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Syrie : « Je suis ici parce que mon peuple souffre » confie Mgr Jeanbart

DR / AED

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Aide à l'Eglise en Détresse (AED) - Publié le 24/07/14

Mgr Jean-Clément Jeanbart, archevêque d’Alep en Syrie, a confié dans un émouvant témoignage à l’AED le 21 juillet son attachement à « son peuple » et la difficile vie quotidienne des habitants d’Alep.

A 70 ans, archevêque d’Alep s’attache à préparer l’avenir des chrétiens. « De nombreux musulmans hésitent désormais à se déclarer musulmans. J’ai entendu plusieurs musulmans me dire : « J’ai honte – je ne comprends pas que l’islam soit comme ça ». Je pense donc que c’est le bon moment pour un vrai dialogue. Je dois donc prendre ma croix en main et recommencer ma mission. Même si j’ai 70 ans, j’ai l’impression d’en avoir 45. » C’est par ces mots que l’archevêque gréco-catholique d’Alep, Mgr Jean-Clément Jeanbart, a exprimé son attachement envers ceux qu’il appelle « son peuple », lors d’une visite à l’Aide à l’Eglise en Détresse le 21 juillet.

Destruction, pauvreté et chômage
 « Toutes les structures et infrastructures, tout le patrimoine, toute l’industrie » ont été détruits, explique Mgr Jeanbart. « Les gens n’ont aucun moyen de vivre dans les villes. Bien sûr, à la campagne, ils sont agriculteurs et peuvent vivre – mais dans les villes… Alep a perdu 1 400 structures industrielles, c’est une grande souffrance. »
Avant la guerre, il y avait environ 150 000 chrétiens, déclare l’archevêque, et Alep abritait de nombreuses églises, desservant une communauté chrétienne présente dans la ville depuis le IIIè siècle. Il reste aujourd’hui environ 100 000 chrétiens, qui luttent pour survivre, avec une inflation à 200%. 1400 familles reçoivent par l’Eglise catholique des « paniers d’urgence » alimentaires tous les jours. Et pour ceux qui sont au chômage, due notamment à la destruction des industries d’Alep,  l’400 familles bénéficient d’une aide financière: « ce n’est pas beaucoup mais, avec l’aide de Dieu, nous espérons continuer jusqu’à ce que les pères de ces familles retrouvent du travail », explique l’évêque.

Les églises prises pour cibles
Depuis le début du conflit, plus de 18 bombes ont heurté et endommagé la cathédrale et l’archevêché situé à moins de 300 mètres de la ligne de démarcation dans la vieille ville. L’église Saint Michel a été frappée par deux roquettes, l’église Saint-Démétrios, située dans un quartier le long de la ligne de démarcation, a été la cible d’un certain nombre d’obus de mortier, et l’église du village de Tabaka est en ruines.
« Je suis ici parce que mon peuple souffre », déclare Mgr. Jean-Clément Jeanbart d’une voix brisée. « L’électricité marche mal. L’eau est aussi de mauvaise qualité. Nous avons quelques puits. Nous avons creusé trois puits dans trois différentes églises. Dans la cathédrale, nous avons rouvert un puits ancien d’une centaine d’années environ, et nous en distribuons l’eau à la population».
L’Église catholique fournit également de l’aide aux familles musulmanes. « C’est un beau témoignage, et même les musulmans nous demandent d’intercéder pour eux pour qu’ils obtiennent de l’aide de la Croix-Rouge ou du Croissant-Rouge – ils comprennent que nous sommes une référence en matière de charité et de miséricorde. »
La foi de cet archevêque de 70 ans n’a pas toujours été aussi inébranlable. « Cela fait maintenant 18 ans que je suis évêque. J’ai fait tout mon possible pour aider nos fidèles à rester. Il y a deux ans, j’étais déprimé ; ça allait très mal, mais alors le Seigneur m’a aidé à voir les choses sous un autre angle, ce qui m’a permis de reprendre courage, de retrouver espoir, et de me battre contre la fuite des chrétiens. J’ai réalisé que ce qui se passait ne dépendait pas de nous. Même si les pauvres sont les seuls à rester, nous les aiderons à grandir et à être le peuple dont nous avons besoin comme témoins ».

Gouttes d’espoir et préparation de l’avenir des chrétiens
Lentement, et uniquement dans certaines grandes villes, un certain niveau de sécurité est en train de s’établir. Selon l’archevêque, les avancées de l’armée gouvernementale ont créé des zones de sécurité. À Alep, de plus en plus de points de contrôle sont en train d’être supprimés. Avec un optimisme prudent, Mgr Jeanbart se tourne vers l’avenir et commence à le planifier.

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Alep
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