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Musées du Vatican : « La charité de la beauté, c’est notre métier et notre devoir »

La rédaction d'Aleteia - publié le 24/08/14

Le directeur des Musées du Vatican parle de l'art comme forme de charité et dévoile quelques nouveautés sur la Chapelle Sixtine.

Plus de 7 kilomètres de long, 5 459 000 visiteurs rien qu’en 2013. De 20 à 25 000 passages journaliers. Tels sont les chiffres clés des Musées du Vatican qui, avec plus de 100 000 oeuvre d’art, sont le troisième complexe muséal le plus visité au monde. 
Au-delà  la valeur artistique, historique et culturelle de ces musées, le 26 novembre 2006, Benoît XVI avait écrit que ceux-ci représentaient une vision hétérogène de l’humanité et en tant qu’institution. Avec comme conséquence directe une grande responsabilité dans la diffusion du message chrétien. Aleteia a rencontré le professeur Antonio Paolucci, directeur des Musées du Vatican depuis 2007, expert international d’histoire de l’art, qui fut par ailleurs ministre pour les Biens Culturels de 1995 à 1996 au sein du Gouvernement italien.

Pourquoi l’art est-il si important dans l’histoire de l’Eglise et de l’humanité ?
Antonio Paolucci : Il faut connaître un peu l’histoire de l’Eglise pour comprendre ce qui s’est produit entre le II et le IIIè siècle, dans les premiers siècles de l’ère chrétienne. A cette époque, il s’est produit quelque chose d’extraordinaire et d’important : à la différence des autres religions du livre, judaïsme et islam, le christianisme a choisi les figures. Cela peut paraître idiot, mais ce fut un choix plein d’avenir car il n’y aurait pas d’histoire de l’art : il n’y aurait pas la Ronde de nuit de Rembrandt, il n’y aurait pas les Tournesols de Van Gogh, ni le Guernica de Picasso si l’Eglise à cette époque n’avait pas choisi les figures. C’était un hasard, une chose très risquée, parce que le christianisme dérivait du judaïsme qui était la culture la plus férocement aniconique de la Méditerranée. Encore à ce jour, aussi bien pour les juifs que pour les musulmans, la représentation des prophètes est interdite. 

Pensons à la difficulté de Saul de Tarse, que nous connaissons sous le nom de Paul, juif d’origine, lorsque dans la Première Lettre aux Colossiens a écrit cette phrase incroyable : à savoir que le Christ est l’image du Dieu vivant. Un juif ou un musulman diraient que c’est un blasphème. Pourtant l’Eglise a eu le courage de suivre cette ligne en choisissant de représenter les vérités de la foi et les épisodes de l’Evangile avec les figures, utilisant les styles de l’époque ; le naturalisme et l’illusionnisme hellénistique, l’art des grecs et des romains. On a été jusqu’à utiliser les iconographies des cultes et religions antiques, ce qui fait que lorsque dans les sarcophages, Daniel est représenté dans la fosse au lions, il a l’apparence d’Hercule : nu et vainqueur, tel que le représentaient les sculpteurs de l’époque. Nous pensons aussi au Christ, auquel l’on donne l’image de Phoebus (Apollon). En somme, ils utilisaient les outils linguistiques et iconographiques de la culture ancienne en insérant des symboles chrétiens : c’est ainsi qu’est née l’histoire de l’art, que nous appelons chrétienne, qui a produit toutes les formes d’art successifs. Si l’Eglise de Rome avait fait le choix des musulmans et des juifs, c’est-à-dire l’aniconisme, il n’y aurait pas eu d’histoire de l’art.   

Et concernant le binôme culture-spiritualité?
Antonio Paolucci : Il convient de préciser que les deux ne sont pas en contradiction parce que la culture, si elle est ainsi, est toujours spirituelle parce qu’elle touche ce que l’on ne voit ni ne touche. La culture, la pensée, la philosophie, impliquent l’aspect de l’homme qui relève de choses invisibles et intangibles : qu’est-ce que l’homme ? Quel est son destin ? Tout cela est spirituel. Ainsi, il n’y a pas de compétition entre culture et spiritualité. Ce que nous appelons spiritualité n’est autre qu’une modulation de ce que nous appelons culture.

Que répondez-vous aux personnes qui disent que le Pape devrait vendre les trésors comme ceux des Musées du Vatican pour faire don de l’argent récolté aux pauvres?
Antonio Paolucci : Si le Pape vendait les oeuvres des Musées du Vatican, le résultat serait que les pauvres deviendraient plus pauvres encore qu’aujourd’hui, parce que les masses qui entrent dans les Musées ont de l’Eglise la charité de la beauté, qui est la forme de charité la plus belle qui soit. L’Eglise a récolté pour eux ces oeuvres à travers les siècles. La charité de la beauté, c’est notre métier et notre devoir. C’est un bien intangible, qui ne se consomme point et qui est pour les hommes et les femmes d’aujourd’hui, de même que pour ceux qui doivent encore naître. 

Vous avez affirmé que l’art aidait à rendre les gens citoyens…
Antonio Paolucci : C’est la fonction civile de l’art et des musées : prenez un Italien qui voit Raphaël, Michel-Ange, Botticelli, il acquiert la fierté d’être italien. De même qu’un Allemand lorsqu’il voit Dürer ou un Espagnol Velasquez. L’art est l’identité d’un peuple, comme la langue que je parle. Le musée, comme l’école, sert à transformer les plèbes en citoyens : il sert à donner aux citoyens la fierté de l’appartenance, la conscience de sa propre histoire. Voilà pourquoi le musée, et donc l’art antique, sont un formidable instrument d’éducation et de civilité. 

Quel est en revanche le rôle spirituel de l’art ?
Antonio Paolucci : La capacité que détient l’art est avant tout de rendre heureux celui que le regarde, donc le privilège de l’art est de rendre heureux : en voyant Raphaël, Botticelli, nous sommes heureux d’exister, d’avoir des yeux pour voir, un cerveau pour se rappeler, un coeur pour s’émouvoir. Et nous sommes reconnaissants envers Dieu d’être là. C’est le premier rôle de l’art.
Et puis il y a tout ce qui est l’émotion face à la beauté de la nature, face à la conscience de la vie, à la connaissance des autres personnes, tout ce qui est spirituel. Et l’art est le véhicule de ces choses. Si vous regardez un tableau du Caravage, de Picasso, de Van Gogh, bien qu’ils soient d’une autre époque, ils parlent d’hommes et des femmes qui sont encore vivants, ils nous communiquent des sentiments et des idées qui sont universelles. L’art nous mets en communication avec l’humanité et c’est en cela qu’il est spirituel. 

Comme vous l’avez dit, l’art a fonction pédagogique pour le peuple non instruit. Comment se fait-il que l’homme d’aujourd’hui, envahi par la culture de l’image, éprouve de la difficulté à se laisser gagner par la beauté de l’art?
Antonio Paolucci : Nous vivons à l’époque la plus iconique de l’histoire. Nous sommes immergés dans les images, pas seulement la télévision, mais également les publicités, les vêtements, la cravate que nous portons. Tout n’est qu’icône. Tout n’est qu’image dans la société moderne. C’est peut-être justement cet excès d’iconocité, cet espèce de “tsunami” d’images, de même que celui des informations, qui nous paralyse, en quelque sorte, qui nous étourdit, si je peux utiliser ce terme, qui nous surcharge. De ce fait, notre devoir – et pour cela nous avons un cerveau – est de savoir choisir, sélectionner les images, tout comme nous sélectionnons les informations qui nous arrivent de toute part.

A propos de choix, quelle est votre oeuvre préférée des Musées du Vatican?
Antonio Paolucci : Il y en a plus d’une, mais si je devais en désigner une pour des raisons personnelles et d’étude, je dirais la Transfiguration de Raphaël : le tableau le plus beau du monde, une hyperbole. Un tableau très avant-gardiste qui nous fait comprendre des choses infinies…

Avez-vous rencontré le pape François?
Antonio Paolucci : Oui, je lui ai dit “Sainteté, venez voir les Musées du Vatican”, ce à quoi a il répondu: “Mr. le directeur, pour l’instant j’ai trop à faire, mais je viendrai”.

La Chapelle Sixtine accueille 20 000 visiteurs par jour, avec des pointes à 30 000. Comment est-elle préservée, d’un point de vue technique ?
Antonio Paolucci : Le 30 octobre, nous présenterons, lors d’un colloque au Vatican, le nouveau système d’aération, de contrôle de l’humidité et de la température, et avec cela le nouveau système d’éclairage. Nous avons intitulé ce colloque “Nouveau souffle et nouvelle lumière dans la Chapelle Sixtine”. 

Pourquoi un tel choix ?
Antonio Paolucci : Nous désirons avant tout éviter les problèmes de détérioration. Et puis, avec un nouveau système d’éclairage, nous pouvons offrir au visiteur la meilleure perspective des fresques de Michel-Ange, et pas seulement. Parce que comme vous le savez, il n’y a pas que Michel-Ange dans la Chapelle. Il y a aussi Botticelli, Le Pérugin…

Vous avez dit que la Chapelle Sixtine était la “Summa théologique du christianisme”…
Antonio Paolucci : Pour moi, la Chapelle Sixtine est le catéchisme de l’Eglise catholique mis en figures, la synthèse visible de la doctrine chrétienne. Les pape ont voulu donner cette fonction à la Chapelle Sixtine : être un grand livre illustré qui raconte en images les vérités fondamentales, de la création de l’homme à l’Apocalypse, de l’Ancien Testament au Nouveau, la Genèse et les Prophètes, tout.

Benoît XVI a parlé de la responsabilité de l’art dans la transmission du message chrétien…
Antonio Paolucci : Pour moi c’est un pape inoubliable, parce que le 31 octobre 2012 – à la date anniversaire du 31 octobre 1512 où le pape Jules II inaugura la Chapelle Sixtine que Michel-Ange avait tout juste terminée – avec une grande sensibilité intellectuelle, outre que de pasteur, il a voulu rappeler cet événement. Il a répété la même fonction liturgique que celle que Jules II avait célébrée, avec les cardinaux, évêques et la Magnificat chanté dans la Chapelle Sixtine, faisant un très beau discours de théologien mais également d’historien. Tout cela peu avant sa renonciation.

Dossier réalisé par Corrado Paolucci, Ary Ramos et Sabrina Fusco.
Traduction de Solène Tadié

Tags:
chapelle sixtine
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