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Célibat des prêtres : stop ou encore ?

© P.DELISS / GODONG
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Le célibat sacerdotal passe pour être un caillou dans la chaussure de l’Eglise, un archaïsme cruel, responsable de la crise des vocations et des scandales pédophiles. Des lieux communs qu’explore et démonte une passionnante enquête de Jean Mercier.

Pour les médias et une grande partie de l’opinion, même catholique, la cause est entendue : le « mariage des prêtres » serait une mesure salutaire. Ils deviendraient enfin des hommes « comme tout le monde », tant la relation affective et  sexuelle semble le parcours obligé d’une vie réussie. Glissons sur le paradoxe de cette soudaine promotion du mariage par ailleurs en perte de vitesse et dévalorisé -sauf s’il s’agit du « mariage gay » qui passe encore pour une « avancée citoyenne » (ses promoteurs ne manqueraient d’ailleurs pas de réclamer que des prêtres puissent en bénéficier sitôt aboli le célibat sacerdotal…).

 Il reste que face à la pénurie des vocations sacerdotales, l’idée de permettre l’ordination d’hommes mariés  fait son chemin dans l’Eglise. La question d’un changement ou du moins d’une inflexion de la discipline de l’Eglise catholique sur le célibat sacerdotal est aujourd’hui posée ouvertement  par des évêques et par le pape François lui-même.
Journaliste, rédacteur en chef adjoint à l’hebdomadaire La Vie, en charge des questions religieuses, Jean Mercier ne se satisfait pas des lieux communs et des idées toutes faites. Au terme d’un véritable audit sur le célibat sacerdotal, il livre un dossier complet, explorant les aspects historiques, théologiques et spirituels, et riches de nombreux témoignages de prêtres célibataires et mariés, et parfois des épouses de ceux-ci. C’est finalement une étude de la faisabilité de l’ordination d’hommes mariés qu’il propose.  L’Eglise lui en saura gré.  
 
Vous avez mené une longue enquête sur la question du célibat des prêtres. Avez-vous eu des surprises en travaillant sur ce sujet qui semble rebattu ?
Jean Mercier : Oui, car je me suis confronté aux idées reçues. On entend par exemple que l’Eglise devrait renouer avec sa pratique du premier millénaire, à savoir l’ordination d’hommes mariés à la prêtrise. Ce que l’on sait moins, c’est qu’ils étaient astreints, comme leurs épouses, à la continence sexuelle. On occulte en général ce “détail” !
Une autre idée reçue est que l’impossibilité de vivre le célibat serait la cause du départ de certains prêtres pour se marier. Mais ceci empêche de voir d’autres enjeux. Un prêtre qui tombe amoureux, c’est souvent un homme déçu – par sa paroisse, son évêque – et trouve ainsi une issue à sa crise “conjugale” avec l’Eglise, même de façon inconsciente. Cela s’apparente à ce que fait un homme marié quand il part pour une autre femme. Le célibat semble le coupable idéal. Mais le conflit est souvent ailleurs : dans le rapport du prêtre à son image idéale et à l’Eglise.
 
On croit souvent qu’il n’y a pas de prêtres mariés au sein de l’Eglise catholique ? Vous démontrez que non.
J. M. : Oui. Il y a des prêtres mariés dans l’Eglise catholique, notamment dans les Eglises orientales, qui ont reçu leur modèle des Eglises orthodoxes, où existe un clergé à double niveau : les curés de paroisse, mariés, mais aussi des prêtres célibataires, assimilés à des moines.
Mais il y en a aussi entre 300 et 400 dans l’Eglise latine d’Occident, qui sont d’anciens ministres du culte protestant ou anglican, ordonnés prêtres bien que mariés par dérogation du Saint Siège. J’explore dans mon livre cette réalité méconnue. On ignore par exemple que c’est l’épouse qui doit faire bouillir la marmite. La disponibilité apostolique du prêtre marié dépend donc de la mobilité professionnelle de son épouse. Et c’est donc compliqué !
 
N’est-il pas paradoxal que les deux papes qui ont permis l’accès au sacerdoce d’hommes mariés au sein de l’Eglise catholique de rite latin, Jean Paul II et Benoît XVI, soient catalogués comme  «conservateurs» ?

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