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Le viol, une arme de destruction massive au Congo

© United Nations Photo / flickr

https://www.flickr.com/photos/un_photo/5736720813<br /> <br /> Young Girl with Baby in DR Congo<br /> <br /> A young girl carries a baby in Lake Albert, Democratic Republic of the Congo (DRC).<br /> Photo ID 133059. 08/10/2006. Lake Albert, DRC. UN Photo/Martine Perret. www.unmultimedia.org/photo/

Isabelle Cousturié - Publié le 18/06/14

Témoignages sur ces atrocités en marge de la conférence mondiale de Londres sur les viols utilisés comme armes de guerre (10 au 13 juin). Le cas emblématique de la République Démocratique du Congo y a été largement évoqué.

Les violences sexuelles en zone de guerre se multiplient. En République Démocratique du Congo, pays le plus touché par ce fléau, on estime qu’une quarantaine de femmes et de filles sont violées chaque jour, dont beaucoup dans le seul but de « détruire la femme porteuse de vie », rapporte un médecin congolais qui soigne les victimes de ces violences. Denis Mukwege, célèbre pour son aide aux femmes violées dans l’est de la République démocratique du Congo, a appelé à la « mobilisation générale » contre les viols qui n’épargnent ni enfants, ni même bébés.


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Le docteur Denis Mukwege, gynécologue, est un des plus grands spécialistes des traitements de tortures sexuelles. Il faisait partie des centaines d’experts invités au grand sommet mondial sur le viol en tant qu’arme de guerre, qui s’est achevée à Londres, le 13 juin dernier, après trois jours de conférences et l‘élaboration d’un protocole d’accord afin d‘établir des critères internationaux pour enquêter sur ces crimes et les répertorier.

Que les viols soient « des armes de destruction de masse » en RDC, cela fait 7 ans que la commission de l’archidiocèse de Bukavu en a alerté le monde, et le médecin congolais confirme l’ampleur du fléau. Un document, diffusé par Fides, analysait le phénomène en ces termes : « La femme est considérée en premier lieu comme mère. Elle donne la vie. Elle représente ce qu’il y a de plus sacré dans la tradition africaine (…) Dans un contexte de ce genre, les violences à l’encontre des femmes sont considérées comme un moyen d’infliger la mort à l’ensemble d’une communauté. Il s’agit d’un moyen pour frapper au cœur même de la communauté ».


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Le Dr. Mukwege dirige le centre sanitaire de Panzi, à Bukavu, chef-lieu du Sud Kivu, qui, avec le Nord Kivu, constitue l’une des deux zones les plus instables de l’est de la République démocratique du Congo à cause de la présence de nombreux groupes armés qui sèment la terreur parmi la population. Il ne cesse d’appeler à la mobilisation générale contre les viols de femmes mais également d’enfants et de bébés, ignorant les menaces qui pèsent sur lui et qui l’ont obligé à quitter Bukavu pendant un certain temps.

Car en RDC, les viols sont planifiés, organisés, mis en scène : « Ils correspondent à une stratégie visant à traumatiser les familles et détruire les communautés, provoquer l’exode des populations vers les villes … C’est une arme de guerre. Formidablement efficace… on viole des femmes, des petites filles et depuis peu des bébés. On viole collectivement, en public, pour démolir et pour terroriser », témoignait-il déjà l’année dernière dans les colonnes du Monde en décrivant l’enfer vécu dans son pays par plus de 500.000 femmes depuis 1996.

« Il n’y a pas de fatalité »

Pour le Dr Mukwege, il « n’y a pas de fatalité », ces viols en masse doivent être dénoncés, il faut créer des mécanismes d’alerte en matière de sécurité et mettre fin à l’impunité. « Avec l’impunité, tout le monde peut se permettre de dire n’importe quoi », lui a fait écho une de ses consœurs, radiologue, de l’hôpital Panzi, Nadine Neema Rukunghu, qui précise : « Il y en a certains qui disent qu’on peut guérir du VIH si on couche avec une fille vierge. On a aussi eu deux fillettes violées parce qu’on a dit à un chercheur de diamants: si tu commences par coucher avec une fillette de moins de dix ans, après, en creusant, tu vas trouver un plus beau diamant ».

Les auteurs des faits sont souvent « des civils, démobilisés de l’armée, mais qui n’ont pas été encadrés et qui ont cette culture de la violence», explique-t-elle. Habitués à l’horreur, persuadés de ne jamais être inquiétés par la justice, ils perpétuent le « cycle des traumatisés ».

Après des années d’indifférence et d’impuissance, les choses commenceront-elles à bouger  après le sommet de Londres ? Selon l’ONU, entre 250.000 et 500.000 femmes ont été violées au cours du génocide du Rwanda de 1994. Plus de 200.000 femmes auraient souffert de violences sexuelles depuis 1998 au Congo, plus de 60.000 lors du conflit en Sierra Leone. Et au moins 20.000 pendant le conflit en Bosnie au début des années 1990.

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