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Marcello Pera : Mon ami Joseph Ratzinger

© Public Domain
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Retour sur l’amitié personnelle et intellectuelle entre le philosophe et le Pape émérite.

 

 
Comment vos relations se sont-elles développées?
M. P. : Nous nous sommes revus plusieurs fois, sans jamais discuter de questions politiques au sens strict. L’un des thèmes à l’ordre du jour -également au Parlement- était l’Europe. Un jour, je l’ai invité à animer des conférences à la bibliothèque du Sénat sur la situation culturelle et spirituelle de l’Europe. C’est ainsi qu’est né l’ouvrage Senza radici (« sans racines ») qui est la matérialisation d’une conversation non plus privée, mais publique et écrite.
 
Quelles sont les questions sur lesquelles vous vous accordé?
M. P. : Au-delà de l’Europe, que je considérais comme un désert spirituel- ce qui est toujours le cas-, je dirais le rapport entre laïcs et croyants. C’est aussi l’une des caractéristiques de l’œuvre de Joseph Ratzinger : parler avec les laïcs et les défier. Plus que toute autre chose, la question pour le laïc est : sur quelle base reposent les valeurs auxquelles il se dit particulièrement lié ? De quelle façon les argumente-t-il et les défend-il, à une époque où elles sont attaquées de l’intérieur et de l’extérieur? Nous connaissons la réponse, qui est toujours la même depuis les Lumières: la raison.
D’accord, mais que peut offrir la raison quand c’est précisément la raison qui est en cause ? Si la raison d’un groupe nous mène à la conclusion qu’il est «rationnel» d’autoriser par exemple l’avortement et que la raison d’un autre groupe le nie, à quelle raison doit-on recourir ? Et quand la raison européenne se trouve contestée et attaquée par la raison islamique par exemple, à qui pouvons-nous nous adresser et comment résoudre le conflit ? Il ne suffit pas simplement  de parler de «dialogue», pour reprendre le terme des laïcs, mais aussi de beaucoup de membres de l’Eglise d’aujourd’hui : le dialogue n’en est pas un s’il n’existe pas de critère pour dialoguer. Ce critère est-il construit par la raison ou bien est-ce la raison qui le découvre? Et si elle le découvre, de quelle façon est-ce que cela s’opère? Par une illumination? C’est sur ce point que Ratzinger, qui est lui aussi un adepte de la raison- autant que le plus fervent des laïcs- oriente la discussion vers la vérité. Et c’est ainsi que l’on en revient aux limites du relativisme. Ces problématiques sont fascinantes, et d’une profonde actualité politique, même si les apparences disent le contraire.
 
Vos relations se sont-elles poursuivies quand Joseph Ratzinger est devenu pape? De quelle manière?
M. P. : Oui, nous nous sommes revus même après, et cela s’est poursuivi au fil du temps. Je le remercie encore et lui serai éternellement reconnaissant pour les rencontres privées qui m’a accordées. Ce n’était pas facile pour lui, mais il était toujours naturellement généreux. Je ne l’oublierai jamais. Tout comme je n’oublierai jamais la préface qu’il a bien voulu rédiger pour mon livre Pourquoi nous devons nous dire chrétiens. Ce ne sont que quelques pages, mais si nous les lisons avec attention, nous pourrons y trouver un trésor.
 
La renonciation du pape Ratzinger vous a-t-elle surpris? La considérez-vous comme un acte rationnel ? Selon vous, quelles sont les principales conséquences d’un tel acte?
M. P. : J’ai éprouvé de l’amertume, mais je n’étais pas surpris. On ne peut guère être surpris lorsque quelqu’un devient vieux ou perd ses forces, on le regrette tout au plus. Mais je comprends son geste, et j’ai voulu le comprendre. C’est comme s’il s’était tourné à genoux vers le Seigneur et qu’il lui avait dit : « Seigneur, que veux-tu de moi? Comment puis-je te servir maintenant que mes forces ne sont plus les mêmes? Comment puis-je porter ta Croix et satisfaire les exigences et les charges que tu as placées sur mes épaules? Comment puis-je servir ton Eglise, à un moment si difficile pour elle, si mes forces ne suffisent pas à corriger ses erreurs? ». Beaucoup de gens, même dans l’Église, ont bien des difficultés à se faire une raison de sa démission, et je les comprends aussi. Mais cela me paraît être une paresse intellectuelle: étant donné que cela ne s’est jamais fait, il ne peut pas le faire non plus. Cette paresse peut devenir de l’arrogance, or il faut au contraire que cela se transforme en acte de foi, comme pour Benoît XVI. Quant aux conséquences, on ne peut en parler, tout simplement parce que cet acte du pape a été prophétique, et la prophétie n’est pas mesurable par des calculs de courte durée. C’est un dessein de Dieu.

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