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« Madame le Président », c’est cher l’article !

© JACQUES DEMARTHON / AFP

do not use this photo without contacting the image department<br /> <br /> <br /> FRANCE-POLITICS-GOVERNMENT Julien Aubert, French right-wing Union pour un Mouvement Populaire (Union for a Popular Movement, UMP) party member of parliament representing Vaucluse, attends a session of questions to the government at the French National Assembly in Paris on July 9, 2014. AFP PHOTO /JACQUES DEMARTHON

Philippe Oswald - Publié le 08/10/14

Une passe d’armes linguistique entre le député UMP Julien Aubert et la socialiste Sandrine Mazetier se solde par une amende de 1 378 euros infligée par celle-ci à celui-là !

C’est un de ces débats dont la France a le secret : dans notre pays, on mourrait pour un mot et même pour une lettre. Surtout si elle désigne le genre ! Le député du Vaucluse Julien Aubert n’en mourra pas, mais il a tout de même été mis à l’amende, et salée : 1 378 euros, soit le quart de son indemnité mensuelle de parlementaire. 1378 euros pour avoir dit « le » au lieu de « la » !   
           .
Rappel des faits : alors qu’hier soir, dans l’hémicycle, Sandrine Mazetier, Vice-présidente socialiste de l’Assemblée nationale, présidait les débats, Julien Aubert, député UMP, s’est adressé à elle en la nommant deux fois «Madame le Président» et en donnant du «Madame le Ministre» à Ségolène Royal. Chatouillée, Sandrine Mazetier  le tance : « C’est un rappel à l’ordre sans inscription au procès-verbal. La prochaine fois…», commence-t-elle, (- « le goulag » glisse, espiègle, le député UMP Eric Ciotti) «…il y aura inscription au procès-verbal», menace-t-elle. L’autre, évidemment, a récidivé.

 Ces deux-là se connaissent bien, disons même qu’ils se cherchent. Ils s’étaient déjà frittés en janvier dernier quand Julien Aubert avait une première fois nommé Sandrine Mazetier « Madame le Président », alors que l’Assemblée nationale s’est donné pour règle de féminiser la fonction depuis seize ans. Une circulaire émise en 1998 par le Premier ministre Lionel Jospin ordonne en effet « de recourir aux appellations féminines pour les noms de métier, de fonction, de grade ou de titre dès lors qu’il s’agit de termes dont le féminin est par ailleurs d’usage courant (par exemple, la secrétaire générale, la directrice, la conseillère)».  La décision, à l’époque, avait provoqué l’ire de l’Académie française au nom du bon usage, « le » désignant non seulement le masculin mais aussi le neutre appliqué ici à la fonction : « L’emploi du féminin dans La ministre, et dans Madame la Ministre, … constitue une faute d’accord résultant de la confusion de la personne et de la fonction», explique la 9e édition du Dictionnaire de l’Académie Française (Libération). « Moi j’applique les règles de l’Académie française », proteste donc Julien Aubert (Le Rouge et le Noir).

 Mais l’Académie française a été créée par Louis XIII et Richelieu, l’Assemblée nationale par la Révolution.  Les députés ont beau siéger au Palais Bourbon, les immortels et leur « bon usage » n’y sont guère en faveur, du moins sur les bancs de la gauche. Et quand la politique se teinte d’idéologie, elle entend tout régenter, même la langue. Ardente militante féministe, Madame Mazetier veut par exemple qu’on débaptise les écoles maternelles, jugeant l’adjectif « sexiste ». Voilà qui donne envie d’entrer en résistance contre la « novlangue » (Le Figaro).

L’affaire aura des suites. L’opposition, c’est de bonne guerre, la monte en épingle : « Ils veulent politiser le langage pour en faire une arme de réforme de la société. On veut me faire plier à l’idéologie », clame Julien Aubert qui a beau jeu de comparer son sort à celui de l’ex-socialiste mais toujours député Thomas Thevenoud que sa phobie pour les déclarations d’impôt n’a pas privé de ses indemnités. Qu’on se rassure toutefois pour la fin de mois de Julien Aubert : dans un bel élan de solidarité, les députés UMP vont se cotiser. Et passer à la contre-offensive, au nom du bon usage, de la liberté d’expression, mais surtout du droit : « L’Assemblée, c’est un des rares endroits où la victime présumée vous verbalise elle-même, ça pose des questions juridiques», constate le condamné qui envisage de saisir le Conseil constitutionnel et la Cour européenne des droits de l’homme. Mais il n’aura sans doute pas besoin de monter si haut : selon l’enquête menée par Causeur, l’article 19, alinéa 3, de l’instruction générale du Bureau de l’Assemblée nationale n’est pas destiné aux députés mais aux rapporteurs des débats : si eux sont tenus depuis le 14 mai 1998 de rédiger les comptes rendus en féminisant les titres au mépris des règles académiques, l’injonction ne s’étend pas aux parlementaires eux-mêmes… Un bon feuilleton récréatif en perspective, et pas si futile que ça.

Tags:
academie francaiseAssemblée nationale
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