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Pourquoi baptiser les petits enfants et ne pas attendre qu’ils soient en âge de choisir ?

Cérémonie de bapteme

AFP PHOTO / Diego LIMA

Julio de la Vega-Hazas - publié le 11/07/14

Voilà une question importante : le baptême des petits enfants respecte-t-il leur liberté de choix ?

Pourquoi est-il préférable de baptiser un petit enfant. Ne serait-il pas mieux d’attendre qu’il soit adulte pour “choisir” librement? Question importante car il s’agit d’une objection assez répandue. La réponse aborde deux aspects de la question: un anthropologique, autrement dit qui et comment est l’être humain, l’autre est spécifiquement chrétien.

Concernant le premier aspect, on trouve fréquemment aujourd’hui une vision de l’homme fortement individualiste, dont l’idéal est l’homme autonome, qui fait et décide tout par lui-même. Avec des conséquences sur l’éducation, car on cherche non plus à éviter d’inculquer une morale, mais aussi le sens des choses. On prétend ainsi se borner à fournir l’information, de façon que l’enfant donne un sens propre à ce qu’il voit, et choisisse ses propres convictions, y compris éthiques. Chacun construirait ainsi son propre système de valeurs. Une théorie séduisante, mais en fait indéfendable. Les êtres humains ont besoin d’apprendre, et pas seulement une information “brute”, mais le sens des choses. Et aussi à se comporter; pas seulement un apprentissage théorique, mais apprendre à le vivre. Autrement dit être éduqués. Par leur nature, les premiers et principaux responsables de cette éducation sont les parents.  Et il ne viendrait à l’esprit d’aucun père ou mère de ne plus insister pour que le petit remercie quand on lui fait un cadeau, sous prétexte que la gratitude est une valeur éthique qu’il devra choisir une fois adulte.

On n’attend pas qu’il soit adulte pour lui inculquer ces vertus, tout simplement parce qu’on ne peut pas attendre.  Sinon, on découvrira qu’à l’âge adulte, il est devenu un ingrat difficile à changer. C’est ce qui arrive aux parents qui, pour une raison ou une autre, ont abdiqué d’éduquer leurs enfants: ceux-ci ne manifesteront  aucune reconnaissance envers leurs parents pour leur avoir donné la vie et pour les sacrifices qu’ils ont faits. Il n’y a aucune neutralité possible à ce sujet. Ni non plus dans ce que l’on apprend : ou Hitler était un indésirable, ou ses idées sont une possible option de plus. On n’attend pas ici non plus que l’enfant soit adulte pour qu’il fasse son jugement de valeur, sinon on risque de trouver dans sa chambre toute une panoplie nazie.  

La foi catholique a quelque chose d’important à apporter à ces considérations. Une chose est sûre: tous nous estimons que faire le bien exige un effort, tandis que pour faire le mal, il suffit de se laisser aller. Ovide disait déjà « je vois le meilleur, et je l’approuve, mais je fais le pire ». L’homme n’est ni ange ni démon, c’est clair. Mais, dans son humanité, il y a une certaine dégradation qui, sans l’empêcher de faire le bien, l’incline fréquemment vers le mal. Facile à voir, mais pas à expliquer. L’explication que donne la foi s’appelle le péché originel.  Ce n’est pas un péché au sens habituel du terme, mais les conséquences négatives héritées du rejet de Dieu par l’homme au début de son existence (le péché a consisté, en termes modernes, à vouloir une autonomie totale face à Dieu).  

La première raison de  baptiser un enfant est que le Baptême supprime le péché originel. Certes, il n’enlève pas toutes les conséquences, car cette tendance vers le mal persiste, mais il l’atténue et, ouvrant la porte à la grâce divine, il permet de compter sur des moyens efficaces pour la surmonter.

Lorsqu’on parle de repousser le baptême jusqu’à l’âge adulte quand l’enfant pourra choisir, on inclue de façon implicite le refus de l’éduquer dans la foi, condition incontournable exigée des parents. Et, comme on l’a vu, la neutralité ici est utopique. Si les parents renoncent à transmettre leurs convictions, ils finiront par découvrir que d’autres l’ont fait, avec moins de scrupules. Sans compter que les petits ont besoin de modèles humains à suivre; s’ils ne les trouvent pas chez eux, ils les chercheront ailleurs. Par cette attitude, ce qu’ont fait les parents, c’est de laisser leur enfant vulnérable à toute idéologie ou tout groupe religieux, plus ou moins recommandables.

Le côté positif de cet argument tient au fait que baptiser ou non un enfant montre généralement le degré de foi des parents. Tous les parents  ‘normaux’ veulent ce qu’il y a de meilleur pour leur enfant,  et s’ils le peuvent, le lui donnent. Le Baptême fait de celui qui le reçoit un enfant de Dieu, et lui donne la grâce qui, sauf refus volontaire de celle-ci, le conduit au ciel. Celui qui est animé d’une foi authentique ne peut rien trouver de mieux à donner à son enfant. Dans le cas contraire, les parents devraient réfléchir si leur foi est véritablement une conviction de  recevoir la vérité, et pas seulement une simple opinion avec un faible impact sur leur vie. Voir aussi s’ils connaissent bien la signification du Baptême, qui va bien au-delà d’une cérémonie d’initiation dans l’Eglise.  

Tout ce qui précède est résumé dans le nº 1250 du Catéchisme de l’Eglise catholique : Naissant avec une nature humaine déchue et entachée par le péché originel, les enfants eux aussi ont besoin de la nouvelle naissance dans le Baptême afin d’être libérés du pouvoir des ténèbres et d’être transférés dans le domaine de la liberté des enfants de Dieu, à laquelle tous les hommes sont appelés. La pure gratuité de la grâce du salut est particulièrement manifeste dans le Baptême des enfants. L’Église et les parents priveraient dès lors l’enfant de la grâce inestimable de devenir enfant de Dieu s’ils ne lui conféraient le Baptême peu après la naissance.   

Mais, pourrait-on objecter, la foi ne doit-elle pas  être embrassée librement ? Oui, sans doute, mais un simple regard sur la réalité, indique que le Baptême ne l’empêche pas: on reste libre d’accepter ou de refuser la foi. Bien mieux: le catéchisme mentionne la liberté des enfants de Dieu, ce qui signifie que le Baptême fournit une aide surnaturelle pour que ce choix soit moins conditionné par les conséquences du péché originel– cette tendance à nous laisser emporter par ce qui n’est pas bon – ce avec quoi nous sommes tous venus au monde.

Article traduit de l‘édition hispanophone d’Aleteia par Ellisabeth de Lavigne

Tags:
Baptême
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