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Joseph Ratzinger : le football est un retour au Paradis !

Marian Lambert / Wikimedia Commons
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A quelques jours du coup d'envoi, retour sur une réflexion du cardinal Ratzinger sur la Coupe du Monde de football.

Voilà bien un fan de foot que l’on n’attendait pas : le cardinal Joseph Ratzinger ! À la veille du Mondial 2014 au Brésil, c’est le moment ou jamais de relire cette réflexion de 1985 sur le football, parue dans son livre  « La gloire de Dieu ». Un ouvrage écrit avant la Coupe du monde de football de 1985 au Mexique, et qui débute par une question élémentaire autant que profonde : pourquoi ce sport parvient-il à électriser autant de gens ?  Voici  quelques-unes de ses réponses les plus percutantes.

D’où vient cette fascination pour le football ?
À intervalles réguliers, tous les quatre ans, la Coupe du monde de football est un événement qui captive l’attention de plusieurs centaines de millions de personnes. Aucun  autre événement n’est capable d’opérer un mouvement d’une telle ampleur dans le monde. Ce qui prouve que cette manifestation sportive sollicite un élément primordial en l’homme, et la question est de savoir sur quoi se fonde ce pouvoir d’un jeu. Le pessimiste affirmera que c’est la même chose que dans la Rome antique.

Réintégrer le Paradis
Dans cette Rome antique, le mot d’ordre des masses était panem et circenses, du pain et du cirque. Du pain et des jeux constitueraient donc le mot d’ordre vital propre à toute société décadente qui ignore tout autre but dans la vie. Mais  même si l’on accepte l’explication, elle n’est pas complètement satisfaisante. Il faudrait également se demander d’où vient cette fascination pour un jeu qui va jusqu’à revêtir la même importance que le pain ? Pour ce qui est de la Rome antique, on pourrait répondre que la demande ‘du pain et des jeux’ n’est rien d’autre que l’expression d’une vie paradisiaque, une exigence d’une vie de satiété sans effort, d’une liberté accomplie.
 
Car c’est bel et bien ce qu’on entend par le jeu : un acte de liberté totale, qui ne poursuit aucun objectif, ne répond à aucune nécessité, engage et mobilise néanmoins toutes les forces de l’homme. En ce sens, le jeu serait alors une sorte de tentative de réintégrer le paradis: de s’évader des contraintes  du quotidien et de la nécessité de gagner son pain, pour accéder à ce qui n’est pas obligatoire et donc qui est beau.

Le jeu unit
Le jeu dépasse donc la vie quotidienne. C’est aussi  un exercice d’apprentissage de la vie, surtout chez l’enfant. Il symbolise la vie elle-même et l’anticipe en quelque sorte à travers une forme librement structurée. Il me semble que la fascination exercée par le football réside pour l’essentiel dans le fait qu’il relie ces deux aspects d’une manière très convaincante. Il oblige l’homme à s’imposer une discipline qui lui fait acquérir une maîtrise de soi par l’entraînement; et, avec cette maîtrise, une supériorité et, avec la supériorité,  la liberté. Le jeu lui enseigne aussi une entente collective disciplinée: le jeu d’équipe oblige à fondre l’individualité dans le tout, l’équipe. Elle unit les joueurs dans un objectif commun; le succès et l’échec de chacun résultent du succès et de l’échec du groupe.

Risque d’un esprit affairiste
En outre, le jeu enseigne le fair-play, où la règle commune, à laquelle chacun est soumis, reste l’élément qui lie et unit dans l’opposition. Enfin, la liberté du jeu, si celui-ci se déroule de façon correcte, permet de dissiper la gravité du jeu entre concurrents. En y assistant, les spectateurs s’identifient au jeu et aux joueurs. Et participent donc personnellement à l’entente et à la rivalité, à la gravité et à la liberté. Les joueurs deviennent alors pour les spectateurs un symbole de leur vie, avec un effet en retour : ils savent que ceux-ci  les représentent et se sentent confortés. Naturellement, tout ceci peut facilement être corrompu par l’esprit affairiste qui soumet le sport à la dure loi de l’argent, en fait une industrie et le transforme en un monde illusoire aux dimensions effrayantes.

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