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Fabrice Hadjadj, philosophe :  » on ne saurait fonder une famille « 

© DR
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Qu’est-ce que la famille ? En conclusion du Grenelle de la famille, le philosophe Fabrice Hadjadj a tenté de répondre à cette question.

14/03/2014

Lors de la conférence finale du Grenelle de la famille (cf Aleteia), le samedi 8 mars dernier, le philosophe catholique Fabrice Hadjadj s’est exprimé sur la perspective philosophique de la famille. La simplicité de la question « qu’est-ce que la famille ? » rend la réponse ardue mais digne d’intérêt.

Difficulté d’expliquer ce qu’est la famille
Pour l’auteur, une telle interrogation ne fait « qu’enfoncer des portes ouvertes » car « il n’y a pas, au niveau humain, de principe antérieur à la famille. On ne peut donc pas l’expliquer ni la justifier. »

Une bonne façon d’introduire le propos est de partir des faits. La famille est avant tout un constat qui s’impose à nous, « on a beau contester, cela se manifeste » :
« Expliquer que l’homme descend du singe est plus facile que d’expliquer qu’un enfant descend d’un homme et d’une femme, parce que dans le premier cas, la thèse réclame effectivement des explications, et même des explications nombreuses, alors que dans le second, il n’y a rien à expliquer, il ne s’agit même pas d’une thèse, mais d’une donnée absolument initiale, comme l’existence du monde extérieur. Or comment prouver que le monde extérieur existe ? Comment montrer à quelqu’un que le soleil éclaire ? »

La famille est un fondement
Quelle que soit l’histoire de chacun, nous avons été conçus par un homme et une femme, nos parents. Ainsi, la famille est un fondement. « Or, si elle est un fondement, on ne saurait « fonder une famille » ». La famille n’est pas une conséquence mais une cause. Elle n’a donc aucun principe antérieur. Il s’agit d’une réalité qui s’est imposée dès l’origine.

Le lieu de l'amour, de l'éducation et de la liberté
Fabrice Hadjadj voit dans la cellule familiale l’espace du premier amour, de la première éducation, de l’apprentissage des libertés. Mais ces termes ne doivent pas être dénués de leur sens profond. L’erreur bien commune est de vouloir « fonder la famille parfaite sur l’amour, l’éducation et la liberté. » Or, « ce qu’on fonde, en vérité, ce n’est pas la perfection de la famille, mais l’excellence de l’orphelinat. Cela ne fait aucun doute : dans un excellent orphelinat, on aime les enfants, on les éduque, on respecte leur personne. » Mais les parents ne sont pas des éducateurs, « les parents sont les parents, et l’enfant est leur enfant ».

L’altérité sexuelle au cœur de la famille
Pour l’auteur de La profondeur des sexes : pour une mystique de la chair, le principe de la famille réside dans l’altérité sexuelle et sa fécondité charnelle. Ainsi, l’amour, dans l’étreinte d’un homme et d’une femme, par la fusion du masculin et du féminin, fait jaillir la vie, comme en surabondance.
Et, en plus de pouvoir donner la vie ensemble, les deux sexes s’ouvrent à l’autre (« nous tourner vers l’autre en tant qu’autre »), au monde et s’intègrent à la société. De sorte que « l’alliance conjugale se double d’une alliance pour ainsi dire tribale, et on ouvre l’espace de la famille à celui de la société ».

Une famille et plusieurs relations
Dans la cellule familiale, on expérimente cinq sortes de relations. Il y a d’abord le lien conjugal entre un mari et sa femme. Puis, viennent la relation filiale entre enfants et parents et le lien fraternel entre frères et sœurs. Ensuite, on retrouve des relations moins évidentes : celles qui unissent enfants et grands-parents. Pour le philosophe, ces dernières sont essentielles car elles inscrivent l’enfant dans la tradition. Arrive enfin ce qu’il appelle la « théorie du gendre », c’est-à-dire la relation avec la belle-famille.

Spécificités de la famille
Fabrice Hadjadj distingue trois spécificités de la famille. La première est « l’amour sans préférence ». En effet, on ne choisit pas son enfant comme on ne choisit pas sa famille. « On le sent très bien lorsque le père est un lecteur de Tite-Live tandis que le fils se consacre aux jeux vidéo. Jamais ils n’auraient songé à se trouver dans le même salon. Jamais ils n’auraient formé ensemble un club. »

La deuxième spécificité est « l’autorité sans compétence ». « La paternité vous tombe dessus, parce que le désir vous a tourné vers une femme. Quel rapport entre les deux ? La biologie y voit une continuité. » Cela n’est donc pas dénué de sens. Une réflexion sur Dieu le Père peut s’amorcer. « D’une part, le père y montre qu’il n’est pas le Père, avec une majuscule, qu’il est lui-même un fils, et donc qu’il doit avec son fils se tourner vers une autorité plus haute que la sienne. D’autre part, puisque son autorité ne vient pas d’une compétence, mais d’un don, le père ne peut pas faire de l’enfant sa créature, et essayer de le valoriser sur sa propre échelle de valeur : il doit l’accueillir comme un mystère. Et c’est cela l’autorité la plus profonde… »

La dernière spécificité est la « liberté sans maîtrise ». « Le fils ou la fille n’ont de père et de mère que pour les quitter, fonder une autre famille, épouser un parti. » Ces liens « ne sont pas contractuels. (…) On peut changer d’associé, mais on ne peut pas changer d’enfant. » La famille est « le lieu du don et de la réception incalculable d’une vie qui se déploie avec nous mais aussi malgré nous, et qui nous jette toujours plus avant dans le mystère d’exister. »

Essence de la famille
La famille est, finalement, un foyer, dans le sens de lieu, mais pas que. Comme en peinture et dans la nature, le foyer est une source, celle de la perspective et de la chaleur.
La famille est aussi « l’école de la charité », c’est-à-dire « l’amour surnaturel du prochain, celui qu’on n’a pas choisi.» L’essence de la famille est donc d’être « le socle charnel de l’ouverture à la transcendance. »  

Pour terminer sa démonstration, Fabrice Hadjadj précise qu'il ne faut pas oublier que la famille est aussi un lieu de résistance. Cela peut aider à comprendre les coups qui lui sont portés. « La volonté de puissance est toujours contrariée par la proximité familiale. Et c’est pourquoi le totalitarisme aussi bien que le libéralisme, l’emprise technologique aussi bien que le fondamentalisme religieux, commencent toujours par mettre la famille sous tutelle, avant d’essayer de la détruire. »

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