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La prière de l’imam dans les jardins du Vatican : trahison ou incompréhension ?

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« Donne-nous la victoire sur les infidèles » a récité l’imam invité par le Pape à la rencontre de prière pour la paix du 8 juin. Qu’est-ce à dire ? En France, le sujet enflamme les réseaux sociaux. L’éditeur d’Aleteia en langue arabe a mené l’enquête.

19/06/2014

Le 8 juin dernier avait lieu la rencontre de prière pour la paix en Terre Sainte, organisée par le pape François dans les jardins du Vatican, en présence des leaders israélien et palestinien Shimon Peres et Mahmoud Abbas, et du Patriarche œcuménique de Constantinople Bartholomée Ier (cf. Aleteia). Depuis, des voix s’élèvent en ligne non pas pour critiquer cet événement historique considéré par certains comme « un petit miracle », mais pour les quelques mots prononcés par l’imam lors des invocations. Le texte de l’imam, invité par le pape François, était écrit en arabe et n’avait pas de traduction, ni ne figurait dans le livret distribué au public présent à la rencontre. Mais le cœur du problème est tout autre.

La problématique de la deuxième sourate
La problématique réside dans les derniers versets de la deuxième sourate du Coran (Al Baqarah) et plus précisément la dernière phrase: «Tu es Notre Maître, accorde-nous donc la victoire sur les peuples infidèles.» Qui sont donc ces "infidèles"? Et pourquoi l’imam a-t-il fait le choix de réciter ces versets lors d’une rencontre de prière regroupant chrétiens, musulmans et juifs ?
Des réactions limitées mais vives n’ont pas tardé pas à fuser, surtout en France, où certains ont voulu voir dans ce verset une tromperie de la part de l’imam, se hâtant d’établir le lien entre ce verset et un autre le précédant, à savoir le verset 191: " Et tuez-les où que vous les rencontriez". Leur accusation : " La prière pour la paix a été clôturée par un appel à la guerre contre les chrétiens et les juifs, et ce sous les regards du Pape et au sein de sa demeure." L’argument d’autorité auquel ont recours ces accusateurs est limpide : "S’il n’en était pas ainsi, pourquoi le texte ne figure-t-il pas dans le livret ? L’imam cherchait-il à échapper à la censure?" Et si la vérité était tout autre ?

Les faits et l’avis d’un expert
De telles accusations peuvent rapidement venir fragiliser la base d’entente commune entre les religions monothéistes et porter un coup dur aux relations que le Saint-Siège peine à entretenir avec les musulmans. Vu que nous tenons à soutenir le Saint-Siège en général et le Saint-Père en particulier dans ce parcours vers la paix, nous nous devons de clarifier ce qui s’est passé pour barrer la route à toute tentative de falsification des faits et d’occultation de l’objectif principal de cette rencontre voulue par le Pape.
C’est pourquoi Aleteia a interrogé à ce propos, Adnan Al Mokrani, professeur musulman au sein de l’Université pontificale Grégorienne et à l’Institut Pontifical d’Études Arabes et d’Islamologie. Le professeur Al Mokrani nous a indiqué qu’il récitait, à l’instar de nombreux musulmans, ces versets lors des prières quotidiennes et que le terme « infidèles » ne désigne, en aucun cas, dans le Coran, les juifs et les chrétiens, bien que certains musulmans l’aient utilisé, au fil de l’histoire, pour désigner les non-musulmans en général.
Selon notre expert, en arabe, le sens étymologique du mot "kafir" signifie « la couverture ». L’un des versets du Coran qualifie les agriculteurs d’infidèles « kouffar » pour dire qu’ils couvrent la terre de graines en la cultivant. Pour le professeur Al Mokrani, dans un sens purement religieux, le mot veut dire “celui qui cache, dissimule et nie la foi bien que son cœur lui ait assuré qu’il s’agit de quelque chose de bon. " En d’autres termes, il qualifie celui qui s’oppose à la foi par intérêt personnel ou par égoïsme. Pour Adnan Al Mokrani, « un musulman peut être également considéré comme "infidèle" lorsqu’il nie la grâce de la miséricorde divine pour servir ses propres fins et passions.