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Franca Giansoldati, la deuxième femme de l’histoire à avoir interviewé un Pape

© ServizioFotograficoOR/CPP

May 31, 2014: Pope Francis meets the journalist of the "Messaggero" Franca Giansoldati in the Apostolic Palace in the Vatican.

La rédaction d'Aleteia - Osservatore Romano - Publié le 08/07/14

Il y a plus de 120 ans, la journaliste française Caroline Rémy - alias Séverine - interviewait le pape Léon XIII, peu avant que n’éclate l’affaire Dreyfus.

La récente interview du pape François réalisée par la journaliste italienne du journal Il Messaggero, dans laquelle le Saint-Père a éloquemment parlé de sa conception de la femme, signait une nouvelle étape dans l’histoire du journalisme. Ce n’est en effet que la seconde fois de l’histoire qu’une femme journaliste se voit accorder ce type d’entretien officiel, comme le rappelle l’Osservatore Romano.

En 1892, dans un contexte de fort antisémitisme, qui fera éclater l’affaire Dreyfus deux ans plus tard, Caroline Rémy – mieux connue sous son nom de plumede  Séverine – se rendait à Rome pour Le Figaro afin d’y rencontrer le pape Léon XIII. Elle avait au préalable contacté le secrétaire d’Etat de l’époque, le cardinal Mariano Rampolla del Tindaro, dans une lettre datée du 9 juillet 1892, et dans laquelle elle se présentait comme « une femme qui avait été chrétienne et elle s’en souvenait, pour aimer les petits et défendre les faibles », et comme une « socialiste qui, bien que n’étant pas en état de grâce, a su conserver intact, dans son cœur blessé, le respect profond de la foi, la vénération des vieillesses augustes et des souverainetés prisonnières* ».

Sa requête fut entendue, et la rencontre eut lieu le 31 juillet suivant. L’entretien de plus de 70 minutes, grandement consacré à la question de l’antisémitisme accru en Europe, fut publié le 4 août 1892, sans manquer de déclencher des polémiques tant politiques et diplomatiques.

C’est dans un tout autre contexte que Franca Giansoldati s’est entretenue avec le « pape superstar ». Le pape François a abordé avec la liberté de ton que nous lui connaissons des thèmes particulièrement variés tels que la corruption, la fonction d’évêque de Rome, le communisme, le déclin actuel de la politique, la vocation missionnaire en Asie, et le rôle de la femme au sein de la société et de l’Eglise, la définissant en outre comme « la plus belle chose que Dieu ait créée ». (voir nos articles à ce sujet ici et ici).

Contactée par Aleteia quelques jours après la fameuse interview, la journaliste de bientôt 50 ans a manifesté son étonnement quant au long siècle qui sépare son entretien de celui de sa Caroline Rémy : « Je me sens vraiment honorée de cette distinction, même si j’ai du mal à saisir les raisons qui font que cela ne s’est pas produit plus souvent, et j’ai le sentiment que cet événement doit nous pousser à nous interroger sur ce phénomène et sur ce qui fait que ce soit perçu comme un plus grande avantage que pour un homme ».
Tout en se dissociant du féminisme de type théologique, celle-ci estime que beaucoup de chemin reste à parcourir au sein de l’Eglise en ce qui concerne la place de la femme. Le travail à effectuer est culturel, poursuit-elle, et il requiert une plus grande attention envers les quelques femmes qui se trouvent dans les hautes sphères de l’Eglise, d’autant que plus de la moitié des fidèles catholiques dans le monde se trouvent être des femmes.

« Je me suis trouvée face à un homme au cœur bon »,
raconte encore Giansoldati au sujet de la rencontre en elle-même, évoquant « la spontanéité et la sincérité désarmantes » du Saint-Père.  « J’ai mis très peu de temps à reporter par écrit notre entretien, car j’étais portée par un enthousiasme profond, qui me venait du cœur, car François est un homme sincère, ce qui est un fait très rare », a-t-elle conclu, précisant que, pour une fois, il n’y avait nul besoin d’aller « comprendre et rechercher des intentions qui se dissimuleraient derrière des propos ».

*Au cours de cette période, qui s’est étalée de 1870 à 1929, les Papes se considéraient comme prisonniers au Vatican, dès lors que Victor Emmanuel II avait supprimé leur pouvoir temporel en s’emparant de la ville de Rome, pour la déclarer capitale d’Italie. Cette querelle prendra fin avec les accords du Latran et l’établissement de l’Etat de la cité du Vatican.

ST / Propos recueillis par Ary Ramos

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