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Marcello Pera : Mon ami Joseph Ratzinger

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Retour sur l’amitié personnelle et intellectuelle entre le philosophe et le Pape émérite.

 
Renzi, les chefs de deux familles politiques européennes majeures qui ont la responsabilité d’un gouvernement. N’ont-ils jamais su, et ne se souviendront-ils jamais que leurs pères, Adenauer et De Gasperi, parlaient d’une «Europe chrétienne»? Et que par cette identité ces derniers voyaient  la meilleure des voies pour lutter contre le nationalisme, la xénophobie et les peurs? Je l’espère. Quant à moi, je suis pessimiste et très inquiet. Un vent mauvais est en train de souffler sur l’Europe et je me souviens que la première guerre mondiale a éclaté au cœur du Vieux Continent quand personne ne la voulait ou ne l’attendait. Pourtant, quand le son d’un revolver a déchiré l’air, nous étions à l’apogée de notre civilisation: quatre ans plus tard, le monde qui avait survécu au cimetière avait complètement changé.
 
Au dernier jour de son mandat, la Commission européenne sortante a refusé que la pétition pro-life "One of Us" (qui a rassemblé pas moins de 1,8 millions de signatures dans presque tous les pays de l’UE) soit examinée par le Parlement. Que pensez-vous de cette décision ?
M. P. : Que puis-je répondre ? Que si une pétition similaire mais pro-mariage gay ou pro-euthanasie avait été présentée- même avec peu de signatures, elle passerait aussitôt. C’est déjà arrivé. D’autre part, ne s’agit-il pas de «conquêtes de civilisation», comme ils disent ?
 
Le matin suivant, la Chambre des députés italienne – présidée par une fervente admirateur du pape François – a approuvé en tout hâte et en allant à l’encontre de l’ordre du jour ce que l’on appelle le « divorce express ». Aussi bien au siège européen qu’au Parlement italien, les acclamations en faveur du pape François retentissent de toute part. Néanmoins, lorsqu’il s’agit de voter sur des questions anthropologiques, beaucoup de ces personnes qui applaudissent votent contre les propositions du même Pape. Comment expliquez-vous cette attitude?
M. P. : Je ne peux qu’espérer que les grandes foules qui se rassemblent autour du nouveau Pape ne sont pas les mêmes que celles qui approuvent les décisions des parlements européens quand ils évoquent des questions éthiques.
 
Il y en a – parmi ceux qui se déclarent catholiques – qui estiment que la lutte en matière anthropologique ne doit pas se faire au Parlement, mais dans les paroisses. Ce serait plus efficace d’après eux. Qu’en pensez-vous?
M. P. : Cela le serait certainement. Cette bataille doit être menée dans les familles, à l’école, dans les rues, dans les paroisses, dans les médias, avant qu’elle ne rejoigne les parlements. Parce que les parlements ne sont plus composés d’élites qui peuvent jouer un rôle éducatif. Ce sont des caisses de résonnance et d’accommodement à ce qui se produit à l’extérieur. Ils ratifient, ils ne décident pas.
 
Pour conclure: est-il encore possible que se manifeste avec force dans la société une grande alliance autour de thèmes anthropologiques, où croyants ou non-croyants se réfèrent aux principes fondamentaux de la doctrine sociale de l’Église sur la vie et la famille? En France par exemple, cela s’est produit à plusieurs reprises avec la participation massive de citoyens majoritairement catholiques, mais aussi juifs, musulmans, protestants, agnostiques, à la fameuse Manif Pour Tous … même si Hollande – en vrai champion de la démocratie … – a choisi de minimiser substantiellement, ou plutôt d’ignorer de facto une très forte expression de la volonté populaire …
M. P. : Non, je ne pense pas que ce soit possible, je pense que c’est peu probable, du moins à cette époque. D’autre part, l’Église elle-même démontre qu’elle traverse des difficultés avec sa propre doctrine sociale. Elle minimise elle aussi. Aujourd’hui, il nous manque quelqu’un qui écrive De civitate Dei, tandis que l’Empire romain s’écroule. Et c’était l’Empire romain, pas l’Union européenne! Comme vous le voyez, il est préférable que je m’arrête ici.

Interview traduite de l’italien par Solène Tadié.

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