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Malaisie : le nom « Allah » reste interdit aux chrétiens

The Malaysian Insider
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Dans la polémique sur l’usage du mot ‘Allah’, la Cour fédérale donne tort à l’Eglise catholique. Mais ce feuilleton judiciaire qui dure depuis 7 ans aura des suites…

23/06/2014

(Légende photo : Le P. Lawrence Andrew à la sortie de la Cour fédérale de Malaisie, le 23 juin 2014, à Putrajaya. The Malaysian Insider)

De l’Agence d’Information des Missions Etrangères de Paris (MEP), Eglises d’Asie :
 
Statuant à quatre voix contre trois, les juges de la Cour fédérale de Malaisie se sont prononcés contre la révision d’une décision rendue en 2013 par la Haute Cour de justice du pays. Ce faisant, elle a confirmé l’interdiction faite à l’hebdomadaire catholique The Herald d’utiliser le mot ‘Allah’ dans ses colonnes en langue malaise. Cette décision, prise par l’instance de dernier recours du système judiciaire malaisien, constitue une défaite des chrétiens de Malaisie, notent les observateurs locaux, mais ne referme pas pour autant une affaire commencée en 2007.
 
A Putrajaya, capitale administrative du pays, les juges de la Cour fédérale avaient entendu les parties en présence de cette affaire qui a fait couler beaucoup d’encre et provoqué quelques troubles le 5 mars dernier. Signe de la sensibilité de cette affaire, c’était la troisième fois seulement depuis 1965 que la Cour comptait sept juges, là où habituellement seuls cinq magistrats siègent, et c’était la première fois pour une affaire au civil (les deux cas précédents concernaient des affaires au pénal). Il aura donc fallu deux mois et demi aux juges pour se prononcer.
 
L’affaire avait débuté en 2007 : le ministère de l’Intérieur avait alors menacé de révoquer l’autorisation de publication du journal The Herald, principale publication de l’Eglise catholique de Malaisie, en invoquant le fait que l’usage par le journal du mot ‘Allah’ dans ses colonnes en malais était de nature à semer la confusion dans l’esprit des musulmans et pouvait constituer une incitation à les convertir – ce qui constitue un crime dans le droit malaisien. L’éditeur du Herald, l’archidiocèse de Kuala Lumpur, avait porté l’affaire en justice et si, en première instance, un jugement de 2009 lui avait donné raison, cette décision fut cassée quelques mois plus tard en appel, décision que la Haute Cour de justice du pays a confirmé en octobre 2013. C’est ce jugement, défavorable donc à l’Eglise, que la Cour fédérale a choisi de confirmer.
 
Entre ces dates, l’affaire a fait grand bruit en Malaisie. Les chrétiens ont fait valoir que le mot ‘Allah’ pour dire ‘Dieu’ était en usage chez eux depuis des siècles et qu’il ne posait aucune difficulté ailleurs dans le monde musulman, que celui-ci soit arabophone ou de l’Indonésie voisine. Au plus fort de la tension, lors des épisodes judiciaires de 2009, des attaques contre des lieux de culte chrétien ont laissé entrevoir le spectre d’affrontements intercommunautaires. Et en janvier de cette année, deux cocktails Molotov lancés contre une église ont ravivé la crainte de nouveaux dérapages violents, sans compter la confiscation, en janvier toujours, de plusieurs centaines de bibles en malais par des institutions islamiques, ce qui a fortement inquiété la minorité chrétienne (environ 9 % de la population).
 
Ce 23 juin, devant le Palais de justice de Putrajaya, des organisations ethno-malaises, qui promeuvent l’identité exclusivement musulmane de la composante malaise de la population de la Fédération de Malaisie, ont bruyamment accueilli la décision au cri d’« Allahu Akbar ». Le président de l’une d’elles, ISMA, l’a commentée en mettant en garde l’Eglise catholique contre la tentation de se livrer à « des déclarations provocantes » ou de « défier la décision de la Cour ».
 
Signe du caractère sensible de l’affaire, le gouvernement a lui aussi très rapidement réagi et cherché à rassurer les chrétiens de Malaisie en rappelant que l’interdiction d’utilisation du mot ‘Allah’ était limitée à la section en malais du Herald et que les chrétiens malaisiens pouvaient continuer à utiliser ce mot dans leurs églises. La « déclaration en dix points » de 2011 restait d’actualité, a précisé le gouvernement (1).

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