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La FSSPX en crise face à la canonisation du pape Jean Paul II

Abbé Fabrice Loiseau - Missionnaires de la Miséricorde divine - publié le 29/04/14

L’opposition réitérée de la Fraternité Saint Pie X à la canonisation de Jean Paul II révèle un profond malaise au sein de la communauté fondée par Mgr Lefebvre, constate l’abbé Loiseau.

L’abbé Fabrice Loiseau, Supérieur des Missionnaires de la Miséricorde Divine, (dont on peut entendre l’homélie sur saint Jean Paul II dans la vidéo ci-dessus) a également répondu dans une autre vidéo, visible elle aussi sur le site des Missionnaires de la Miséricorde divine , à une plaquette contre la canonisation de ce pape par la Fraternité Saint Pie X, fondée par Mgr Lefebvre. Voici son message écrit (publié par le Salon Beige) à propos du même sujet :

« A la suite d’une distribution intempestive (encouragée par l’abbé de Caqueray) par des jeunes du MJCF d’une brochure contre la canonisation de Jean Paul II à la sortie de St François de Paule à Toulon, le dimanche des Rameaux, j’ai publié deux messages qui ont ensuite été assez largement relayés sur la toile… A cette occasion j’ai été en contact avec un certain nombre de prêtres et fidèles de la Fraternité Saint Pie X. Je me suis alors rendu compte qu’il y avait non seulement une lutte d’influence entre les divers courants qui s’affrontent au sein de la Fraternité – et qui peut favoriser la surenchère – mais aussi une réelle détresse chez un certain nombre de ses membres. Je crois que la canonisation de Jean Paul II et, en conséquence, le regard qui est porté sur l’autorité suprême de l’Eglise, met particulièrement en lumière les difficultés communautaires et les contradictions du discours et de la praxis ecclésiale de la FSSPX.

La situation délicate que vivent en ce moment ces personnes parmi lesquelles un bon nombre sont de bonne volonté me touche et après mes interventions assez vives (en raison de personnes peu pratiquantes qui furent scandalisées), je voudrais y revenir plus paisiblement et faire un humble appel à la suite du Pape Jean Paul II, à ceux qui cherchent la lumière de la vérité et le secours de la Miséricorde Divine.

Pourquoi tant de remous dans cette Fraternité ? On aurait pu penser que l’échec des négociations avec Rome replaçât la communauté dans une posture d’opposition aussi radicale que simpliste. Mais l’expérience de ces discussions et la perspective – qui fut très réelle – des accords ont laissé des traces.

Voilà pourquoi l’univers dialectique dans lequel a baigné ce monde est en train de voler en éclats, et ce pour trois raisons principales : grâce à internet, prêtres et fidèles peuvent plus facilement dépasser les frontières et découvrir un certain renouveau dans l’Eglise malgré bien des drames ; internet est aussi une source d’information en interne qui dévoile certains aspects de la Fraternité ; ajoutez à cela les manifestations pour défendre la famille qui ont fait sortir tous les catholiques de leurs chapelles et ont permis aux jeunes de la FSSPX de côtoyer d’autres catholiques…

Un monde qui étouffe en vase clos

Ecoles de la Fraternité ou des dominicaines, Prieurés, MJCF, Cercles de tradition, Civitas, etc. Beaucoup m’ont dit leur lassitude de vivre ainsi en vase clos avec ses codes, sa culture (assez cléricale) et ses petites histoires… Et beaucoup aspirent à élargir un peu leur cercle, mais sans savoir comment faire car loucher vers l’extérieur peut vite devenir suspect et couper brutalement de ce petit monde qui peut alors devenir impitoyable.

Un manichéisme qui n’est plus de mise

La FSSPX avait prophétisé la disparition par dilution des ralliés en tout genre, ceux de la première heure comme ceux de la dernière heure… Et 25 ans après, le réel s’impose à tous : l’ensemble des traditionalistes fidèles au Pape, non seulement n’a pas disparu, mais tout en demeurant lui-même, il continue de croître et est depuis longtemps numériquement nettement plus important que la Fraternité St Pie X. Ajoutons que les séparations plus récentes ont augmenté encore ce déséquilibre : Campos (Brésil), Papa Stronsay (Ecosse), l’Oasis (Espagne) ainsi que les quelques prêtres du Bon Pasteur. Bien-sûr tout ne fut pas simple, il ne faut pas d’angélisme, la crise de l’Eglise est profonde, des tensions ont pu exister dans les aspects missionnaires, mais toutes les communautés Ecclesia Dei ont pu vivre leurs liturgies librement et enseigner l’intégralité de la Foi. Je voudrais rendre hommage aussi à deux cardinaux qui furent passionnés par la fraternité st Pie X : les cardinaux Mayer et Castrillon Hoyos. Ils firent tout ce qui était en leurs pouvoirs pour réintégrer la FSSPX sans aucun piège. Je fus impressionné par leur charité, leur patience vis à vis de la fraternité et de l’ensemble des traditionalistes.

Unité doctrinale et rectitude morale caractérisaient la Fraternité St Pie X, tandis que « l’Eglise conciliaire » étalait au grand jour ses turpitudes. Voilà le cliché souvent véhiculé par la dite Fraternité. Mais Internet dévoile aussi les difficultés de celle-ci : comme ailleurs, on y trouve des divisions entre les évêques de la FSSPX (et oui, les évêques sont aussi des pécheurs !). Prêtres qui quittent le ministère, des problèmes de mœurs exposés dans les médias ! Concubinages, infidélités, divorces progressent aussi chez les fidèles de la Fraternité St Pie X. Quant à l’unité doctrinale, elle est devenue une illusion tellement les sujets qui divisent sont nombreux : l’Eglise, le Pape, le rôle de Benoît XVI, les canonisations, l’évangélisation, la dénonciation de l’erreur, l’obéissance…

On aurait envie de les inviter à un examen de conscience avec les mots de Jean Paul II : « Un test s’impose pour les fils de l’Église: à quel point ne sont-ils pas eux-mêmes atteints par l’atmosphère de sécularisation et de relativisme éthique? Et quelle part de responsabilité ne doivent-ils pas se reconnaître, eux aussi, face à la progression de l’irréligion, parce qu’ils n’ont pas manifesté l’authentique visage de Dieu  » en raison des défaillances de leur vie religieuse, morale et sociale  » ? » (Tertio Millenio Adveniente, 1994, n° 20).

Ajoutons à cela que si les départs de prêtres (je ne parle pas ici de ceux qui ont « défroqué ») ont toujours existé (chaque diocèse de France a parmi ses prêtres au moins un ancien de la Fraternité St Pie X), Internet leur a donné une plus grande visibilité (même au fin fond de la Corse !). Presque chaque semaine de nouveaux départs sont annoncés, soit vers les sédévacantistes – soit vers anti-accordistes, soit vers les diocèses. Des communautés « amies » semblent, à la suite de Mgr Williamson (cf. Aleteia), prendre le large (Avrillé, Morgon, santa Cruz). La lettre des quarante prêtres contre Mgr Fellay est soit ridiculisée, soit entourée d’un silence forcé. On annonce une tournée de confirmations en France par Mgr Williamson. Quelle autorité suprême pourrait interdire à l’évêque rebelle d’être reçu dans les chapelles ? Ainsi on voit bien que des évêques qui n’ont pas reçu leur juridiction du Pape s’enferment un jour ou l’autre dans la logique des églises parallèles : seul le bien des âmes est la loi suprême : « Passons au-dessus de l’institution  » !

Il s’agit donc bien alors du triomphe du subjectivisme protestant ou dans la version irrrationnelle, du recours à l’illuminisme ( telle mystique non reconnue ou telle possédée a dit que…). C’est tout le drame de la fraternité qui défend avec vigueur la primauté de juridiction du pape mais qui la bafoue immédiatement dans la pratique. C’est la Tradition amputée de ce qui constitue l’histoire de cette Tradition. Les départs réguliers de prêtres et les divisions internes donnent alors l’impression d’une Fraternité qui ressemble à « une barque qui prend l’eau de toute part » … La position d’une Tradition ouvertement contre et sans le Pape ne semble plus tenable.

L’incertitude au quotidien

La Fraternité St Pie X qui apparaissait aux yeux de ses fidèles comme un roc stable est devenue au fil du temps une réalité divisée, mouvante et finalement assez fragile, peinant à faire face à de nombreux questionnements. La culture suisse du consensus de son supérieur général (Mgr Fellay) n’y aide sans doute pas non plus.
– Que faut-il penser de Vatican II ? 95 % de bon ou tout mauvais ?
– Vatican II interprété à la lumière de la Tradition ou concile de Satan ?
– Que faut-il penser de « l’Eglise conciliaire » ? Continuité de l’Eglise du Christ ou entreprise maçonnique ?

– Que faut-il penser du Pape ? Un moderniste scandaleux, un étranger, un imposteur, un bon Pasteur, un homme nécessaire à une unité de façade ou le fondement de l’Eglise ?
– Que faut-il penser des Instituts Ecclesia Dei ? Des structures de péché façonnées par la trahison ou des alternatives crédibles ?
– Que faut-il penser du renouveau de l’Eglise (jeune clergé, communautés nouvelles) ? Illusion, piège ou vrai renouveau ?
– Quel code de droit canonique fait référence ? Celui de 1917 ou de 1983 ?
– Peut-on assister aux messes en-dehors de la Fraternité ? des ralliés, messes Paul VI ? (on voit chez les prêtres FSSPX des différences notables dans leur participation à de telles messes ou dans leurs conseils aux fidèles).

On le voit la liste des questions de prêtres et de fidèles de la Fraternité ne cesse de s’allonger et les réponses apportées par les autorités (qui ne sont pas toujours sur la même longueur d’onde) sont différentes chaque jour… ou se présentent sous formes de longues études alambiquées, obscures et parfois peu orthodoxes…(la juridiction donnée par les fidèles ou le refus de l’ infaillibilité du magistère ordinaire et universel de l’Eglise, contestation de l’infaillibilité des canonisations).

Invitation

Face à cette situation, peut-être ces mots de Jean Paul II du 2 juillet 1988 sont-ils plus que jamais d’actualité : « Dans les circonstances présentes, je désire avant tout lancer un appel à la fois solennel et ému, paternel et fraternel, à tous ceux qui, jusqu’à présent, ont été, de diverses manières, liés au mouvement issu de Mgr. Lefebvre, pour qu’ils réalisent le grave devoir qui est le leur de rester unis au Vicaire du Christ dans l’unité de l’Eglise catholique ».

Aujourd’hui je veux me faire l’écho cet appel de Jean Paul II aux fidèles et aux prêtres proches de la Fraternité St Pie X. Qu’ils sachent qu’ils seront, aujourd’hui mieux qu’il y a 25 ans, bien reçus, au moins dans un certain nombre de diocèses français, d’une manière respectueuse, eu égard à leur histoire et leur culture.

Les années passent et je me rends compte qu’il serait confortable pour beaucoup de s’installer dans cette séparation durable et peut être, si elle se prolongeait, irrémédiable. Il ne tient aujourd’hui qu’à vous d’en sortir. J’ose vous demander de retrouver le chemin de la confiance en l’Eglise et de l’unité en comprenant, comme l’écrivait le Cardinal Siri, ami de Mgr Lefebvre, « que l’Eglise, malgré ses plaies, porte non seulement dans sa bouche, mais dans son cœur la Vérité et la Vie, parce que son cœur est celui du Christ » (Gethsémani, p. 383).

« N’ayez pas peur ! » Ayez l’audace de l’unité visible autour du Souverain Pontife , unité sans laquelle on ne peut rester catholique ( Vatican I, Pastor aeternus). N’oubliez pas ce que Benoit XVI a fait pour vous, rendez lui cet immense hommage avant sa mort, il suit cette affaire avec passion.

Le pape François malgré les pressions a refusé de renouveler les excommunications

N’attendez pas que les autorités de la FSSPX signent, elles sont condamnées maintenant dans la logique de l’unité interne à donner des gages à la tendance dure. La révolte et la haine de Rome est allée trop loin ! La communion de l’Eglise est un mystère, elle n ‘est pas le fruit d’un vote d’une majorité politique.
Saint Jean Paul II, priez pour eux et pour nous ! 

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