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Jésus le SDF, une statue qui dérange

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Charles Vaugirard - publié le 11/03/14

Dans les Cahiers Libres, Charles Vaugirard revient sur cette statue dérangeante d'un Christ sans abri.

11/03/2014

Un homme endormi recroquevillé sur un banc. Revêtu d’une couverture, celle-ci masque son visage et elle ne laisse dépasser de lui que ses deux pieds nus.

La sculpture est plus vraie que nature : elle représente un sans-domicile fixe dormant sur un banc. Mais ce SDF transi de froid a une particularité : deux trous, un dans chaque pied. Ce sans-abri porte les stigmates du Christ. C’est le Christ.

L’auteur de cette sculpture se nomme Timothy Schmalz, il est canadien. Il a eu l’inspiration de la réaliser en lisant un passage de l’Evangile :
“Alors le Roi dira à ceux qui seront à sa droite : “Venez, les bénis de mon Père, recevez en héritage le Royaume préparé pour vous depuis la fondation du monde. Car j’avais faim, et vous m’avez donné à manger ; j’avais soif, et vous m’avez donné à boire ; j’étais un étranger, et vous m’avez accueilli ; j’étais nu, et vous m’avez habillé ; j’étais malade, et vous m’avez visité ; j’étais en prison, et vous êtes venus jusqu’à moi !”

Alors les justes lui répondront : “Seigneur, quand est-ce que nous t’avons vu… ? tu avais donc faim, et nous t’avons nourri ? tu avais soif, et nous t’avons donné à boire ? tu étais un étranger, et nous t’avons accueilli ? tu étais nu, et nous t’avons habillé ? tu étais malade ou en prison… Quand sommes-nous venus jusqu’à toi ?” Et le Roi leur répondra : “Amen, je vous le dis : chaque fois que vous l’avez fait à l’un de ces plus petits de mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait.”

La sculpture est fidèle au passage de l’Evangile : le plus petit est une icône vivante du Christ. C’est le Christ. Et le servir c’est servir le Christ.
Le réalisme de cette oeuvre est frappante, interpellante… mais aussi dérangeante. Elle a d’abord été mal accueillie. En Caroline du Nord, une dame du quartier a même cru qu’il s’agissait d’une vraie personne… et elle a dénoncé aux autorité la présence de ce vagabond qui pourrait nuire à la “sécurité du quartier”.  Les cathédrales de New York et Toronto l’ont refusé, la trouvant trop osée en montrant un Jésus fragile. L’oeuvre dérange… En revanche, le Pape François l’a appréciée. Il a prié devant elle, il l’a bénie.

Cette statue peut légitimement nous déranger, et c’est tant mieux car l’Evangile est justement là pour nous déranger, pour nous désarçonner… c’est là le début de la conversion. Rappelons qu’au début de l’Eglise, les crucifix dérangeaient, eux aussi. Dieu subissait le pire des châtiments, le plus atroce, le plus choquant. Le plus humiliant aussi car il subissait le sort des esclaves et surtout… il était nu, la honte suprême pour les hébreux. Un Dieu tout puissant devenu faible… Scandale pour les Juifs, folie pour les païens disait Saint Paul. Comme la croix, l’oeuvre de Shmalz est un scandale et une folie : cette oeuvre est donc conforme à l’Evangile, elle est on ne peut plus orthodoxe !

Une telle sculpture nous remue car elle nous pose une question terrible : quelle place pour les sans-abris dans notre société ? Et donc, forcément, quelle place pour le Christ ?
Sont-ils des frères que nous devons secourir ? Où bien sont-ils une « lèpre » qui porte atteinte à « l’ordre esthétique » des beaux quartiers comme certains osent le dire ?

Certaines villes craignent tellement que leurs bancs ressemblent à la sculpture de Schmalz qu’elle investissent dans du “mobilier urbain anti-SDF”. Par exemple des sièges individuels, des bancs très inclinés, ou des “appuis ischiatiques”… Cet équipement permet aux passants de reposer leurs fesses tout en empêchant de s’allonger dessus, mais il est aussi très inconfortable pour les usagers ayant mal au dos ou encore les femmes enceintes… le bien commun en prend un coup car ces bancs ne servent finalement à rien. Mais surtout, empêcher les misérables de rester quelque part ne réglera pas le problème de la misère… On se contente de les sortir des “beaux quartiers”, un peu comme le font les tristement célèbres arrêtés anti-mendicités pris dans certaines villes.

Certes la misère n’est pas belle à voir, elle n’est pas très attirante pour les touristes, elle dérange et les vagabonds peuvent faire peur… Mais il ne s’agit pas d’objets posés sur la voie publique, ce sont des hommes et des femmes. Bien qu’abîmés, malodorants, parfois pas très accueillants, ils sont des icônes vivantes du Christ. Et, hélas ils sont encore trop nombreux.
Cette misère est encore bien présente dans notre pays. En 2013, le collectif des morts de la rue a recensé environ 453 SDF morts en France. 453 décès dans la rue… C’est énorme.

Il n’y a pas de recette magique pour venir à bout de ce fléau. Beaucoup de travailleurs sociaux, d’associations sont sur le terrain. Des bénévoles de beaucoup d’associations visitent les SDF par des maraudes, et c’est positif : il y a encore des bons samaritains qui ne passent pas leur chemin. Mais malgré cela, il y a encore des “morts de la rue”.
La magnifique statue “Jésus le SDF” nous rappelle le drame des sans-abris. Nous devrions l’imprimer dans notre mémoire pour que chaque fois que nous voyons un mendiant, un rom, un misérable assis par terre, nous nous rappelions qu’il est une image de Jésus et que c’est maintenant que le Christ nous appelle à l’aimer.

Article paru sur le site Les Cahiers Libres

Tags:
JésusPauvreté
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