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« Rebelles syriens, quittez Alep ! »

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Sylvain Dorient - Publié le 16/07/14

Issa Touma est professeur dans la ville d’Alep, nouvel épicentre du conflit qui oppose le régime syrien et les rebelles. Il demande aux opposants de renoncer à cette guerre sans issue.

« Ceci est un appel à l’opposition, aux jihadistes ou qui qu’ils soient, quelle que soit leur cause, d’arrêter la guerre à Alep et de rendre cette ville à ses habitants. Ceci est un appel pour les habitants d’Alep qui ne soutiennent aucune des parties en guerre, gouvernement ou soi-disant opposition qui a usurpé la révolution syrienne.
Une question me brûle les lèvres depuis ces trois dernières années : Qu’est-ce que l’opposition veut de la ville d’Alep et de ses habitants ? Il est absolument évident que la guerre à Alep n’a rien à voir avec la liberté depuis ses origines.
Si l’opposition autoproclamée se battait pour la liberté, ses partisans saisiraient chaque opportunité de soutenir des médias et des initiatives qui servent la vérité auprès des citoyens.

Au lieu de quoi ils montrent leur haine du patrimoine, de la culture et de l’histoire d’Alep. Ils enlèvent des chrétiens, bombardent les sites historiques se drapant dans la lutte contre l’armée gouvernementale syrienne, ils autorisent des profiteurs de guerre à s’emparer des usines d’Alep.
Ils bombardent toutes les zones occupées par des minorités, sachant qu’en représailles, le gouvernement bombardera des zones à majorité sunnites. Ils font tout leur possible pour que le gouvernement détruise nos libertés.
Personne n’échappe à leur stratégie ; la minorité chrétienne comme les Sunnites souffrent ensemble de leur méthode de combat, dont ils savent à présent qu’elle encourage le gouvernement à recourir à des méthodes de discrimination.
Ils accusent le gouvernement et lui seul.

Mais comment imaginer qu’ils n’aient pas trouvé de meilleure stratégie, qui minimiserait les pertes civiles et les destructions de sites historiques ? Essaient-ils d’anéantir la population d’Alep en même temps que son histoire ?
Il est frappant de constater que, quand ils bombardent des zones contrôlées par l’armée gouvernementale, ils bombardent et tuent des civils et ces civils sont comptés comme des sympathisants du gouvernement juste à cause de leur lieu de résidence ; de la sorte, leur mort est justifié sans un soupçon de remord. La soi-disant « opposition » d’Alep n’a pas le soutien de la population car elle reflète tout sauf la liberté.

Ils ne portent plus les valeurs de la jeune révolution syrienne. Ils ont perdu leur éthique et leur engagement pour la liberté et ainsi ils ont perdu tout le soutien qu’ils pouvaient espérer des habitants d’Alep. On pourrait se demander si ce n’est pas ce qui alimente la haine de la soi-disant opposition pour Alep et ses habitants : plus ils perdent le contrôle, moins ils sont soutenu, et plus ils veulent détruire Alep et tout ce qui y vit.
Leur stratégie parallèlement à celle du gouvernement semble être de retirer aux civils tous leurs droits les plus basiques, toute leur humanité. Ils les privent d’eau, d’électricité, de nourriture et de médicament, et même le lait infantile est une rareté. Ils infligent des coupures de courant qui peuvent durer d’une semaine à cinquante jours.
Je n’ai aucun espoir de voir l’un de ces guerriers qui ont volé la révolution entendre ce message, et même s’il entendait, je ne crois pas qu’il s’en préoccuperait.

Chacun devrait arrêter de soutenir le mal, peu importe ses serviteurs. Nous devrions cesser de soutenir le mal même par notre silence, car le silence signifierait que nous acceptons leur façon de détruire notre ville, de tuer nos enfants à la fois par leurs bombardements, leurs famines et leur manque de stratégie.

Je suis souvent frappé de voir à quel point les djihadistes, guerriers de la révolution ou quel que soit leur nom, veulent contrôler Alep. Pourquoi Alep ? Même s’ils contrôlaient Alep, le régime syrien contrôlerait toujours la Syrie par sa présence à Damas. Pourquoi n’ont-ils pas de stratégie de combat ou de tactique ? Pourquoi incitent-ils tous les actes de discriminations dont le gouvernement est capable contre les civils ? De quel côté sont-ils : celui du gouvernement ou celui de la liberté ? Que comprennent-ils à la liberté ?

Je veux leur dire qu’aucune de leurs actions ne ressemble à celles de combattants de la liberté. Il faut juste qu’ils quittent la ville et nous laissent en paix. »

Issa Touma, Alep, Syrie

Tags:
AlepSyrie
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