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La cour des miracles à Rome

Canonization John Paul II and John XXIII – fr

© Sabrina Fusco / ALETEIA

Guillaume de Prémare - publié le 02/05/14

Dans sa dernière chronique sur l'antenne de radio Espérance, Guillaume de Prémare revient sur la réaction de certains au moment des canonisations.

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Le jour de la double canonisation de nos saints Papes, une grande bourgeoise, figure du patronat français, postait ce message sur Twitter : « Impressionnant ce besoin d’irrationalité aveugle comblé par la religion. Rome aujourd’hui : la cour des miracles. »
Je me suis laissé dire que ce Tweet ne traduisait pas tant un mépris de la religion qu’un mépris de l’expression populaire de la religion. Mettez cette femme du monde à la table d’un Monsignore en vue ou d’un « dominicain de cour » dans l’une de ces coteries romaines, et il y a fort à parier que la grande dame y trouvera la religion mondaine fort respectable.

Cependant, il faut reconnaître que notre grande bourgeoise a peut-être rendu le plus bel hommage qui soit à l’événement de la place Saint-Pierre. La « cour des miracles » dit-elle. Quelle heureuse expression : bravo chère Madame, vous avez tout compris !
La cour des miracles est un refuge. Un refuge pour boiteux, gueux, estropiés, borgnes, difformes, rebuts, reclus, bohémiennes, filles à vandales, filles de petite vertu et bandits de grand chemin. Voici le saint cortège des traine-savates qui s’accrochaient à la tunique de Jésus sur les chemins de Galilée. Voici le peuple de Dieu, voici le peuple saint !
Mais « je ne suis pas un gueux », me diras-tu. Oh que si, tu l’es ! Tu es un gueux chaque fois que tu déposes tes suffrages au pied d’une statue pour la guérison de ton enfant. Tu es un gueux chaque fois que tu niches tes misères crasses au milieu des roses de la petite Thérèse. Tu es un gueux chaque fois que tu trimbales ton infirmité spirituelle au pied du tabernacle, chaque fois que tu rentres piteux au confessionnal, chaque fois que tu poses tes lèvres sur une petite croix de bois ou un chapelet dont toi seul, le bon Dieu et ses saints connaissez l’histoire sainte.

D’où vient ce « besoin d’irrationalité aveugle » dont parle notre grande bourgeoise ? Il vient de la misère. Il vient de la misère et il est la porte d’entrée de la miséricorde. Cette expression du surnaturel – que d’aucuns nomment le « merveilleux » – est la théologie du peuple, la religion du peuple. Dimanche, l’Eglise a parlé le langage du peuple. Le Pape a fait les gestes du peuple, embrassant les reliquaires, posant sa main droite sur la statue de la Vierge avant de se signer.

L’Eglise n’a pas parlé le langage du monde et des diners en ville. L’Eglise a montré au monde les cinq plaies du Christ, celles que Thomas toucha pour croire, celles que le peuple contemple sur toutes les croix du monde, celles par lesquelles nous sommes guéris. En parlant de ses saints, L’Eglise a parlé du Ciel, de notre destinée éternelle. L’Eglise a parlé le langage de la misère des hommes et de la miséricorde de Dieu.

Pour nos contemporains, ce langage est-il audible, lisible, crédible comme ont dit ? À la manière du monde, rationnellement, il ne l’est pas. Vous rendez-vous compte que l’Eglise est allée jusqu’à exhumer le cercueil de Jean XXIII, à soulever le couvercle, pour exposer à la vénération des fidèles ce corps refroidi depuis plus de 50 ans ?

Ce langage du peuple, ces gestes du peuple, l’Eglise les a déployés devant le monde, naturellement, comme une évidente évidence, comme suspendue hors du temps, dans une langue antique qu’elle est la seule à parler encore, dans sa tradition grégorienne.
Des centaines de millions de personnes ont vu et entendu cela grâce à la télévision. Combien  de cœurs superbes se sont-ils endurcis encore davantage ? Combien d’âmes de gueux le Christ a-t-il touchées ? Je ne sais pas. Mais ce que je sais, c’est que l’Eglise est un refuge pour les gueux de tous les temps, l’Eglise est bien « la cour des miracles ».

(Chronique diffusée sur l’antenne de Radio Espérance le 2 mai 2014)

Tags:
Pape Jean Paul II
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