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Chroniques de Syrie : quand la guerre transforme un chanteur soufi en tyran

Liisa Neste

Sylvain Dorient - Publié le 07/10/14

Issa Touma, photographe à Alep, nous raconte le destin d’Ahmad Habboush, un excellent chanteur Soufi, devenu prince de Bab Al Hadid et...tyran.

En juin 2012, je traversais la zone de Maysaloun pour me rendre au commissariat de police d’Arcoub, afin de déposer une plainte au sujet du pillage de ma maison [Ndlr : à Alep, la maison de l’auteur a été saccagée par les rebelles] peu auparavant.
Avant de parvenir jusqu’au commissariat, j’ai dû courir comme un fou avec un groupe de civils qui cherchaient refuge sous le pont de Maysaloun, à cause d’un sniper de l’opposition. C’était un sentiment incroyable, de se retrouver là, environ vingt civils sous un pont sachant que, très probablement, nous n’en sortirions pas tous… Mais ce jour-là, nous avons tous survécu… J’ai pu progresser à travers cet espace vide qui me séparait d’Arcoup, malgré les soldats de l’armée syrienne qui sortaient de leurs caches pour me contrôler.

Le commissariat était presque vide ; certains policiers dormaient. J’étais avec une autre personne qui habitait le même bâtiment ruiné que moi et qui tentait d’accomplir les mêmes formalités administratives. Dans un coin se tenait un vieil homme qui venait de la zone rebelle de Bab al-Hadid ; je lui ai immédiatement demandé des nouvelles de Cheik Ahmad Habboush… Le vieil homme a semblé effrayé en entendant ce nom. Mais après un temps de silence, il se mit à parler : "Nous avons beaucoup souffert sous le Cheik Ahmad ! Après s’être autoproclamé Prince de Bab al-Hadid, son fils et lui ont fait des choses terribles dans le voisinage. Son fils aîné a réquisitionné ma maison et en a fait un nid de snipers pour tirer sur l’Armée gouvernementale qui patrouillait dans la Citadelle d’Alep… Alors l’armée syrienne a bombardé ma maison, c’est pour cela que je suis ici… Les fils d’Ahmad Habboush nous ont presque tout pris, ils demandaient de très lourdes taxes, ils prenaient les femmes qu’ils voulaient et nous étions traités comme leur propriété privée… comme leurs esclaves."
" Mais la semaine dernière, continua-t-il, le gouvernement a bombardé la maison arabe [Ndlr : Maison traditionnelle dans laquelle plusieurs familles vivent ensemble] de Cheik Hamad. Et dans ce bombardement, il a perdu deux de ses fils. Le lendemain, il déménageait dans le bâtiment Hemami [Ndlr : En Syrie, les bâtiments sont souvent nommés à partir du nom de famille de son premier occupant] avec toute sa famille." Je fus choqué d’entendre tout cela, car à Alep nous connaissions tous Ahmad Habboush comme un paisible chanteur du répertoire Soufi. Il chantait avec des musiciens célèbres et a jadis participé à beaucoup de ces grands groupes qui font d’Alep  le centre rayonnant de la musique Soufie.

Les débuts de Cheik Ahmad
J’ai rencontré Cheik Ahmad il y a plus de quatorze ans. J’étais intéressé par lui dans le cadre de mon travail sur les Soufis. Mais notre première rencontre m’a convaincu qu’il n’avait aucun lien avec la philosophie Soufie. Cheik Hamad dirigeait la Zawiya [école islamique] de son père, dans le quartier de Bab Al Hadid. Il a une voix merveilleuse. Je ne me souviens pas exactement de quand il a commencé ses concerts à Alep et aux alentours. Mais nous avions vite été conquis par cette voix, et il accompagnait de nombreux groupes lors de leurs concerts dans les grandes capitales européennes.
Il gagnait bien sa vie, mais comme pour beaucoup d’autres gens de son monde et de milieux humbles qui connaissent le succès, il célébra sa réussite avec une nouvelle femme… Si bien que début 2011, il avait pratiquement une armée d’enfants et de petits enfants prêts à prendre part à la révolution syrienne, mais selon ses conditions…

Une enquête sur une fatwa
En mai 2006, un écrivain occidental était occupé à enquêter sur une fatwa. Selon lui, elle venait d’Al-Azhar (au Caire) [

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Tags:
Syrie
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