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Euthanasie : la vérité des mots

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Abbé Grosjean - Padreblog - Publié le 26/06/14

Hier, le procès Lambert. Aujourd’hui, le verdict Bonnemaison. Deux affaires bien différentes qui, d’une façon ou d’une autre, relancent le débat sur l’euthanasie.

Un point commun pourtant : dans les deux cas, la bataille des mots fait rage. Ce n’est pas anodin et voici pourquoi.

Vincent Lambert « victime  d’acharnement thérapeutique ». Vincent Lambert « maintenu artificiellement en vie ». Il faut « aider Vincent Lambert à partir doucement ». Vincent Lambert ne vit pas, « il survit ». Vincent Lambert ne communique plus : « il est déjà mort ».
Bonnemaison, « tout sauf un assassin ». « C’était de la compassion pour ses malades ». « Il a voulu agir en médecin »… Ces expressions ont été utilisées par des journalistes, des avocats, des magistrats, des médecins … elles sont tout sauf innocentes. Derrière le choix des mots, il y a une idéologie, c’est-à-dire la volonté de faire primer les idées sur le réel. La volonté de gommer le réel pour faire passer ses idées.

Retour sur la loi LEONETTI
La loi Leonetti s’adresse aux patients en fin de vie. Avec elle, nous étions tous d’accord pour refuser deux choses :
–       l’acharnement thérapeutique, ces traitements disproportionnés qui n’ont plus pour objectif de guérir mais juste de prolonger de façon déraisonnable, et dans des conditions difficiles, la vie du patient.
–       l’euthanasie, le fait de provoquer la mort de façon délibérée.

La loi Leonetti encourageait le développement des soins palliatifs pour lutter contre la douleur et permettre au patient de vivre la fin de sa vie. Mais il y avait une faille dans cette loi : la question de l’alimentation et de l’hydratation. Celles-ci étaient considérées comme des traitements qu’on pouvait du coup interrompre si on les jugeait disproportionnés. Alors que beaucoup pensent que l’alimentation et l’hydratation sont à considérer comme des besoins vitaux et non des soins, à commencer par le Magistère de l’Eglise qui s’est prononcé sur ce point (voir ici et ici). Combien de malades, mais aussi de personnes handicapées, ne peuvent se nourrir tout seuls ? Comment les priver de cet essentiel ? Mis à part ce point précis, la loi Leonetti avait fait consensus. Elle avait eu le mérite de poser un adage : « ni acharnement, ni euthanasie ».

La faille s’ouvre avec l’affaire LAMBERT
Vincent Lambert n’est pas en fin de vie. A la suite d’un accident, il est très lourdement handicapé, ce qui est très différent. C’est un patient tétraplégique, pauci-relationnel comme 1700 autres en France. En soi, il peut vivre encore longtemps. Il ne peut pas se nourrir ni boire tout seul.
Aux yeux de son médecin, il relève pourtant du cadre d’application de la Loi Leonetti. Vincent Lambert vit, il est aidé pour boire et manger. Comme beaucoup d’autres personnes handicapées ou malades. Mais pour son médecin et une partie de sa famille, ce n’est qu’une survie. On s’acharne. Un jour, le médecin décide d’arrêter. Non pas les soins de Vincent, mais son alimentation. Vincent Lambert va mourir. Et mourir de faim. Sans qu’il puisse bien sûr réagir. Ce sont ses parents, en venant le visiter, qui vont découvrir qu’il n’est plus alimenté. Ils vont alerter la justice. On est en train de tuer leur fils ! On le laisse mourir de faim, sans qu’il puisse s’exprimer. La tempête juridique et médiatique commence. Une course contre la montre aussi. Chaque décision de justice vient suspendre ou relancer le processus de mort. Jusqu’à cette décision du Conseil d’Etat, la plus haute juridiction de notre pays.

Ne jouons pas sur les mots : en affirmant que l’alimentation et l’hydratation de Vincent Lambert sont des traitements disproportionnés – qu’on peut donc stopper en conformité avec la loi Leonetti – le Conseil d’Etat n’accepte pas seulement qu’on « laisse partir Vincent » (il n’est pas en train de mourir) ou qu’on « cesse de le maintenir en vie » (il est en vie, sans soins ou traitements particuliers) mais bien qu’on le tue. Le Conseil d’Etat accepte qu’on ne nourrisse plus Vincent, qu’on ne l’hydrate plus, avec comme conséquence voulue et recherchée qu’il meurre. Pour la première fois depuis l’abolition de la peine de mort, une juridiction française vient de décider la mort d’un homme, un homme incapable de se défendre. On peut retourner les mots dans tous les sens, la réalité froide, glaçante et terrible est celle-là. Voilà pourquoi il faut habiller cette réalité. Cette décision a depuis été suspendue pour être examinée par la Cour Européenne des Droits de l’Homme.

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