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Être surdoué, une fatalité ?

© KPG Idream/SHUTTERSTOCK
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Dans une interview accordée à Radio Vatican, la psychanalyste Monique de Kermadec évoque la souffrance que peut représenter le don d’une intelligence supérieure.

14/05/14

« Un adulte surdoué est une personne qui se remarque très rapidement parce que son rapport au monde, son regard sur le monde, est différent de celui des autres. C’est quelqu’un qui se présente avec une intensité, une curiosité, une grande sensibilité, qui ne peut pas laisser les autres indifférents », explique Monique de Kermadec, auteur de l’essai intitulé L’adulte surdoué- Apprendre à faire simple quand on est compliqué, au micro de Radio Vatican.

Ces facultés et cette originalité hors du commun confèrent au sujet un champ d’action considérable dans la société, mais ce n’est pas sans conséquences. Les personnes dont les facultés intellectuelles dépassent la norme doivent très souvent composer avec de grandes difficultés dans leur rapport aux autres et à eux-mêmes : « La personne a une grande attente dans la relation avec les autres, et peut se trouver déçu, sans très bien comprendre pourquoi la relation ne peut pas aller plus loin, pourquoi elle ne peut être plus riche, plus satisfaisante », précise la psychanalyste.

C’est pour cette raison que l’enfant surdoué malheureux l’est souvent d’autant plus à l’âge adulte lorsque les difficultés de la vie s’intensifient, à moins d’avoir acquis une réelle connaissance de soi, lui permettant de mieux s’adapter au monde qui l’entoure. Dès les premiers mois de son existence, l’être surdoué fait état d’une expressivité extraordinaire, qui se traduit par des gestes, des regards, des éclats de rire que des bébés « ordinaires » ne manifesteraient pas.
Le diagnostic de « surdouance », comme on l’appelle dans le jargon médical, peut être généralement posé autour de 6 ans : l’enfant se distingue en principe par une très forte sensibilité, qui s’expliquerait par une vulnérabilité particulière de l’amygdale, la zone cérébrale permettant de décoder les émotions. L’une des expressions de cette hypersensibilité est notamment une profonde empathie à l’égard d’autrui, assortie d’un attachement envers des valeurs éthiques bien définies. 

Il est en outre important de souligner que les personnes surdouées ne sont pas forcément plus intelligentes que les autres, elles le sont en tout cas différemment de la grande majorité de la population : dès l’enfance, le surdoué place l’intuition devant le raisonnement logique. Et cette caractéristique n’est pas nécessairement liée à leur Quotient Intellectuel. C’est ce qu’explique notamment la psychologue Audrey Platania, dans une interview donnée au site Cmonécole : « Le QI, mesuré par des tests, est un indice, mais ce n’est pas le seul indice. Ce n’est absolument pas le QI tout seul qui permet de poser le diagnostic. En effet, les surdoués ont un mode de pensée différent, ils ont une fulgurance de pensée qui fait que face à un problème ils accèdent à la réponse d’une manière plus rapide… mais parfois sans savoir comment. Ils peuvent avoir du mal avec les raisonnements logiques, mathématiques, traditionnels. Les surdoués sont aussi des enfants qui font passer l’affect avant tout, des ‘surdoués du cœur’. Ils marchent beaucoup à l’affectif. Ils sont hypersensibles à l’injustice. Ils sont très attachés à la notion de loyauté dans les relations avec autrui, ils peuvent ressentir comme des trahisons ce qui nous semblerait de petites contrariétés. On peut donc avoir moins de 130 au test de QI et être surdoué, parce qu’on aura ces caractéristiques. Inversement, on peut avoir plus de 130, et ne pas être surdoué, mais juste très intelligent … ».
 
Ces explications nous renvoient irrémédiablement aux cas des grands créateurs de ce monde, qui s’inscrivent généralement dans ce cas de figure. Les plus grands artistes de l’Histoire, si l’on regarde leur vie d’un peu plus près, ont toujours dû faire face à un rapport très délicat -voire très douloureux- aux autres, à eux-mêmes, et au monde : Albert Einstein, Virginia Wolf, Ernest Hemingway, Robert Schuman, Ludwig Van Beethoven, Camille Claudel, Winston Churchill, Edgar Allan Poe, la liste est des plus longues, mais la plupart d’entre eux sont parvenus à trouver leur place sur terre en canalisant leur extrême richesse, dans la création justement.

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