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Inde : une religieuse aide les femmes par l’éducation et l’espérance

Catholic News Agency - Publié le 17/03/14

Sœur Daphné Sequeira contribue à transformer la culture locale grâce à l’éducation des femmes.

Au sein d’une culture qui tend à considérer les femmes comme une propriété, sœur Daphné Sequeira a dédié sa vie au fait d'offrir une éducation et un regard d’espérance aux habitantes des petits villages ruraux du Nord de l’Inde.
Voir une jeune fille « dont le potentiel, la liberté et les désirs sont anéantis est un profond manque de respect envers Dieu, qui nous a crée femme ou homme à son image, qui nous a promis une vie de plénitude », a affirmé sœur Daphné lors d’un événement « les Voix de la Foi », le 9 mars dernier.

La religieuse du Sacré Cœur avait été invitée à partager son expérience à l’événement au Vatican qui célébrait l’action des femmes au sein de l’Eglise. « L’éducation est importante pour tous, mais surtout pour les femmes, car nous savons tous que quand une femme est instruite, lorsqu’une petite fille reçoit une véritable éducation, alors il y a un effet boule de neige. Car ensuite, c’est la femme qui élève l’enfant qui grandit. Dans notre culture, c’est la seule qui s’occupe de toutes ces choses pratiques, qui gère la maison » a ainsi expliqué la sœur indienne.

« Je suis convaincue que les jeunes filles et les femmes doivent être instruites », déclare cette dernière à la CNA.
Sœur Daphné, qui travaille avec Women’s Development Society for Women, voyage dans les villages les plus perdus du Nord de l’Inde, proposant des cours d’alphabétisation et de compétences pratiques aux femmes et jeunes filles qui n’ont pas eu accès à une éducation. Elle aide également les femmes à recevoir des microcrédits pour accroitre leur activité familiale.

Bien qu’il y ait en Inde de « bons programmes et une bonne politique » en ce qui concerne l’éducation, telle que la décision du gouvernement prise en 2012 afin d’offrir l’éducation gratuite aux femmes, « il n’y a pas encore un environnement favorable, ni un quelconque dispositif pour mettre en œuvre ces réformes », a indiqué la sœur.

« C’est ainsi, notamment pour les familles pauvres. Il est très facile de mettre les femmes au second plan. Dans ces familles, alors que ses frères vont à l’école et ses parents partent travailler dans les champs, elles restent à la maison ». « Dansles zones dominées par les tribus, malheureusement, le trafic d’hommes n’est pas rare », a ajouté sœur Daphné.

« Les filles tribales sont envoyées dans les grandes villes pour s’occuper des tâches ménagères à un prix très économique. La pauvreté est telle que les parents pensent que c’est un moyen simple pour gagner de l’argent. Ils envoient leurs filles dans les villes, elles y travaillent et envoient l’argent qu’elles gagnent chez elle. Mais la plupart du temps, ce n’est pas ça qui se passe : la jeune fille se perd. Ou lorsqu’elle retourne chez elle, elle est enceinte. Et c’est pour ces raisons que l’éducation des jeunes filles est souvent supprimée ».

Sœur Daphné travaille avec acharnement pour faire changer ces normes culturelles. En offrant aux femmes une éducation de base, elle pense ainsi leur donner « un instrument pour s’endurcir et fonder leur famille, la communauté et la société de façon avertie ».

La sœur du Sacré Cœur a voulu partager une des nombreuses histoires qui témoignent du succès de son programme. Lilly, 26 ans et maman de trois enfants, vit au sein d’une « famille agrandie » de 12 personnes de son petit village. Sa famille survit en vendant au marché les chèvres qu’ils élèvent et les légumes qu’ils cultivent.
Le trajet de six kilomètres pour rejoindre le marché est souvent très dangereux. Des hommes attendent en effet leur passage dans la forêt pour voler les femmes qui apportent leur marchandise au marché. Un jour, à l’approche de Noel, l’on avait confié à Lilly la chèvre que sa famille avait engraissée.

« Lilly se trouvait à un kilomètre du marché lorsqu’un homme l’a arrêté, lui a pris la chèvre et lui a donné un billet de 500 roupies », a raconté sœur Daphné. Bien qu’elle ait refusé l’argent, soutenant le fait que cela n’était pas assez, l’homme a insisté, et a ajouté un billet de dix roupies, jusqu’à atteindre un total de 580 roupies. Lorsque Lilly est rentrée chez elle, elle fut réprimandée sévèrement, car la chèvre valait au moins 2000 roupies.

Le mari de Lilly a raconté cet incident à la sœur. « J’ai demandé, ‘Comment est-ce possible que Lilly, en obtenant 580 roupies, a pensé que cela représentait beaucoup d’argent et qu’elle n’ait pas compris la valeur de cet argent, alors toi tu la connais ?’ Et lui a répondu : ‘Sœur, moi j’ai été à l’école. Elle, elle est analphabète’. Et alors, j’ai répondu ‘A qui est la faute, alors ?’”. « Voilà comment est la situation des femmes ici. Elles sont induites en erreur, exploitées, et puis souvent, on les accuse et les membres de la famille considérés comme éduqués les réduisent ensuite au silence ».

Le mois suivant, sœur Daphné a demandé à Lilly de faire partager son expérience lors d’une rencontre au village. Les autres femmes ont exprimé rapidement beaucoup d’empathie. « Pour eux, c’est une chose commune et elles ont raconté leurs propres expériences en disant ‘Je n’ai pas le droit de parler dans ma famille. Chaque fois que j’ouvre la bouche, on me répond ‘Tu ne peux pas comprendre, tais toi’. Notre opinion n’a aucune importance ».

Beaucoup de femmes ont affirmé qu’elles auraient aimé avoir accès à une éducation depuis leur enfance, mais elles n’ont pas pu car elles devaient veiller sur leurs frères et sœurs ou s’occuper des tâches ménagères. « J’ai dit alors ‘Le temps et cette opportunité ne sont pas encore perdu. Vous aimeriez être instruites ?’Et d’une seule voix, elles ont toutes répondu : ‘Oui ! Nous voulons !’ »

Dans ce petit village, les leçons ont commencé par une heure et demie par jour, six jours par semaine. Pendant huit mois, les femmes ont appris l’alphabet et les chiffres, la valeur de l’argent,  comment lire des papiers de banque et comment faire les comptes. On leur a également enseigné comment remplir un document administratif. « Aujourd’hui, Lilly est la secrétaire de notre groupe », a déclaré avec émotion sœur Daphné.

« Dans ce village, tout a changé. Lorsque des rencontres ont lieu dans le village, ces femmes y participent. S’il y a des questions importantes qui sont négligées, elles les pointent du doigt ». Les résultats des efforts de sœur Daphné sont aujourd’hui tangibles et nombreux.

« Lors des trois dernières années, ces femmes en ont motivé 600 autres à participer à ce programme d’alphabétisation. Au sein des 12-13 villages dans lesquels ces femmes sont instruites, la vie a changé. Dans la vie quotidienne, le nombre d’escroqueries a diminué, leurs relations sont meilleures, aussi bien que leur état de santé. Et la chose la plus importante est que chaque enfant de ce village va désormais à l’école ».

Sœur Daphné espère que l’Eglise, qui « travaille déjà de façon très altruiste dans les coins du pays où le gouvernement n’a pas réussi à faire changer les choses », pourra continuer à soutenir les femmes et ainsi, changer la culture indienne.
Si dans chaque village, « une Lilly » émerge, alors, a-t-elle conclu, « notre Nation pourra voir les choses différemment ».

Traduit de l’édition italienne d’Aleteia par Mathilde Dehestru.

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