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Ukraine/Russie : une invasion, cette guerre entre cousins ?

Foto AP/RIA Novosti, Alexei Nikolsky

Philippe Oswald - Publié le 01/09/14

Pas besoin d’en rajouter sur la gravité de la crise ukrainienne : n’en déplaise au futur président du Conseil européen, l’Ukraine de 2014 n’est pas la Pologne de 1939…et Poutine n’est pas Hitler.

 Le 1er septembre 1939, il y a soixante-quinze ans, Hitler envahissait la Pologne. La tentation offerte par cet anniversaire était trop forte. Tout auréolé de sa nomination à la tête du Conseil européen (il succédera le 1er décembre au Belge Herman Van Rompuy, Les Echos), Donald Tusk, le Premier ministre polonais, s’est risqué à un parallèle entre l’invasion de son pays par les nazis et l’offensive des pro-russes chez son voisin ukrainien (cf. RFI)

Mais comparaison n’est pas raison. Les pro-russes de l’est de l’Ukraine n’envahissent rien puisqu’ils sont chez eux, et largement majoritaires. En outre les rapports historiques de la Russie et de l’Ukraine se situent dans un « pré carré » slave que symbolisa jadis la principauté de Kiev appelée « Rus’ de Kiev» qui fut l’état le plus étendu d’Europe au XIe siècle, avant que Moscou ne l’emporte sur Kiev. Russes et Ukrainiens sont de proches cousins liés par une longue (et tumultueuse) histoire commune. Leurs langues sont proches phonétiquement et lexicalement. Tandis que la proximité géographique entre  l’Allemagne et la Pologne a presque toujours exacerbé leurs antagonismes ethniques, culturels et économiques.

Après leur contre-offensive victorieuse contre les troupes de Kiev (Le Nouvel Observateur), les insurgés contrôlent près de 50% du territoire des régions de Donetsk et de Lougansk. Ils annoncent carrément que leur prochain objectif est le port stratégique de Marioupol, à près de 100 km au sud de leur bastion, Donetsk, qui relie par la côte la frontière russe à la péninsule ukrainienne de la Crimée réintégrée à la Russie en mars.
Poutine est en position de force pour rendre à la Russie son pré-carré qu’il nomme, en reprenant l’expression des tsars, la « Novorossia » (lire sur Aleteia). Il n’a pas besoin pour cela d’annexer l’Ukraine comme il a récupéré la Crimée. Le 31 août, le président russe a évoqué pour la première fois la création d’un Etat « tampon » entre la Russie et l’Ukraine : « Nous devons commencer immédiatement des discussions substantielles (…) sur des questions touchant à l’organisation politique de la société et à un statut étatique pour le sud-est de l’Ukraine afin de protéger les intérêts légitimes des personnes qui y vivent » (Le Monde).

 « Jusqu’à présent, la Russie avait seulement demandé que les régions orientales de l’Ukraine, majoritairement russophones, aient davantage d’autonomie dans un système fédéral moins centralisé », relève Le Parisien.
L’Union européenne a donné une semaine à la Russie pour rapatrier ses troupes et a nommé Donald Tusk comme pour défier Moscou. Mais on peut parier que l’évocation à Bruxelles de nouvelles sanctions économiques n’aura pas fait ciller Poutine, persuadé que les intérêts des uns et des autres auront vite fait de reprendre le dessus. Qualifiant de « piques » les menaces des Occidentaux, il a appelé les uns et les autres au « bon sens » tandis que le chef de la diplomatie russe, Sergueï Lavrov, demandait qu’un « cessez-le-feu immédiat et sans conditions » soit discuté ce lundi à Minsk.
Quant à la marge de manœuvre des Occidentaux, on ne la connaîtra qu’à l’issue de la rencontre entre le président américain Obama et son homologue ukrainien au sommet de l’Otan les 4 et 5 septembre au Royaume-Uni. Car c’est une fois de plus entre Washington et Moscou que la partie se joue.

(Légende photo : en position de force, Poutine évoque pour la première fois la création d’un état tampon entre la Russie et l’Ukraine).

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