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Les paroles du pape François dans le discours public

Pietro Grasso and Pope Francis

Niccolò Caranti / SVEN HOPPE/dpa

VATICAN CITY STATE, Vatican City : Pope Francis smiles as he receives Premier of Bavaria Horst Seehofer (CDU) at the library of the Apostolic Palace for a private audience in Vatican City, 23 June 2014. Photo: SVEN HOPPE/dpa

Isabelle Cousturié ✝ - Civiltà Cattolica - publié le 04/07/14

Une réflexion du président du sénat italien, Pietro Grasso, sur la personnalité du pape et l’expérience unique qui caractérise son pontificat.

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Le lundi 16 juin, à l’occasion de la sortie du livre « Papa Fracesco. La verita è un incontro. Omelie da Santa Marta »  –  « Pape François. La vérité est une rencontre. Homélies de Sainte-Marthe »,  à la mi-mai aux Editions Rizzoli, le père Antonio Spadaro sj. , directeur de la revue italienne des Jésuites Civiltà Cattolica, a réuni autour d’une même table le président du sénat italien  Pietro Grasso, la directrice de la chaine de TV italienne RaiNews, Monica Maggioni, le p. Federico Lombardi S.I., directeur du bureau de presse du Saint-Siège et de Radio Vatican et l’essayiste, traducteur et réalisateur italien Vittorio Sermonti.

« Ces homélies sont le cœur battant du ministère du Pape François ». Les thèmes clés que l’on retrouve dans les autres discours plus officiels, poursuit le prêtre « émergent d’une gestation, d’une rencontre concrète avec le Peuple de Dieu (…)», avait déclaré le père Spadaro en présentant l’ouvrage.  Dans le dernier numéro de Civiltà Cattolica, il publie l’intervention du président du Sénat italien comme témoignage de réflexion sur l’incidence des paroles du pape dans le discours public.

À ceux qui reprochent à ce livre de ne pas avoir publié intégralement les homélies du Pape, Pietro Grasso répond qu’il s’agit « d‘un corpus de méditations, réflexions et conseils, réponses, mais surtout de questions que le Pape soumet à la conscience de chacun de nous, touchant tous les thèmes de la vie d’un chrétien et d’un citoyen », faisant ainsi écho au père Spadaro, qui avait d’emblée expliqué que le but n’était pas d’en faire des «  discours qui valent pour toujours » et à l’intention de « communautés précises », mais de les resservir au public en général pour qu’il puisse « en faire l’expérience et les revivre de manière nouvelle et originale ».

Ainsi chaque homélie, chaque interview, chaque écrit ou intervention du Pape en général peut être source de considérations, et le président du sénat italien  en fait plusieurs qui en disent long sur la personnalité du Pape et l’expérience unique qui caractérise son pontificat :  

Première considération : son style
Le Pape François aime les phrases coordonnées, incisives, essentielles. Quand il s’adresse au public, il recourt rarement aux propositions subordonnées, à un langage complexe et obscur, car il sent l’urgence de communiquer, d’être compris, de secouer son auditoire. Néanmoins, si son langage est simple, son raisonnement ne l’est jamais : il arrive toujours au cœur des questions, en profondeur, mais pour ramener tout ce qui est profond à la surface et l’offrir à ceux qui ont envie d’écouter ses paroles.

Deuxième considération : son attrait pour les symboles, l’image
Le Pape parle en ayant devant lui un vaste horizon, et il sait combien il est fondamental d’arriver à toucher tout le monde. L’imaginaire de notre époque est un imaginaire visuel : ainsi le pape François récupère la manière de s’exprimer de Jésus, utilise le langage des paraboles, et avec des mots simples il crée des images qui dégagent une force symbolique incroyable. A titre d’exemple : l’Eglise vue comme « un hôpital de campagne après une bataille », « les périphéries de l’existence », auxquels le Pape fait référence dans son homélie du 16 mai 2013, quand il oppose la ferveur de Saint Paul aux « chrétiens de salon », une autre image très forte. Ou bien quand il a dit aux nouveaux cardinaux « Rappelez-vous que les  cardinaux n’entrent pas dans une cour », les invitant à «  refuser les intrigues, les bavardages, les cordées, les favoritismes et les préférences », et qu’il a demandé aux prêtres de son diocèse, à la messe du Jeudi Saint,  «



soyez des pasteurs avec l’odeur des brebis, des pasteurs au milieu de son troupeau ».

Et puis ces deux phrases du Pape, très imagées et particulièrement grinçantes, résonnent encore aux oreilles du président du sénat italien : celle prononcée il y a quelques mois à l’angélus, lorsqu’il a invité les riches à mettre une partie de leurs richesses au service des autres, dans un geste de partage solidaire qui laisse passer la Providence de Dieu car, a dit le pape François, «  nous n’apportons au ciel que ce que nous avons partagé », leur rappelant que « le linceul n’a pas de poche ». Et puis cette autre phrase, encore plus célèbre, qui a fait l’effet d’un coup de tonnerre à Lampedusa, contre « la culture du bien-être, […] qui conduit à l’indifférence envers les autres, et même à la mondialisation de l’indifférence » (cf. Homélie).

Troisième considération : son choix des sujets
Il est clair que, dans ses homélies, le Pape parle de foi, de Dieu, de l’Evangile. Mais, dès le début vise très nettement certains thèmes de grande actualité: beauté, bonté et vérité, justice, opposition à la mafia. À ce propos, le président du sénat italien confie l’émotion qu’il a éprouvée lorsque le Pape s’est adressé aux mafieux, le 21 mars dernier, durant une veillée de prière pour les victimes de la mafia. Il leur avait dit : « le pouvoir et l’argent que vous avez maintenant, provenant de tant d’affaires sales, de tant de crimes mafieux est de l’argent couvert de sang, est un pouvoir couvert de sang et vous ne pourrez pas l’emporter dans l’autre vie », dans un ton d’une force incroyable. Et son admiration quand il l’entend parler de tendresse et de miséricorde, d’attention pour les personnes et les pauvres en souffrance, parle du joug de la compétitivité qui porte à la culture du rebut, évoque un ordre politique général et plus humain, parle de paix et de dialogue, avec une incidence vraiment particulière.

Quatrième et dernière considération : sa « corporéité »
Jadis, les messages étaient surtout textuels, officiels, arrivaient à travers les lettres et les encycliques. Aujourd’hui encore, mais une très grande partie de la communication du pape François est physique : c’est un Pape qui touche les personnes, qui se laisse toucher, qui caresse, qui se tend vers son interlocuteur et l’étreint. Tous ces gestes sont des gestes d’accueil et de grande ouverture, mais des gestes qui comportent aussi des risques au plan de la sécurité. Face aux grandes foules le pape a l’art de s’adresser à chaque individu, proposant également des rendez-vous téléphoniques; lors des rencontres plus informelles il questionne sans malice son interlocuteur, le stimule à avoir avec lui un dialogue (…) aux audience les catéchèses durent une vingtaine de minutes mais après il reste avec son peuple pendant une heure. Comme à Sainte-Marthe, après la messe, où il ne manque jamais de saluer personnellement les fidèles.

Quel contraste avec la messe du 27 mars dernier, en présence de tous les parlementaires italiens ! La communication change : «  Les pécheurs seront pardonnés, mais pas les corrompus. Une fois qu’ils ont opté, ils ne reviennent pas en arrière et deviennent incorrigibles, comme des tombeaux repeints, de la pourriture recouverte de verni : c’est cela la vie du corrompu », a déclaré le pape. Son homélie est forte, coupante, il dénonce l’hypocrisie, le pharisaïsme, la corruption, le fossé entre le peuple et les classes dirigeantes, fermées dans d’étroites logiques de faction, d’idéologies, d’intérêts (…)  Il n’avait plus devant lui les pauvres, les plus petits, ne pouvait plus se montrer doux, caresser et prendre dans ses bras. Que certains aient pu s’en étonner est étonnant ! Au lieu de caresses, ils ont reçu des gifles ? (…) Le texte de l’homélie du pape est une étude minutieuse mais surtout sans pitié sur le  phénomène de la corruption : une condamnation sans appel et quasiment sans possibilité de rédemption (…).  Le pape François est revenu tant de fois sur ce sujet, au cours de ces derniers mois, disant par exemple que les corrompus donnent du « pain sale » à manger à leurs enfants (…) et  mettant en garde contre la facilité à « entrer dans les cercles de la corruption ».


Le pape François résume la situation économique, politique et spirituelle, de manière impeccable (…) contrairement aux politiques qui, à quelque exception près, utilise un langage fermé, plein d’emphase rhétorique (…) un langage autoréférentiel qui éloigne au lieu de rapprocher, qui ferme au lieu d’ouvrir (…)  qui n’arrive jamais au concret symbolique et thématique comme fait en revanche le pape François.  Alors que les personnes écoutent et comprennent immédiatement le cœur du raisonnement du Pape, car il leur est soumis de manière synthétique et imagée (…) la politique, elle, adopte des slogans simples, certes,  mais vides, qui ne captent pas l’attention et n’éveillent aucune conscience (…)

 (…) En quelques mois le pape François a rompu les traditions, brisé toutes les barrières, a instauré un nouveau langage, a surmonté les bureaucraties (…) Il a remis l’homme au centre du discours avec ses faiblesses et ses points forts, dans ses relations avec Dieu. Son message, voire même son témoignage partagé (car ses messages ne sont jamais distants) est clair et fort : ne laissons pas les principes et les valeurs religieuses uniquement dans la prière et dans la contemplation, faisons-en un style de vie quotidienne fondé sur l’accueil, sur la confiance, sur l’espérance et la solidarité.

Le pape François sent l’urgence du changement : « l’heure presse nous n’avons pas le droit de continuer à caresser l’âme, à rester fermés dans nos petites choses. Nous n’avons pas le droit de rester tranquilles ». Il va même jusqu’à inviter les plus jeunes à se rebeller  contre cet horizon: « Un jeune qui ne proteste jamais je n’aime pas ça. Car le jeune a l’illusion de l’utopie, et l’utopie n’est pas toujours négative. L’utopie c’est respirer et regarder devant soi » (…).

CoMme dit le père Spadaro, le pape François n’est pas seulement un homme doux et tendre, même si ces qualités sont, sans nul doute, celles qui le caractérisent le plus. C’est un homme qui indique du doigt le ring où il nous faut combattre, qui dicte les règles du jeu— le discernement — et ne craint point de se battre pour réaliser cette utopie du changement.

Le président du Sénat italien, Pietro Grasso, relève dans la nouveauté du langage adopté par le pape François beaucoup d’éléments : son origine sud-américaine, sa formation jésuite, un caractère ouvert, le besoin d’etre en contact avec la communauté, un soin minutieux pour les thèmes urgents de l’actualité, la capacité de se faire comprendre par tout le monde en utilisant des images simples mais d’une grande force symbolique, qui s’ajoute à une capacité instinctive dans l’utilisation des formes et des outils de la communication pour arriver au cœur des gens. Mais tout cela, pas pour une fin en soi, mais pour le mettre au service d’un haut et profond projet réformateur de l’Eglise : un changement radical, politique et spirituel, dont la communication constitue un fondamental et indispensable soutien.

Tout le document EST accessible en italien sur le site : http://www.laciviltacattolica.it/it/

Tags:
HoméliePape FrançoisPolitique
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