beaucoup de classes sociales moyennes ou supérieures appellent. Par contre, je pense que les classes populaires ont peur qu’on fiche leur enfant, qu’on le discrimine, que plus jamais il ne puisse être vu comme un citoyen normal. Les classes populaires nous appellent peu ou nous appellent quand c’est trop tard, quand l’enfant a déjà fugué. Donc, on a encore un souci pour sensibiliser les classes populaires, que ce soit à notre niveau, le CPDSI (Centre de Prévention contre les Dérives Sectaires liées à l’Islam) ou le numéro vert. Il reste encore cette étape à franchir en termes de prévention.

Tags:
djihadiste
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