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OPINION Euthanasie et Etat-nazi

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Euthanasie et nazis

Faustine Malloizel - Cahiers Libres - Publié le 27/06/14

Retour dans les Cahiers Libres sur Bernard Kouchner, la connotation agressive du terme “euthanasie” et sa paronymie avec le nazisme.

L’intervention de Bernard Kouchner sur la connotation agressive du terme “euthanasie” et sa paronymie avec le nazisme est propre à susciter, sans doute à l’inverse de son intention, une réflexion constructive sur les liens entre l’Etat nazi et le pouvoir de donner la mort.

Tout d’abord les faits : Hitler, dès son accession au pouvoir, se propose avec Himmler de mettre en place un programme d’euthanasie. Cependant l’opposition des milieux ecclésiastiques empêche, à ce moment là, son application systématique (bien que des assassinats au coup par coup soient perpétrés). C’est au début de 1940 qu’Hitler décide l’appliquer intégralement. Il est conçu comme un “programme humanitaire” (sic) et prend le nom de Programm für unheilbaren Kranken, c’est-à-dire “programme pour le malade incurable” : il s’agissait de la suppression planifiée et systématique des malades mentaux déclarés incurables (après un bref bilan médical).

Ce qu’il est intéressant de remarquer, c’est que ce programme fut appliqué à un moment où sa mise en oeuvre pesait comme une lourde charge sur l’économie de guerre, et alors même qu’il suscitait une forte contestation populaire : cette double contrainte n’empêcha pourtant pas Hitler de l’appliquer jusqu’en août 1941 (lorsque la contestation des évêques et des familles se fit trop forte), quinze mois en tout, durant lesquels 60 000 personnes (surtout enfants et personnes âgées) furent supprimées.

Si ce contexte défavorable ne dissuada pas Hitler de mettre en oeuvre le progamme d’euthanasie, n’est-ce pas que celui-ci correspondait à une nécessité inhérente à l’idéologie qu’il servait ? Quelle relation, si opportunément servie par la sonorité, rattache l’euthanasie à l’Etat nazi ?

L’Euthanasie-Programm correspond à la planification étatique de la suppression systématique de vies humaines – pas n’importe lesquelles : celles des personnes les plus faibles, notamment les malades mentaux réputés incurables. Le programme reprend en effet à son compte les travaux du juriste Karl Binding, qui a développé le concept de “vie indigne d’être vécue” (dans un ouvrage intitulé Die Freigabe der Vernichtung lebensunwerten Lebens/L’autorisation de supprimer la vie indigne d’être vécue, écrit avec le psychiatre Alfred Hoche) : “Existe-t-il des vies humaines qui auraient à ce point perdu la qualité de bien juridique que leur prolongation, aussi bien pour le porteur de la vie que pour la société, serait définitivement privée de toute valeur?”, telle est l’interrogation de Karl Binding, qui conclut par la nécessité d’autoriser la suppression de telles vies (d’abord dans le cadre du suicide, puis dans celui de l’euthanasie).

C’est donc une nouvelle catégorie juridique, celle de “vie sans valeur”, que propose le juriste. Ainsi le simple fait biologique de la vie humaine n’a pas de valeur en soi, mais c’est du fait de sa caractérisation comme “bonne”, pour la société comme pour l’individu, que la vie humaine est posée comme “porteuse de valeur”. Or poser la valeur de quelque chose, c’est en même temps poser la possibilité de sa négation : selon Carl Schmitt, le “juriste du IIIe Reich”, “celui qui pose une valeur pose eo ipso une non-valeur ; le sens de cette déclaration de non-valeur est la suppression de celle-ci”. Ainsi, dès lors que la valeur de la vie humaine est déliée du simple fait de son existence biologique, il faut une instance pour attribuer cette valeur, ou ne pas l’attribuer – c’est-à-dire une autorité capable de caractériser telle vie humaine comme bonne et valable, ou non. Or, si cette caractérisation est juridique, c’est qu’elle est le fait de l’Etat. L’Etat se trouve alors légitimé à attribuer ou non une valeur à la vie humaine : la vie biologique humaine n’est pas conçue comme valeur en soi, porteuse d’une dignité qui précède le pouvoir de l’Etat et qui s’impose à lui ; au contraire le pouvoir étatique s’institue en pouvoir de décréter la valeur de la vie humaine (un phénomène que le philosophe italien Agamben, à la suite de Foucauld, nomme biopolitisation) : il s’agit d’un Etat idéologique, créateur de valeur.

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euthanasie
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